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Des survivants de la Shoah mettent les jeunes en garde contre l’extrême droite

Les élections européennes, qui se tiennent du 6 au 9 juin dans les différents pays du bloc, devraient être marquées par un important virage à droite dans de nombreux pays

Les survivants de la Shoah Leon Weintraub (à l'écran), Ruth Winkelmann, 95 ans, Eva Umlauf, 81 ans, et Walter Frankenstein (à l'écran), 99 ans, tiennent une conférence de presse à Berlin, le 4 juin 2024. (Crédit : RALF HIRSCHBERGER / AFP)
Les survivants de la Shoah Leon Weintraub (à l'écran), Ruth Winkelmann, 95 ans, Eva Umlauf, 81 ans, et Walter Frankenstein (à l'écran), 99 ans, tiennent une conférence de presse à Berlin, le 4 juin 2024. (Crédit : RALF HIRSCHBERGER / AFP)

« Nous n’avons pas pu l’empêcher à l’époque. Mais vous pouvez le faire aujourd’hui » : des survivants de la Shoah ont appelé mardi les jeunes électeurs à entraver la montée de l’extrême droite lors des élections européennes cette semaine.

« Pour des millions d’entre vous, les élections européennes sont les premières de votre vie. Pour beaucoup d’entre nous, ce pourrait être la dernière », ont écrit les huit hommes et femmes âgés de 81 à 102 ans dans une lettre ouverte dévoilée lors d’une conférence de presse à Berlin.

Ce scrutin, qui se tient du 6 au 9 juin dans les différents pays du bloc, devrait être marqué par un important virage à droite dans de nombreux pays, les partis populistes de droite radicale gagnant des voix et des sièges dans l’ensemble de l’UE selon les sondages.

En Allemagne, le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) est crédité d’environ 15 % des suffrages. En dépit d’une érosion liée à une série de scandales, un tel score signifierait une progression pour la formation par rapport au scrutin de 2019 (11 %).

Ruth Winkelmann, 95 ans, déclare avoir signé la lettre « parce que l’AfD devient trop forte ». Ce parti a « pas mal de points communs » avec les nazis des années 1930, qui étaient eux aussi « contre les autres personnes, qui sont différentes », estime-t-elle auprès de l’AFP.

Née d’un père juif et d’une mère protestante qui s’est convertie au judaïsme pour l’épouser, Mme Winkelmann se souvient avoir vu les vitrines brisées des magasins juifs sur le chemin de l’école lorsqu’elle était enfant dans le Berlin des années 1930.

Après la déportation de son père à Auschwitz en 1943, elle s’est cachée avec sa mère et sa sœur dans un abri de jardin. « Lorsque la guerre s’est enfin terminée, je suis tombée dans les bras de ma mère et nous avons crié de joie : Nous avons survécu, maintenant nous sommes libres ! »

Walter Frankenstein, 99 ans, établit aussi un parallèle entre le climat politique actuel et celui des années 1930, avec « un gouvernement démocratique faible et un parti qui ralliait les mécontents ».

Maçon de formation, il a été enrôlé dans le travail forcé. Son épouse Léonie et lui ont pu entrer dans la clandestinité avec leurs deux jeunes enfants et ont survécu aux derniers jours de la guerre, fin avril 1945, dans un bunker public.

Les jeunes d’aujourd’hui ne doivent pas se contenter de dire : « Je ne sais pas pour qui voter, alors je n’irai pas du tout », dit-il dans un message vidéo pré-enregistré. « C’est la pire chose à faire. Notre démocratie doit être défendue encore et encore », a-t-il insisté.

L’appel intervient aussi alors que l’Alternative pour l’Allemagne jouit d’une popularité grandissante auprès des jeunes, qui pourront voter dès 16 ans en Allemagne pour cette élection. Une enquête parue en avril a révélé qu’il était désormais le parti favori des 14-29 ans avec 22 % d’intentions de vote, soit le double d’il y a deux ans.

Eva Umlauf, 81 ans, avait deux ans lorsqu’elle et sa mère ont été libérées d’Auschwitz. Elles sont arrivées au camp en novembre 1944 en provenance de Slovaquie, quelques jours seulement après que les nazis eurent cessé de gazer à mort les prisonniers. « Je porte le numéro qui a été gravé sur mon avant-bras à Auschwitz en souvenir, en souvenir d’une autre époque. Un temps qui ne doit pas se reproduire », a-t-elle dit.

Leon Weintraub, 98 ans, qui a passé la majeure partie de sa jeunesse dans plusieurs camps de concentration, a mis aussi en garde contre le risque d’une histoire qui se répète. « Quatre de mes proches parents sur cinq ont été assassinés. C’est la conséquence… de ces pensées radicales, du mépris des autres, de la xénophobie », a-t-il déclaré.

Une étude réalisée en janvier par la Claims Conference, une organisation qui cherche à obtenir des dommages et intérêts pour les survivants de la Shoah, a révélé que leur nombre dans le monde s’était réduit à 245 000, avec un âge médian de 86 ans.

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