Des profs d’art martiaux apprennent aux enfants cancéreux à gérer leur douleur
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Des profs d’art martiaux apprennent aux enfants cancéreux à gérer leur douleur

Qu'est-ce qui vous rend plus forts ? L'association caritative Kids Kicking Cancer a trouvé la réponse dans la respiration et la méditation

Jill Shames, directrice des formations pour Kids Kicking Cancer, enseigne des techniques de respiration. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Jill Shames, directrice des formations pour Kids Kicking Cancer, enseigne des techniques de respiration. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Quinze professeurs d’art martial sont assis autour d’une table de conférence, essayant de ne pas retenir leurs larmes.

Également présent, mais seulement sur un écran, un groupe d’enfants qui luttent contre le cancer, chauves à cause de la chimio, reliés à des tuyaux. Dans des chaises roulantes ou des lits d’hôpitaux, ils brandissent des panneaux sur lesquels on peut lire « je suis plus fort ». Comme un hymne, ils chantent « Stronger », le tube de Kelly Clarkson.

Ces professeurs d’art martiaux se sont réunis dans la ville côtière d’Herzliya pour suivre une formation afin de devenir bénévoles au sein de l’association Kiks Kicking Cancer Israël (KKC), une organisation à but non lucratif qui utilise les techniques d’arts martiaux pour aider les enfants souffrant de cancers ou d’autres pathologies graves à atteindre une forme de bien-être physique et émotionnel au travers des cours d’arts martiaux, des conseils, et du soutien apporté aux familles.

« Bien que cette vidéo soit triste à regarder, ces enfants sont inspirants. Ils sont des héros des temps modernes », a déclaré Jill Shames, directrice des formations et de la certification de KKC, à la réunion hebdomadaire des bénévoles.

Les bénévoles, qui représentent la mosaïque sociale caractéristique d’Israël, sont des Juifs orthodoxes et laïcs, des Arabes et des Bédouins, venus de tout le pays. Ils peuvent diverger idéologiquement et politiquement, mais ils ont un point en commun : un désir irrépressible d’aider les enfants qui souffrent de cancer, et de les aider via une thérapie par les arts martiaux.

« Face au cancer, nous sommes identiques : [le cancer] se fiche de savoir si nous sommes religieux ou non, Juifs ou non. Nous sommes ici avec un objectif, et nous collaborons pour une bonne cause », a déclaré Miki Chayat, de Bnei Brak, l’une des villes les plus orthodoxes du pays.

En face de Chayar est assis Ward Abo Quiedar, d’un village bédouin du Néguev, expert en karaté et coach. Il a décidé de faire du bénévolat avec KKC quand il a appris que l’on pouvait aider les enfants cancéreux avec les arts martiaux.

Abu Quiedar veut aider ces enfants « à réaliser leurs rêves », a-t-il dit.

Dans le monde entier, 300 000 enfants sont diagnostiqués d’un cancer. Bien que les taux de survie aux cancers infantiles aient considérablement augmenté ces dernières années, à près de 80 %, près d’un quart des survivants présentent des problèmes de santé chroniques, comme des lésions cardiaques, d’autres cancers, des déficiences cognitives, des troubles de la croissance, selon l’American Childhood Cancer Association.

KKC a été fondé par le rabbin Elimelech Godldberg, originaire de Detroit, qui a décidé d’aider les enfants et les parents à faire face à la maladie après qu’un de ses enfants à succombé à une leucémie, à l’âge de deux ans.

L’association est présente dans plus de 20 villes du monde.

Lancé en Israël il y a 5 ans, le programme local a été placé sous l’égide de Danny Hakim, un Israélien né en Australie, deux fois médaillé d’argent en karaté, et fondateur de Budo for Peace.

La force, la paix et les objectifs sont au cœur du programme de KKC et ces principes sont directement liés à sa méthodologie.

Les enfants apprennent à relâcher leur colère et leur frustration en tapant et en frappant dans des coussins, affirme Hakim. Ils apprennent aussi la respiration spécialisée, la méditation, et des techniques de visualisation, qui aide à rester calme pendant les procédures médicales douloureuses et invasives. Selon lui, ces méthodes renforcent leurs capacités à gérer le stress chronique et renforce leur système nerveux autonome.

Des bénévoles pendant des exercices avec des bandes de caoutchous, àun meetig de l’association KKC, à Herzliya, le 21 janvier 2018.(Crédit : autorisation)

De plus, ce programme encourage les enfants à enseigner ces techniques à leurs camarades, et même devant des audiences plus larges, comme des réunions d’entreprise et des évènements communautaires.

Hakim a déclaré que c’est l’un des outils les plus forts, parce qu’il donne aux enfants un sentiment de fierté et un but après que leurs vies ont été chamboulées par le diagnostic.

Les bénévoles, qui doivent être ceinture noir d’arts martiaux, et qui doivent justifier d’une expérience dans l’enseignement, sont formés par l’association.

Après une formation de 10 heures, ils effectuent un stage d’observation de deux mois, où ils assistent à des séances données par d’anciens bénévoles.

Jill Shames, qui supervise la formation des bénévoles pour les programme de KKC en Israël, est assistante sociale et prof de karaté depuis plus de 25 ans. Elle affirme que les bénévoles apportent quelque chose de « profondément spirituel » aux enfants, par la pratique des arts martiaux.

« Les enseignants comprennent la force du don, » dit-elle. L’idée que le donneur est plus puissant que celui qui reçoit, « a une résonnance particulière avec les enfants, qui doivent constamment recevoir quelque chose, que ce soit des médicaments ou de l’aide », explique Shames.

« Devenir un donneur procure aux enfants le contrôle, et ils apprennent cela de leurs enseignants », dit-elle.

En ce qui concerne les enseignants, dit-elle, « je veux des gens qui étudient les arts martiaux pour savoir qu’il y a d’autres façons de donner que d’œuvrer dans sa communauté », a-t-elle ajouté.

Un lien sacré se développe entre les enseignants et les enfants, explique Hakim. Les enfants acquièrent un sentiment de force et d’objectif, et les enseignants apprennent à faire face à la mort, ce qui s’inscrit dans la tradition japonaise du samouraï, ajoute Hakim.

Danny Hakim, président de Kids Kicking Cancer Israel et fondateur de Budo for Peace, avec un enfant grièvement blessé dans un accident de voiture. (Crédit autorisation)

Une étude menée en 2015 par Martin Bluth, professeur de pathologie à l’université de Wayne et directeur médical de KKC, a révélé que l’on observe une diminution de 40 % de la sensation de douleur après une session d’une heure d’art martiaux, avec la pratique de la méditation et des mouvements.

Les diminutions les plus importantes ont été observées chez les enfants les plus âgés et chez ceux qui ont débuté avec un niveau de douleur maximal. L’étude a été réalisée sur 64 enfants qui ont participé au programme KKC sur une période de 12 mois.

« La douleur, oui, c’est quelque chose avec laquelle j’ai dû apprendre à vivre », raconte Zoe Eliraz, qui a appris qu’elle avait un cancer du sein il y a 6 ans, et qui suit actuellement une formation pour devenir bénévole de l’association KKC. « Les arts martiaux vous donnent des moyens de gérer la douleur sans souffrir », dit-elle.

« Dans les arts martiaux, on reçoit beaucoup de coups, et la douleur devient amusante. Quand on apprend à ressentir seulement la douleur, ce n’est pas si terrible, mais quand vous croyez à ‘je suis misérable à cause de mon état de santé’, c’est bien pire », dit Eliraz, qui espère transmettre cette leçon aux enfants du programme.

Le programme KKC est actuellement implanté dans six hôpitaux en Israël et prévoit de s’implanter dans quatre hôpitaux supplémentaires d’ici la fin de l’année. Le programme cherche également à s’étendre dans les hôpitaux turcs et jordaniens, qui ont fait part de leur intérêt pour le programme.

« Nous grandissons rapidement, et je peux imaginer que nous nous étendions au Moyen Orient et en Europe prochainement », anticipe Hakim.

Le nouveau PDG du programme Nir Zamir, a déclaré que la thérapie par les arts martiaux est une innovation.

« Nous explorons de nouvelles façons de trouver des familles et de développer des partenariats avec des organisations communautaires et caritatives pour intégrer leurs programmes », a expliqué Zamir, ancien directeur publicitaire pour Dell.

Zamir a raconté qu’il avait entendu parler de ce programme par le biais d’un magazine sur Hakim et son travail pour Budo for Peace, et a décidé de faire quelque chose qui ait du sens.

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