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En dépit du calme à Gaza, Tsahal se prépare en cas d’attaque surprise du Hamas

Pour les autorités, la pression anti-terroriste « maximale » mise par l'armée à proximité de la barrière de sécurité contribuerait à « dissuader » les groupes terroristes

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats israéliens au niveau de la zone de contact avec la bande de Gaza, en mai 2021. (Crédit : Armée israélienne)
Des soldats israéliens au niveau de la zone de contact avec la bande de Gaza, en mai 2021. (Crédit : Armée israélienne)

Plus d’un an après une guerre de 11 jours menée contre les terroristes dans la bande de Gaza, des responsables militaires ont évoqué, jeudi, l’efficacité de nouvelles mesures défensives dans le maintien du calme dans le sud du pays. Ils ont toutefois ajouté que le groupe terroriste du Hamas demeurait très actif, susceptible de mener une attaque surprise à tout moment.

Depuis les combats de mai dernier, au cours desquels plus de 4 360 roquettes et obus de mortier ont été tirés sur le sud et le centre d’Israël, 11 projectiles seulement ont été tirés depuis l’enclave côtière. Il s’agirait, selon des responsables, de la plus longue période d’accalmie depuis qu’Israël a retiré ses troupes et résidents d’implantations de la bande de Gaza, en 2005.

« Pendant les 11 jours qu’a duré l’opération Gardien des murs, nous sommes parvenus à perturber et réprimer presque toutes les offensives terroristes, parce que nous avons changé d’équation défensive », a déclaré le général de brigade Nimrod Aloni, commandant de la division de Gaza de Tsahal, utilisant la dénomination militaire de la guerre qui a fait rage entre le 10 et le 21 mai 2021.

« Nous n’avons pas attendu que les terroristes arrivent à la frontière pour les combattre, nous les avons traqués dès qu’ils bougeaient un tant soit peu et tentaient de s’en prendre à nos civils ou nos soldats », a expliqué Aloni.

Au deuxième jour de la guerre, l’armée aurait pilonné deux tunnels susceptibles d’être utilisés par des combattants d’élite du Hamas sur le point de mener une opération contre des militaires ou des civils israéliens dans le sud d’Israël, selon de nouvelles informations publiées par Tsahal jeudi.

Les deux tunnels, profonds de 10 à 20 mètres, débouchaient dans la bande de Gaza, près de la zone de contact avec Israël. (Le premier près des villes de Nir Yitzhak, Sufa et Holit, et le second près de Kissufim et Ein Hashlosha). Plusieurs autres tunnels utilisés par des groupes terroristes dans la bande de Gaza ont été frappés durant les hostilités.

Tsahal pense que le Hamas a tiré les enseignements de la guerre de 2021 et que son prochain mouvement sera sans doute une attaque surprise. En prélude aux combats de mai dernier, le Hamas avait annoncé son intention de lancer des roquettes sur Jérusalem à une heure précise, permettant à l’armée de s’y préparer, de fermer les routes le long de la zone de contact et de recommander aux civils de rejoindre les abris.

Selon de récentes études de Tsahal, à l’avenir, le Hamas ne lancera sans doute pas de roquettes comme l’an dernier, mais mènera plutôt une opération terrestre, en envoyant des hommes armés dans des tunnels débouchant sur la zone de contact ou en lançant une attaque de missiles guidés antichars (ATGM).

Les responsables militaires ont expliqué que la nouvelle stratégie de défense envers Gaza était un déploiement large et « intelligent » de forces tout au long de la zone de contact – chars et véhicules blindés dotés de systèmes de défense actifs – doublé d’actions offensives et contre-offensives, pour priver les forces ennemies de la capacité de nuire et « leur faire passer l’envie » de le faire.

La stratégie consiste à empêcher l’entrée de soldats et de civils non protégés dans les zones exposées le long de la zone de contact. Pendant la guerre de mai dernier, un soldat de Tsahal, le sergent d’état-major Omer Tabib, avait été tué après que sa jeep a été touchée par un ATGM lancé depuis Gaza. Au moment des faits, la jeep était stationnée à Netiv Haasara, sur une colline en surplomb, dans une zone parfaitement visible depuis la bande de Gaza, vulnérable aux attaques.

De la fumée s’élève dans le ciel après des frappes de missiles israéliennes sur la ville de Gaza, le 13 mai 2021. (Crédit : AP/Khalil Hamra)

Bien que les groupes terroristes aient mené avec succès des attaques ATGM, en tuant Tabib et en atteignant un bus vide, l’utilisation de ces armes particulièrement meurtrières est restée limitée, en grande partie parce que les forces terrestres et aériennes israéliennes ont bombardé des dizaines d’équipes ATGM, explique Tsahal.

L’armée estime avoir tué plus de 200 terroristes au total, la plupart membres du Hamas, les autres, du Jihad islamique palestinien. Selon de récentes études, la moitié au moins auraient été tués dans des actions défensives ou contre-offensives israéliennes.

L’ONU a rapporté que 256 Palestiniens, parmi lesquels 128 civils dont 66 enfants et 40 femmes, avaient trouvé la mort pendant les combats. Elle estime à 245, dont 63 enfants, le nombre de victimes imputables à Israël, le reste aux groupes terroristes de la bande de Gaza.

L’artillerie de Tsahal, dans la zone de contact avec la bande de Gaza, en mai 2021. (Crédit : Armée israélienne)

Les responsables ont également indiqué que les réparations et améliorations apportées à la barrière de sécurité à Gaza expliquaient qu’il n’y ait eu aucune infiltration dont l’armée n’ait été informée au cours des quatre dernières années.

La barrière modernisée – achevée en décembre – se compose d’un mur souterrain en béton armé parsemé de capteurs pour détecter les tunnels,d’une clôture en acier de six mètres de haut, et d’un réseau de radars et capteurs de surveillance et enfin des armes télécommandées. La section souterraine a effectivement empêché le forage de tunnels en territoire israélien.

La barrière longue de 65 kilomètres se déroule tout le long de la zone de contact avec Gaza, jusqu’à la mer, afin d’empêcher que les groupes terroristes de la bande de Gaza ne creusent des tunnels sous-marins, comme ils ont pu le faire par le passé.

Vue de la barrière de sécurité le long de la zone de contact entre Israël et Gaza, le 8 décembre 2021. (Crédit : Flash90)

Les différents scénarios auxquels la division de Gaza s’est préparée tiennent également compte du fait que la barrière affecte la façon dont agissent les terroristes dans la bande de Gaza, y compris leur action pendant les périodes calmes. Les responsables de Tsahal ont déclaré que la division de Gaza souhaitait maximiser les avantages de la barrière tout en réduisant ses inconvénients, sans donner plus de détails.

Ils ont ajouté que la barrière avait, au cours de l’année écoulée, fonctionné comme prévu et que les soldats menaient « un maximum » d’opérations dans la zone dans le but de déjouer toute attaque potentielle. L’objectif affiché est de « neutraliser » tout combattant ennemi entré en Israël depuis Gaza et l’empêcher de revenir.

L’autre objectif présenté par les responsables, pour la division de Gaza, consiste à rendre plus agiles et rapides le déploiement des opérations de routine et d’urgence, et plus meurtrières les mesures défensives en « imposant un prix élevé à toute incursion sur le territoire israélien ».

Ces mêmes responsables ont précisé qu’ils n’enverraient des soldats à Gaza que si c’était absolument nécessaire, en force et avec les armements appropriés.

Le Brigadier général Nimrod Aloni, commandant de la division de Gaza de Tsahal, dans le Sud d’Israël, le 15 juin 2022. (Crédit : Armée israélienne)

« Au-delà des succès – défensifs – obtenus en perturbant les mouvements offensifs de l’ennemi, nous avons également compris ce que nous devions améliorer et de quelle manière s’adaptait l’ennemi », a ajouté Aloni. « Nos soldats s’entraînent sans relâche pour se préparer eu mieux à la prochaine confrontation. »

« La nouvelle façon d’envisager la situation opérationnelle révolutionne la conduite des forces de Tsahal dans la zone de la barrière de sécurité avec Gaza, d’une manière qui nous permettra d’en tirer avantage et limiter le risque que l’ennemi porte atteinte à nos soldats », a-t-il conclu.

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