Deux ans après, le Yémen embourbé dans la guerre
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Deux ans après, le Yémen embourbé dans la guerre

Le pays de la Péninsule arabique s'est fracturé à tel point qu'il est difficile d'imaginer son avenir "comme Etat unitaire viable"

Des Yéménites inspectent le site d'un attentat à la voiture suicide revendiqué par le groupe de l'Etat islamique le 29 août 2016 au centre de recrutement de l'armée dans la ville yéménite d'Aden. (Crédit : AFP/Saleh Al-Obeidi)
Des Yéménites inspectent le site d'un attentat à la voiture suicide revendiqué par le groupe de l'Etat islamique le 29 août 2016 au centre de recrutement de l'armée dans la ville yéménite d'Aden. (Crédit : AFP/Saleh Al-Obeidi)

Escalade meurtrière entre forces loyalistes et rebelles, montée du jihadisme, frappes américaines contre Al-Qaïda, menaces de famine : le Yémen est plus instable que jamais deux ans après le début de l’intervention militaire d’une coalition arabe.

Le Yémen est devenu « un bourbier », résume Peter Salisbury, chercheur à l’institut londonien Chatham House.

Le pays de la Péninsule arabique s’est fracturé à tel point qu’il est difficile d’imaginer son avenir « comme Etat unitaire viable », ajoute-t-il.

Or rétablir l’unité du pays était l’objectif de la coalition commandée par l’Arabie saoudite lorsqu’elle est intervenue au Yémen le 26 mars 2015.

Depuis, les avions de combat de la coalition mènent quasi-quotidiennement des frappes aériennes en appui aux milliers de soldats engagés au sol avec chars, canons et artillerie lourdes contre les rebelles chiites Houthis et leurs alliés. Mais ces derniers contrôlent toujours de larges pans du territoire, dont la capitale Sanaa, qu’ils occupent depuis septembre 2014.

Deux ans de combats ont fait 7 700 morts, majoritairement des civils, plus de 42 500 blessés et trois millions de déplacés, selon les estimations de l’ONU.

Le Yémen est le théâtre de « la pire crise humanitaire au monde » et « un grave risque de famine » menace ce pays, le plus pauvre du monde arabe, a mis en garde l’ONU.

‘Château de cartes’

Jusqu’à présent, aucun signe d’apaisement ne se dessine après l’échec de sept trêves arrangées par l’ONU et l’ex-secrétaire d’Etat américain John Kerry. Selon le médiateur de l’ONU, les belligérants refusent encore aujourd’hui de négocier.

« Malheureusement, rien ne laisse entrevoir la lumière au bout du tunnel », constate Adam Baron, expert lié à l’European Council on Foreign Relations.

« Le pays est en train de s’effondrer comme un château de cartes »: les institutions de l’Etat et la sécurité ont volé en éclats tandis que les élites ne s’occupent que de leurs propres intérêts, selon lui.

Deux ans et demi après avoir été chassé de la capitale Sanaa, le président Abd Rabbo Mansour Hadi reste à ce jour l’autorité « légitime » du pays. Mais il réside la plupart du temps à Ryad.

L’enjeu est également crucial pour l’Arabie saoudite, le chef de file de l’islam sunnite qui, en intervenant au Yémen, cherche à contrer l’influence de l’Iran, son rival régional accusé de soutenir les Houthis.

Au sommet du royaume, c’est le fils du roi, le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane, qui est le plus exposé puisqu’il conduit la guerre en tant que ministre de la Défense.

Ryad est soutenu par ses voisins du Golfe, notamment les Emirats, qui estiment agir en état de légitime défense contre « la stratégie iranienne pour assiéger la Péninsule arabique », selon Mustafa Alani du Gulf Research Centre.

Quid des Américains ?

L’une des inconnues réside dans l’attitude de la nouvelle administration américaine de Donald Trump, qui semble mieux disposée vis-à-vis de l’Arabie que celle de Barack Obama.

Jusqu’à présent, Washington fournit des armes à la coalition et l’assiste en ravitaillement aérien et en renseignements. Il pourrait décider d’accroître ce soutien afin d’envoyer un message de détermination face à l’Iran, relèvent Joost Hiltermann et April Alley de l’International Crisis Group. Mais « si Trump s’engage avec précipitation dans la guerre yéménite, il y a un risque réel que le conflit devienne hors de contrôle », avertissent-ils.

Parallèlement, les Etats-Unis ont intensifié les raids contre Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqap) qui, comme l’autre groupe jihadiste Etat islamique, a profité du chaos au Yémen pour avancer ses pions.

Sur le front, les forces gouvernementales yéménites, encadrées par les Emirats arabes unis, ont progressé ces dernières semaines sur la mer Rouge avec l’objectif de reconquérir la ville portuaire de Hodeida et d’accroître la pression sur les rebelles autour de Taëz (sud-ouest) et de Sanaa.

« On s’attend à un effet domino », Sanaa pouvant être sous pression dans six mois si la progression continue, estime M. Alani.

L’objectif des loyalistes n’est pas nécessairement de remporter une victoire militaire mais de persuader les rebelles qu’ils pourraient perdre la guerre, afin de les amener à reprendre des pourparlers et à faire des concessions, selon les experts.

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