El Al : de « lourdes pertes » au 3e trimestre posent un « risque existentiel »
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El Al : de « lourdes pertes » au 3e trimestre posent un « risque existentiel »

Le transporteur aérien israélien annonce 147 millions de dollars de pertes pour le trimestre ; ces résultats sonnent comme un avertissement avec l'arrêt des vols à cause du virus

Des Boeing 737 d'El Al Airlines sur le tarmac de l'aéroport international Ben Gourion près de Tel-Aviv, le 10 mars 2020. (Jack Guez/AFP)
Des Boeing 737 d'El Al Airlines sur le tarmac de l'aéroport international Ben Gourion près de Tel-Aviv, le 10 mars 2020. (Jack Guez/AFP)

La compagnie aérienne israélienne El Al a indiqué, mercredi, avoir subi des pertes gigantesques, à hauteur de 147 millions de dollars, suite à une diminution de 94 % de ses revenus au troisième trimestre de l’année, alors que la deuxième vague de coronavirus a « affecté de manière dramatique » les opérations de la firme, l’amenant à interrompre ses transports habituels de passagers et de marchandises.

Ces communiqués sur le bilan financier du troisième trimestre interviennent dans le contexte d’une inquiétude croissante qui met en doute la viabilité de l’entreprise, des préoccupations déjà exprimées lors des bilans financiers du premier et du deuxième trimestres de l’année, avec des revenus qui avaient plongé et des pertes atteignant des niveaux records en raison de la pandémie de coronavirus.

Selon El Al, les pertes, pour le trimestre, sont à comparer aux 27 millions de dollars de profit qui avaient été réalisés au cours de la période s’étendant du mois de juillet au mois de septembre en 2019. Les recettes d’exploitation pour le trimestre sont estimées à 39 millions de dollars, et elles s’étaient élevées à 647 millions de dollars au cours de la même période, l’année dernière.

Pour les neuf premiers mois de l’année – soit jusqu’au mois de septembre 2020 – la compagnie a enregistré des pertes à hauteur de de 391 millions de dollars, contre des pertes de 28 millions de dollars au cours de la même période, l’année dernière. Les recettes d’exploitation pour les mois de janvier à septembre, cette année, ont été de 511 millions de dollars. Elles avaient été de 1,66 milliard de dollars pour la même période en 2019, soit une baisse de 69 %.

Le mot « Paix » écrit en arabe, en anglais et en hébreu sur un avion El Al à l’aéroport Ben-Gurion, près de Tel Aviv, qui transportera une délégation américano-israélienne vers les Emirats arabes unis suite à l’accord de normalisation, le 31 août 2020. (Crédit : NIR ELIAS / POOL / AFP)

La continuation de la pandémie a entraîné ces « lourdes pertes » pendant le trimestre, a commenté le directeur-général d’El Al, Gonen Usishkin, dans un communiqué. Il a expliqué espérer que El Al serait rapidement en mesure d’élargir le nombre de destinations que les avions ont commencé récemment à desservir.

La firme va poursuivre la mise en œuvre des initiatives qui visent à remettre le transporteur aérien sur la voie de la croissance, a-t-il ajouté. Mais sans aide gouvernementale, la compagnie rencontrera des difficultés réelles pour remplir ses obligations et devra faire face à un « risque existentiel ».

El Al affiche une trésorerie négative issue de ses opérations de 33,8 millions de dollars au troisième trimestre de l’année, contre une trésorerie de 6,7 millions de dollars l’année dernière, au cours de la même période. Le passif en cours s’élevait à plus de deux milliards de dollars à la fin du mois de septembre. La compagnie doit par ailleurs encore rembourser à ses passagers environ 240 millions de dollars en billets non-utilisés.

L’industrie de l’aviation a été l’une des industries les plus frappées par le coronavirus, la distanciation sociale, les confinements et les fermetures de frontière ayant cloué les avions au sol. Selon les prévisions de l’IATA, il y a eu une baisse de centaines de milliards de dollars dans les revenus des compagnies de transport aérien dans le monde entier, et leurs pertes cumulées sont estimées à des dizaines de milliards de dollars.

Suite aux restrictions imposées sur les voyages internationaux, El Al avait suspendu ses vols commerciaux habituels à la mi-mars 2020. Depuis, certains d’entre eux ont repris vers un nombre de destinations limité. Le transporteur a placé la plupart de ses employés en congé sans solde.

L’impact de la crise, au début 2020, apparaît aussi de manière évidente dans le tourisme entrant et sortant de l’Etat d’Israël, a indiqué El Al dans le communiqué. Le nombre de touristes entrant au sein de l’Etat juif a ainsi baissé, au cours des neuf premiers mois de l’année, d’environ 76 %, tandis que le nombre de touristes israéliens partant vers l’étranger a décliné dans la même période d’environ 81 % si on le compare à la même période, l’année dernière.

Depuis le début de la crise, la firme a pris un certain nombre d’initiatives avec pour objectif d’abaisser les coûts et d’améliorer la trésorerie – réduisant ses activités, augmentant le fret aérien lorsque c’est possible, externalisant la majorité de ses employés et revoyant à la baisse les salaires distribués aux membres de son conseil d’administration et à ceux de son conseil de direction de 20 %. El Al a aussi conclu des accords avec les banques pour différer ses paiements et les accords de prêts de deux avions 737-800 ont été annulés.

Eli Rozenberg, le nouvel actionnaire principal d’El Al. (Autorisation)

Dans le cadre d’une enveloppe de secours gouvernementale, la compagnie a vendu des actions pour un total de 150 millions de dollars et elle a obtenu des garanties à 75 % de l’Etat concernant un prêt de 250 millions de dollars à souscrire auprès des banques. El Al a indiqué que jusqu’à présent, « aucun accord » n’avait été conclu avec une entité financière concernant le prêt et, qu’en conséquence, l’entreprise réfléchissait à obtenir l’argent par le biais d’une vente d’obligations auprès du public.

« Alors qu’il y a encore une incertitude concernant la finalisation des aides – une aide nécessaire pour permettre à la firme de gérer les conséquences de la crise – il y a, à ce stade, des doutes significatifs » sur la viabilité d’El Al, qui est une « préoccupation constante » – et les déclarations financières apparaissent comme une mise en garde à cet effet.

Suite à la vente d’actions, Kanfei Nesharim, une entreprise contrôlée par Eli Rozenberg, est devenu l’actionnaire majoritaire du transporteur aérien, propriétaire d’une part de 42,88 % dans la firme. L’Etat d’Israël, de son côté, possède 14,37 % d’El Al ; Knafaim Holdings Ltd. détient une part de 15,21 % et le public une part de 27,54 %, selon une présentation d’El Al qui a été déposée mercredi auprès de la bourse de Tel Aviv.

Usishkin, qui avait été nommé directeur-général de l’entreprise en 2018, quittera ses fonctions au mois de janvier. Un nouveau conseil d’administration a été nommé suite au changement d’actionnaire majoritaire.

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