En Irak, la puissante coalition paramilitaire du Hachd al-Chaabi se divise
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En Irak, la puissante coalition paramilitaire du Hachd al-Chaabi se divise

Dans l'ombre des sanctuaires irakiens, luttes de pouvoir et différends idéologiques menacent l'intégrité de cette puissante coalition de paramilitaires majoritairement pro-Iran

Funérailles d'Abu Ali al-Dabi, membre du Hachd al-Chaabi, tué dans une frappe attribuée à Israël, le 26 août 2019. (Crédit : AP Photo/Ali Abdul Hassan)
Funérailles d'Abu Ali al-Dabi, membre du Hachd al-Chaabi, tué dans une frappe attribuée à Israël, le 26 août 2019. (Crédit : AP Photo/Ali Abdul Hassan)

Dans l’ombre des sanctuaires irakiens, luttes de pouvoir et différends idéologiques au sein du Hachd al-Chaabi menacent l’intégrité de cette très puissante coalition de paramilitaires majoritairement pro-Iran désormais intégrée à l’Etat.

Face à la frange la plus proche de Téhéran du Hachd al-Chaabi se dressent quatre factions liées aux mausolées des villes saintes chiites de Kerbala et Najaf.

Surnommées le « Hachd des mausolées », ces formations (environ 20 000 combattants) ont tenu début décembre leur premier sommet stratégique dans ces deux villes au sud de Bagdad.

Durant trois jours, les ténors de cette alliance se sont appuyés sur deux sources de légitimité : un discours nationaliste et la bénédiction de la marjaïya, plus haute autorité religieuse chiite en Irak.

« Le Hachd des mausolées est l’origine du Hachd (…) Nous sommes tenus par la loi irakienne et les ordres de la marjaïya », a affirmé à l’AFP Hazem Sakhr, porte-parole des quatre factions.

Pour Maytham al-Zaidi, chef de la faction la plus importante du groupe, la Division de combat Abbas, l’objectif est de « servir » la nation et la remettre « sur le droit chemin ».

Ali al-Hamdani, à la tête de Brigade Ali al-Akbar (3 000 membres), a lui prédit aux quatre factions un avenir distinct de celui du reste de la coalition.

Pour le chercheur Hamdi Malik, la volonté d’accélérer la séparation ne fait aucun doute et le sommet a constitué une « escalade ».

« Division idéologique »

Le Hachd al-Chaabi a été formé en 2014 après un appel lancé aux citoyens par le grand ayatollah Ali Sistani, figure tutélaire de la politique irakienne qui réside à Najaf, à combattre l’expansion du groupe jihadiste Etat islamique (EI), sur lequel Bagdad a déclaré la victoire fin 2017.

Cette coalition de factions préexistantes et de nouvelles formations a finalement été intégrée aux forces de sécurité de l’Etat. Mais des conflits internes ont émergé dès 2016, M. Malik pointant trois lignes de fracture.

Les quatre factions se sont d’abord plaintes de l’accaparement des ressources par Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux de l’organisation tué en janvier dernier par une frappe américaine à Bagdad aux côtés du stratège de la politique iranienne en Irak, le puissant général Qassem Soleimani.

Mouhandis a notamment été accusé de privilégier les factions les plus pro-Iran.

Le bras de fer s’est ensuite cristallisé autour d’une « réelle division idéologique », selon M. Malik, sur la question des liens avec l’Iran, soutien de longue date des groupes armés irakiens.

Si le « Hachd des mausolées » s’est bien gardé de critiquer ouvertement le voisin iranien lors de son sommet, il y a répété son rejet de toute ingérence étrangère.

Connu pour sa méfiance face à l’influence iranienne, l’ayatollah Sistani n’a pas publiquement soutenu le rassemblement mais celui-ci n’aurait pu se tenir sans son feu vert, selon M. Malik.

La fin du Hachd ?

Enfin, les quatre factions n’apprécient pas l’implication en politique de membres du Hachd al-Chaabi.

« Sistani avait clairement dit que les membres du Hachd ne devaient pas faire de politique. Mais les factions pro-Iran ont créé l’alliance du Fatah et participé aux législatives en 2018 », ajoute l’expert.

Le Fatah est devenu le deuxième bloc au Parlement et a raffermi son emprise sur plusieurs ministères.

A l’approche des législatives anticipées prévues en juin 2021, les factions du « Hachd des mausolées » ont réitéré qu’elles se conformeraient aux ordres d’Ali Sistani.

« Nos membres sont libres de voter mais pas de se présenter », a déclaré Mushtaq Abbas Maan, chargé des médias pour le Mausolée d’Abbas à Kerbala.

Chercheur pour la Century Foundation, think-tank basé à New-York, Sajad Jiyad table toutefois sur un divorce houleux plutôt que sur un conflit entre les deux franges du Hachd al-Chaabi.

Le « Hachd des mausolées » cherche à entrer sous l’autorité du bureau du Premier ministre, comme le Hachd al-Chaabi, et obtenir ainsi un cadre légal et un budget propres.

Mais si le divorce officiel se fait avant cela, les quatre factions craignent que le reste du Hachd al-Chaabi monopolise le budget, la force combattante et le poids politique, selon M. Malik.

De l’autre côté, les commandants pro-Iran n’ont pas souhaité répondre aux sollicitations de l’AFP mais Qais al-Khazali, poids lourd du Hachd al-Chaabi, a indiqué en novembre aux médias d’Etat que la sécession des quatre factions pourraient en inspirer d’autres : « Le Hachd sera divisé en trois. Cela signera la fin du Hachd ».

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