Elie Wiesel, écrivain et grand témoin de la Shoah
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Elie Wiesel, écrivain et grand témoin de la Shoah

Homme attentionné aux autres et plein d'humour, il estimait que tout ce qu'il faisait, il le faisait "en tant que juif"

Elie Wiesel, auteur, prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 24 janvier 2005. (Crédit : Don Emmert/AFP)
Elie Wiesel, auteur, prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 24 janvier 2005. (Crédit : Don Emmert/AFP)

Ecrivain français, citoyen américain, juif avant tout, Elie Wiesel, prix Nobel de la paix mort samedi à 87 ans, a consacré sa vie à défendre la mémoire de la Shoah après avoir survécu au camp d’extermination nazi d’Auschwitz.

Elie Wiesel a occupé pendant longtemps la chaire de Sciences Humaines de l’Université de Boston. Partageant sa vie entre les Etats-Unis, la France et Israël, il pensait en yiddish, écrivait beaucoup en français et vivait au jour le jour en anglais.

Pour favoriser la compréhension entre les peuples, ce « messager de l’humanité », comme l’avait qualifié le comité Nobel, avait créé la Fondation Elie Wiesel pour l’Humanité, avec son épouse d’origine autrichienne, et l’Académie universelle des cultures.

De l’Arménie au Darfour, cet infatigable avocat des droits de l’homme, qui jouissait d’un grand prestige sur la scène internationale, avait épousé toutes sortes de causes dont le vecteur premier était « les enfants ».

Elie Wiesel, auteur, prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, devant une photo de lui (3e à droite, en bas) et d'autres détenus au camp de concentration de Buchenwald en 1945, pendant sa visite au musée et mémorial de l'Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 décembre 1986. (Crédit : AFP/Sven Naxkstrand)
Elie Wiesel, auteur, prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, devant une photo de lui (3e à droite, en bas) et d’autres détenus au camp de concentration de Buchenwald en 1945, pendant sa visite au musée et mémorial de l’Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 décembre 1986. (Crédit : AFP/Sven Naxkstrand)

Il a longtemps craint que le monde oublie la Shoah, cet « événement unique ». Avec le temps, son opinion s’était modifiée : « je sais dorénavant que cette tragédie est la plus documentée de l’Histoire. En revanche, j’ai peur de la banalisation de cette mémoire » car « la profusion des informations ne préserve de rien si la connaissance est stockée dans des machines et plus dans l’humain ».

Selon lui, un danger gangrène le monde: « l’indifférence », perçue comme « le mal » : « l’opposé de l’amour n’est pas la haine mais l’indifférence, l’opposé de la vie n’est pas la mort mais l’indifférence à la vie et à la mort ».

Son chef d’œuvre La nuit

Né le 30 septembre 1928 à Sighet, en Roumanie (alors Transylvanie) dans une famille modeste, Elie Wiesel est déporté à 15 ans à Auschwitz-Birkenau, le camp d’extermination nazi en Pologne occupée par l’Allemagne. Sa mère et sa plus jeune sœur y sont assassinées. Son père meurt devant lui à Buchenwald (Allemagne) où ils ont été transférés.

A sa sortie du camp, en 1945, il est recueilli en France par l’OSE (Œuvre juive de secours aux enfants) et y vit jusqu’à l’âge de 28 ans, en 1956. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il devient journaliste et écrivain.

Il apprend à aimer la langue française. « Le français est une langue cartésienne. Or, ce que j’ai vécu dans mon enfance, mon adolescence, toutes mes aventures intérieures, c’était le contraire : je baignais dans le mysticisme. S’il y a une langue qui rejette le mysticisme, c’est le français », disait-il.

« La seule décoration que je porte, c’est la Légion d’honneur, par gratitude pour la France à qui je dois beaucoup », ajoutait cet admirateur de Molière et de Camus. Il a longtemps été un proche de François Mitterrand jusqu’à la révélation de l’amitié du président français avec un haut responsable du gouvernement français collaborant avec les nazis.

François Mauriac, prix Nobel de littérature, préface son premier roman La nuit (1958) sur ses souvenirs d’enfant déporté. Il écrira ensuite une quarantaine de livres (en français, anglais, hébreu et yiddish), fictions, théâtre et essais.

Le Mendiant de Jérusalem est inspiré de la guerre des Six jours. Le testament d’un poète juif assassiné (1980), son livre le plus connu, Le cinquième fils (1983) et Signes d’exode (1985) questionnent le silence de Dieu. Le temps des déracinés (2003), Un désir fou de danser (2006) ou Otage (2010) comptent également parmi ses succès.

Il a reçu la médaille d’or du Congrès américain pour son travail à la tête de l’Holocaust Memorial Council des Etats-Unis. En 2006, Elie Wiesel a refusé la présidence de l’Etat d’Israël, soulignant qu’il n’était qu’un « écrivain ».

Homme attentionné aux autres et plein d’humour, à la voix douce et au regard intense, il estimait que tout ce qu’il faisait, il le faisait « en tant que juif » : « Je peux être juif avec ou contre Dieu. Mais pas sans Dieu. Mon père était croyant, mon grand-père était croyant, son propre père était croyant et ainsi de suite. Comment pourrais-je rompre cette chaîne? ».

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