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En 2021, les olim américains sont toujours attirés par les implantations

Selon les derniers chiffres publiés par le CBS, environ une personne sur dix arrivant des États-Unis en Israël s'est installée dans une implantation de Cisjordanie

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Illustration : Un nouveau complexe d'habitation, où l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee a posé des briques dans l'implantation d'Efrat en Cisjordanie, le 1er août 2018. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel/Dossier)
Illustration : Un nouveau complexe d'habitation, où l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee a posé des briques dans l'implantation d'Efrat en Cisjordanie, le 1er août 2018. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel/Dossier)

Les nouveaux immigrants américains se sont installés dans les implantations de Cisjordanie à un taux trois fois supérieur à la moyenne de tous les nouveaux arrivants en 2021, selon les derniers chiffres publiés par le Bureau central des statistiques cette semaine (CBS).

Près d’une personne sur dix ayant quitté les États-Unis pour s’installer en Israël – 333 sur 3 480 – a élu domicile en Cisjordanie. Ce chiffre est à comparer aux 2,6 % qui ont fait de même depuis la France, aux 1,7 % depuis la Russie et aux 1,6 % depuis l’Ukraine.

En moyenne, 3,2 % de l’ensemble des nouveaux immigrants, dont les Américains, s’installent dans les implantations à leur arrivée dans le pays.

Les 333 nouveaux immigrants américains qui se sont installés dans une implantation représentent une augmentation importante en chiffres réels par rapport aux années précédentes ; en 2020, moins de 200 nouveaux immigrants américains se sont installés dans une implantation. Mais cela est dû à une augmentation globale de l’immigration vers Israël en provenance des États-Unis en 2021, et non à un changement de la tendance générale.

L’année dernière a été une année record pour l’immigration en Israël en provenance des États-Unis, avec environ 4 000 personnes qui ont fait la démarche, le nombre le plus élevé depuis 1973, selon le ministère de l’Immigration et de l’Intégration. Ce chiffre est dû, en partie, à un retard accumulé l’année précédente en raison de la pandémie de la COVID-19. Le ministère a compté plus de nouveaux immigrants que le CBS, car il utilise des critères légèrement différents.

Pourtant, la part des nouveaux immigrants américains à s’installer dans les implantations est restée relativement constante au cours des dix dernières années. 10 à 15 % d’entre eux choisissant finalement de s’installer en Cisjordanie, selon Sarah Hirschorn, professeure associée d’études israéliennes à la Northwestern University, qui a mené des recherches approfondies sur le rôle des Juifs américains dans le mouvement d’implantation.

« Le pourcentage de personnes qui s’installent dans les implantations – bien que le chiffre exact ne soit pas connu – est relativement constant depuis dix ans », a déclaré Hirschorn.

Le nombre exact n’est pas déterminé car le CBS est en mesure de suivre le premier lieu où les nouveaux immigrants ont choisi de se poser, et non celui où ils finissent par s’installer. Ainsi, si une famille arrive à Jérusalem mais déménage après quelques mois dans l’implantation de Neve Daniel, cela n’apparaîtra pas dans les chiffres du CBS.

Dans son livre City on a Hilltop : American Jews and the Israeli Settler Movement, Hirschorn considère que les citoyens américains représentent 15 % de la population totale des implantations, un chiffre nettement disproportionné, selon diverses sources. On estime que moins de 200 000 citoyens américains vivent en Israël, soit environ 2,2 % de la population israélienne totale.

Hirschorn attribue cette présence exagérée de Juifs américains en Cisjordanie à une combinaison d’idéologie et à l’attrait naturel des implantations pour les immigrants religieux anglophones.

De nouveaux immigrants d’Amérique du Nord arrivant sur un vol spécial d’alyah organisé par l’organisation Nefesh BeNefesh, à l’aéroport international Ben Gurion, le 14 août 2019. (Crédit : Flash90)

L’immigration en Israël, ou alyah, depuis les États-Unis est en grande majorité une question de préférence. Contrairement aux Juifs russes fuyant un régime de plus en plus totalitaire ou aux Juifs français fuyant l’antisémitisme, les Juifs américains courent vers Israël, et non loin des États-Unis.

« L’alyah américaine – malgré la montée actuelle de l’antisémitisme – reste une alyah de choix. Les Français et les Russes essaient de fuir parce qu’ils perçoivent une menace », estime Hirschorn.

La majorité des Juifs américains qui font ce choix sont orthodoxes, une communauté qui est plus susceptible de soutenir le mouvement d’implantation, a-t-elle expliqué.

« Vivre dans les implantations est devenu normal au sein de la communauté orthodoxe des États-Unis. La nature politique de cet acte a été effacée ou du moins atténuée », a déclaré Hirschorn.

Outre ces motivations idéologiques, il existe également des raisons pratiques qui attirent les immigrants américains vers les implantations.

« C’est un lieu familier pour de nombreux Américains. Tout comme Jérusalem est pleine d’anglos » – le terme couramment utilisé pour désigner les Israéliens anglophones – « Efrat et Neve Daniel le sont aussi », a-t-elle expliqué, en faisant référence à deux implantations populaires auprès des immigrants américains dans le Gush Etzion, à l’extérieur de Jérusalem.

En effet, si environ 10 % des immigrants américains s’installent dans des implantations, la moitié d’entre eux se sont installés à Jérusalem, contre 21,7 % des immigrants français et 3,4 % des Russes en 2021.

Les implantations dans le Gush Etzion offrent aux nouveaux immigrants américains la possibilité de vivre juste à l’extérieur de Jérusalem – à seulement 25 minutes en voiture du centre de la ville sans circulation – dans un cadre suburbain.

« La plupart de ces Américains vont vivre dans des quartiers agréables, dans des maisons ou de grands appartements, du même niveau que ce qu’ils auraient pu avoir aux États-Unis », a déclaré Hirschorn.

Le nombre de citoyens américains vivant dans les implantations augmente de façon régulière car les nouveaux immigrants ont tendance à rechercher des compatriotes pour faciliter leur transition vers leur nouveau pays. Cela explique également pourquoi les nouveaux immigrants d’autres pays, même ceux qui peuvent soutenir politiquement les implantations, sont plus susceptibles de s’installer ailleurs.

« Les immigrants ont tendance à s’entourer d’autres membres de leur famille jusqu’à ce qu’ils s’intègrent dans la société », explique Hirschorn. « Les Juifs français et russes ne se tournent pas forcement vers les implantations ».

Les immigrants français, russes et ukrainiens ont tendance à s’installer dans des villes où la population d’expatriés est déjà importante.

Les immigrants français préfèrent se tourner vers Netanya, où environ un tiers d’entre eux se sont retrouvés en 2021, et Tel Aviv, où un quart d’entre eux se sont installés.

Les immigrés russes et ukrainiens se répartissent plus équitablement entre Tel Aviv, Haïfa et les villes du centre, du sud et du nord, selon les chiffres rapportés par le CBS.

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