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Désaccord après la décision de fermer les écoles de médecine en Israël aux étrangers

Le comité d'experts du ministère de l'Éducation israélien s'est opposé à la décision censée lutter contre la pénurie de médecins dans l'État juif

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Des étudiants en médecine du programme médical américain du Technion dans un laboratoire, en août 2022. (Crédit : Technion)
Des étudiants en médecine du programme médical américain du Technion dans un laboratoire, en août 2022. (Crédit : Technion)

Le dirigeant d’un panel soutenu par l’État chargé de trouver des moyens pour Israël de former plus de médecins a critiqué la récente décision du gouvernement de fermer trois écoles de médecine qui accueillent des étudiants étrangers – une mesure visant à faire de la place à plus d’étudiants israéliens. Il a affirmé que la récente décision, controversée et onéreuse, n’était pas nécessaire.

Plus tôt ce mois-ci, le Conseil de l’enseignement supérieur a annoncé qu’il allait fermer les programmes médicaux américains à l’Université de Tel Aviv, à l’Université Ben Gurion et au Technion afin de remplacer les 130 étudiants étrangers qui y étudient par des Israéliens, face à une pénurie croissante de médecins dans le pays.

Mais mercredi, le professeur Rafael Beyar, qui dirige le comité du conseil chargé d’enquêter sur les moyens d’augmenter le nombre d’étudiants en médecine israéliens, a déclaré au Times of Israel qu’il existait d’autres moyens d’atteindre cet objectif.

« [Le comité] a présenté un plan détaillé sur la façon d’accueillir 400 étudiants en médecine supplémentaires dans des programmes de quatre ans. Il n’était pas nécessaire de fermer les programmes étrangers pour pouvoir accepter ces 400 [étudiants] supplémentaires », a déclaré Beyar, qui a récemment écrit une lettre au conseil critiquant la décision de clore les programmes.

L’État d’Israël souffre déjà d’une pénurie de médecins, en particulier dans les régions les plus reculées du pays, et la situation devrait s’aggraver dans les années à venir compte tenu du vieillissement de la population israélienne – cela nécessitant davantage de soins médicaux – et d’une vague de médecins qui se préparent à prendre leur retraite.

La majorité des étudiants en médecine israéliens sont actuellement contraints de partir étudier à l’étranger en raison d’un manque critique de places dans les écoles de médecine israéliennes.

L’un des principaux obstacles est le manque « d’espaces cliniques », des endroits dans les hôpitaux et les laboratoires où les étudiants en médecine acquièrent une expérience pratique.

Les programmes américains permettent aux ressortissants étrangers d’étudier en Israël tout en recevant des diplômes américains et en effectuant leur internat aux États-Unis. Ils ont longtemps été considérés comme une aubaine pour le système médical israélien, payant de fortes sommes en frais de scolarité – les étudiants étrangers paient plus de 10 fois plus que les Israéliens – tout en augmentant la réputation académique d’Israël à l’échelle internationale et en créant un réseau informel de médecins aux États-Unis ayant des liens étroits avec Israël.

Le professeur Rafi Beyar, ancien directeur du centre médical Rambam de Haïfa, le 30 octobre 2011. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Beyar, ancien directeur de l’hôpital Rambam de Haïfa et ancien doyen de la faculté de médecine du Technion, a souligné que la lettre au conseil représentait son opinion personnelle et non celle du comité.

Bien qu’il ait confirmé avoir envoyé la lettre au conseil, il s’est abstenu d’en fournir une copie, affirmant que le contenu complet était « destiné au conseil et aux responsables professionnels ».

Une porte-parole du conseil a déclaré qu’elle n’avait pas connaissance complète de la lettre mais a balayé l’opposition de Beyar. Elle a souligné l’ampleur du problème auquel est confronté le système de santé israélien et les obstacles en place, qui rendent difficile une augmentation importante du nombre d’étudiants en médecine.

« Il est facile de lancer des chiffres comme 400 places supplémentaires, mais il y a des considérations pratiques », a déclaré la porte-parole. « Chaque fois que vous prenez une décision, il y aura des gens qui ne seront pas d’accord. »

Un rapport de 2017 du Bureau du contrôleur de l’État concernant les écoles de médecine israéliennes a également révélé que la pénurie pouvait être résolue par d’autres moyens, mais qu’un manque de communication appropriée entre le conseil et le ministère de la Santé l’en empêchait.

« Il existe d’autres solutions relativement simples pour ajouter des espaces cliniques dans les hôpitaux qui n’ont pas été envisagées, mais l’absence d’une façon de penser globale et systémique les empêche d’être mises en place », a écrit le contrôleur.

Beyar n’est pas le seul haut responsable médical à s’opposer à la décision de clore les programmes américains.

Le professeur Arnon Afek, directeur par intérim de l’hôpital Sheba Tel Hashomer et ancien directeur général du ministère de la Santé, s’est élevé contre cette décision, la qualifiant « d’inutile et misérable ».

« Oui, Israël doit former ses propres médecins, et la situation actuelle dans laquelle seuls 40 % des médecins reçoivent leur diplôme en Israël et la majorité étudie à l’étranger, est déraisonnable et inadmissible », a-t-il déclaré au Times of Israel.

« Mais je ne vois aucune raison de fermer les programmes américains », a déclaré Afek, qui dirigeait auparavant le programme américain de l’Université de Tel Aviv.

Le professeur Arnon Afek, alors directeur général du ministère de la Santé, prend la parole lors d’une conférence de presse annonçant la nouvelle réforme de la santé mentale présentée par le ministère de la Santé à Jérusalem, le 1er juillet 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Cela me fait vraiment mal au cœur », a-t-il déclaré. « Il est si difficile de construire quelque chose et si facile de la détruire. »

Afek, qui a longuement enquêté et écrit sur la pénurie de médecins en Israël pour des revues universitaires pendant plus d’une décennie, a déclaré qu’Israël devait admettre quelque 800 nouveaux étudiants en médecine chaque année afin de surmonter la pénurie imminente. Il a soutenu que l’objectif était réalisable, mais seulement si le gouvernement allouait les fonds nécessaires pour résoudre le problème.

« Les affirmations sur le manque d’espaces cliniques sont absurdes. Absurdes ! Ils ne nous ont même pas interrogé, nous les chefs d’hôpitaux, à ce sujet », a-t-il déclaré. « Je vous dis qu’il n’y a absolument aucun problème à faire cela. Cela nécessiterait un investissement de ressources, mais c’est comme tout investissement, c’est un investissement dans le pays. C’est un investissement dans notre capacité à soigner nos grands-parents, nos enfants. »

Afek préconise surtout l’ouverture de nouvelles écoles de médecine en Israël. Il dirige actuellement les efforts pour en créer une à l’Université Reichman d’Herzliya, anciennement connue sous le nom de Centre interdisciplinaire IDC.

Les diplômés du programme American Medical School du Technion posent pour une photo après avoir reçu leur blouse blanche en 2021. (Crédit : Technion)

La porte-parole du Conseil pour les hautes études a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas d’autre option que la fermeture des programmes américains afin d’augmenter le nombre d’étudiants en médecine israéliens à partir de l’automne 2023, toutes les alternatives étant trop chères ou trop compliquées à mettre en œuvre.

Interrogée sur la manière dont le gouvernement prévoyait alors d’ajouter les centaines de nouvelles places nécessaires pour remédier à la pénurie, la porte-parole a déclaré que la question était toujours à l’étude.

« Cette année universitaire, nous avons augmenté le nombre de places de 70. L’année suivante, [en fermant les programmes américains], nous en ajoutons 130. Je ne sais pas ce qui se passera l’année suivante. Ils y travaillent », a-t-elle déclaré.

Afek a également demandé pourquoi le conseil n’avait pas au moins d’abord essayé la mise en place de certaines mesures provisoires afin d’inciter les étudiants des programmes américains éligibles à la citoyenneté à rester en Israël après l’obtention de leur diplôme et ainsi augmenter le nombre de médecins en Israël.

En effet, bien qu’un nombre non négligeable d’anciens élèves reviennent effectivement en Israël, la grande majorité s’installe aux États-Unis.

Le bâtiment de l’école de médecine du Technion à Haïfa, à gauche du centre médical Rambam. (Crédit : CC BY David King, Flickr)

Cependant, la décision de retourner aux États-Unis est souvent une décision financière. Aux prises avec plusieurs centaines de milliers de dollars de dettes étudiantes, même les diplômés qui prévoient éventuellement de déménager en Israël cherchent d’abord à développer une carrière plus lucrative aux États-Unis, où les salaires des médecins sont largement plus élevés qu’en Israël.

Le gouvernement prévoit d’indemniser les universités contraintes de renoncer aux frais de scolarité plus élevés qu’elles pourraient facturer aux étudiants étrangers. Mais Afek a déclaré que les fonds auraient plutôt pu être offerts aux étudiants du programme américain en échange d’une obligation de pratiquer la médecine en Israël pendant un certain nombre d’années.

« Pourquoi ne pas plutôt proposer de les aider à payer leurs dettes ? Beaucoup d’entre eux veulent rester en Israël », s’est exclamé Afek.

La porte-parole du conseil a rejeté cette solution, la jugeant farfelue, estimant que trop peu d’étudiants étrangers accepteraient l’offre.

‘Pourquoi faire un comité ?’

Afek a également critiqué le fait que la décision du conseil, prise en collaboration avec les ministères de la Santé et de l’Éducation, n’était pas conforme aux recommandations du comité de Beyar.

« Pourquoi créeriez-vous un comité si vous faites ce que vous voulez faire dans tous les cas », a-t-il interrogé. « Ils n’ont vérifié auprès de personne, ils n’ont demandé à personne, ils sont juste allés de l’avant et l’ont fait. »

La porte-parole du conseil a déclaré qu’elle ne pouvait pas expliquer pourquoi les recommandations du comité n’avaient pas été suivies, et a renvoyé le Times of Israel vers le ministère de l’Éducation.

La ministre de l’Éducation Yifat Shasha-Biton n’avait pas répondu au moment de la publication de cet article.

Afek, qui a été directeur général du ministère de la Santé de 2014 à 2015, a décrit la fermeture des programmes américains en faveur des étudiants israéliens comme n’étant pas seulement un « pansement sur une blessure par balle », mais comme représentant un coût considérable.

« C’est une goutte d’eau dans l’océan qui ne fera que nuire : à l’image d’Israël, à la réputation des universités israéliennes, à la connexion avec la diaspora et à notre capacité à envoyer des médecins se former à l’étranger », a-t-il déclaré.

Le complexe de la santé et des sciences Sackler de l’Université de Tel Aviv. (Crédit : capture d’écran Google Street View)

Les programmes américains, dont le plus ancien fonctionne depuis 46 ans, ont permis de diplômer des milliers de médecins au fil des années, dont beaucoup travaillent maintenant dans les meilleurs hôpitaux et cliniques des États-Unis.

« Ces diplômés obtiennent des postes clés dans les hôpitaux américains », a déclaré Afek.

Selon Afek, ces relations permettent actuellement à Israël d’envoyer plus facilement ses propres médecins pour des formations dans ces établissements afin d’améliorer leurs capacités professionnelles et ainsi d’élever le niveau des soins en Israël.

« Nous voulons donc envoyer nos médecins aux États-Unis, mais refusons de former des médecins américains ici en Israël ? », a-t-il dit.

Afek a alerté que la fin des programmes nuirait aux liens d’Israël avec la communauté juive américaine. Bien que les programmes soient ouverts aux participants de toutes les confessions, la majorité des étudiants sont Juifs.

Des étudiants de la promotion 2019 de la faculté de médecine pour la santé internationale (MSIH) de l’Université Ben Gourion du Néguev au centre médical Soroka. (Autorisation)

Néanmoins, cette décision a été soutenue par le ministre des Affaires de la diaspora, Nachman Shai.

Les fermetures « augmenteront le nombre de places disponibles pour les citoyens israéliens dans les écoles de médecine, alors qu’actuellement certains n’avaient pas le choix que de partir étudier à l’étranger pour peut-être ne jamais revenir », a-t-il déclaré au Times of Israel.

Afek a rejeté le point de vue de Shai, affirmant que les étudiants étrangers et israéliens n’avaient pas besoin d’être en compétition ; l’idée de garder les programmes américains et de permettre à davantage d’étudiants israéliens d’étudier la médecine n’était pas forcément contradictoire.

« Ces programmes représentant un lien important avec les Juifs de la diaspora », a-t-il déclaré. « Nous ne pouvons pas continuer à menacer encore et encore ces connexions. »

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