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Interview

Emi Palmor pense que son téléphone a été piraté par la police

En tant que directrice générale du ministère de la Justice, elle était chargée d’enquêter sur la police. Aujourd'hui, elle soupçonne une vengeance

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

De gauche à droite : Le ministre de la Justice Amir Ohana, le président de l'association du barreau israélien, Avi Chimi, et la directrice générale du ministère de la Justice,  Emi Palmor, durant une réunion du conseil de l'association du barreau israélien à  Nazareth Iliit, le 16 juillet 2019 (Crédit : Flash90)
De gauche à droite : Le ministre de la Justice Amir Ohana, le président de l'association du barreau israélien, Avi Chimi, et la directrice générale du ministère de la Justice, Emi Palmor, durant une réunion du conseil de l'association du barreau israélien à Nazareth Iliit, le 16 juillet 2019 (Crédit : Flash90)

Au moment du piratage supposé de son téléphone par la police, Emi palmor était directrice générale du ministère de la Justice et menait une enquête sur des allégations de racisme contre la police envers les Israéliens d’origine éthiopienne.

Mardi, Palmor a déclaré au Times of Israel qu’elle pensait que la police avait piraté son téléphone, y introduisant le logiciel espion Pegasus, en représailles contre son action.

Palmor s’est aperçue du piratage présumé lundi, en lisant le reportage du quotidien économique Calcalist faisant état d’une possible utilisation par la police israélienne du logiciel espion Pegasus (NSO) pour pirater les téléphones de personnalités politiques israéliennes, en dehors de toute procédure judiciaire. Palmor figurait parmi les trois hauts fonctionnaires ciblés, alors même que, selon Calcalist, rien n’indiquait que Palmor ait été l’objet de soupçons criminels, soulevant des interrogations sur les motifs réels de sa mise sur écoute.

En sa qualité de directrice générale du ministère de la Justice de 2014 à 2019, Palmor a été chargée en 2016 de mener une enquête sur le traitement des Israéliens éthiopiens par la police israélienne. Ses conclusions, publiées dans le rapport qui porte son nom, critiquaient la conduite de la police.

Des Israéliens prennent part à une manifestation à Tel Aviv organisée par les membres de la communauté éthiopienne contre les brutalités policières et la discrimination institutionnalisée, le 3 mai 2015. (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

« Je ne suis pas quelqu’un qui a enquêté [parce que j’avais] une dent contre la police », a-t-elle déclaré. « L’État d’Israël m’a donné la responsabilité d’enquêter sur la question du racisme institutionnel contre les Israéliens d’origine éthiopienne. »

Son équipe, qui comprenait des éléments des forces de police, « a permis de recueillir des témoignages et plaintes très graves, assortis de données précises, contre la police, [y compris le recours au profilage racial] ».

Palmor a déclaré que ses rapports avec la police au cours de l’enquête avaient été tendus. « Chaque fois que j’avais quelque chose à voir avec la police, c’était presque comme si c’était personnel, et non strictement professionnel », a déclaré Palmor. « Ils étaient incapables d’accepter les critiques. »

« [Le commissaire de police de l’époque] Roni Alsheich s’est opposé à moi de toutes les manières possibles, et la relation avec la police a été très difficile tout au long de mon mandat », a-t-elle déclaré.

Yoav Kisch (à droite), président du Comité des affaires intérieures en compagnie du commissaire de police Roni Alsheich, lors d’une réunion du Comité des affaires intérieures, à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 20 février 2018 (Yonatan Sindel / Flash90)

« J’avais l’impression qu’ils auraient aimé trouver des choses à me reprocher. Je n’aurais jamais imaginé qu’ils cherchaient activement quelque chose. »

Alsheich serait au centre de la controverse entourant Pegasus, ayant été à la tête de la police de 2015 à 2018, à l’époque où le logiciel aurait été déployé en toute illégalité contre de fausses cibles d’enquête.

Les conclusions d’une enquête policière initiale présentée au Premier ministre Naftali Bennett mardi soir établissent que, sur les 26 noms cités par Calcalist comme cibles de piratage, seuls trois auraient effectivement fait l’objet de tentatives d’espionnage, le téléphone d’un seul d’entre eux ayant au final été piraté avec succès.

Au moment présumé des faits, Palmor affirme avoir reçu des mises en garde de journalistes affirmant avoir été invités par la police à enquêter à son sujet.

« Certains journalistes m’ont dit à l’époque que la police essayait de [les encourager] à écrire des articles [dommageables] à mon sujet, mais il ne m’est jamais venu à l’esprit que cela pourrait être pire que cela », a déclaré Palmor.

Mardi, la Treizième Chaîne a également indiqué que la police et le Shin Bet auraient invité un journaliste, en 2016, afin de lui présenter des informations et de l’encourager à mener une enquête sur Palmor, dans le contexte d’une possible implication avec des manifestants israéliens éthiopiens.

Le ministre de la Justice Amir Ohana (gauche) avec la directrice générale du ministère de la Justice Emi Palmor lors d’une cérémonie d’accueil pour Chana au ministère à Jérusalem, le 23 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Palmor, une experte en droits de l’homme et en procédure pénale, a déclaré qu’elle considérait le ciblage d’un fonctionnaire – chargé d’assurer la responsabilité de la police – comme un abus de pouvoir, mais que ce pouvoir devrait être mieux contrôlé, et non mener au sabrage des forces de l’ordre.

« Tout le monde s’est focalisé sur l’affaiblissement de la police, au lieu de favoriser une meilleure supervision. Le maintien de l’ordre est important, nous ne pouvons pas nous en passer », a déclaré Palmor.

Au cours des dernières années, l’État a été accusé d’affaiblir la police, de réduire ses budgets, de retarder les nominations et même de ne pas approuver un chef permanent entre décembre 2018 et décembre 2020.

« Je pense que le Procureur général a les moyens d’instaurer une meilleure surveillance, de meilleurs rapports, de meilleurs protocoles de supervision et de gestion des risques sur ces questions », a-t-elle déclaré.

Une telle tâche incomberait au mandat de Gali Baharav-Miara, qui a prêté serment mardi en tant que nouveau Procureur général. Baharav-Miara a déclaré que le rétablissement de la confiance du public dans le système judiciaire et l’application de la loi était sa première priorité, et qu’elle répondrait aux allégations concernant l’utilisation par la police de la technologie d’espionnage sur les téléphones des citoyens.

Tout en appelant à une enquête officielle, Palmor a déclaré que cette atteinte à sa vie privée était personnelle, comme le serait sa réparation.

« Personnellement, je ne vois pas ce qui pourrait rétablir ma confiance dans la police avant longtemps », a déclaré Palmor.

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