En stage au Congrès, un Israélien et un Palestinien découvrent un passé commun
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En stage au Congrès, un Israélien et un Palestinien découvrent un passé commun

Le patron d'Eran Nissan et de Mohammed Ahmad, le député juif Jamie Raskin, œuvre depuis longtemps pour la paix — alors cet été, il a demandé des bénévoles des deux camps

Mohammed Ahmad, à gauche, et Eran Nissan lors d'un événement organisé par  New Voices Leadership au Congrès, le 11 juillet 2019. (Crédit : Ron Kampeas)
Mohammed Ahmad, à gauche, et Eran Nissan lors d'un événement organisé par New Voices Leadership au Congrès, le 11 juillet 2019. (Crédit : Ron Kampeas)

WASHINGTON (JTA) — En dix ans de placement de stagiaires israéliens et palestiniens auprès des membres du Congrès, aucun élu n’a demandé à New Story Leadership d’en avoir un de chaque camp, jusqu’à ce que Jamie Raskin ne le fasse.

Cet été, Eran Nissan et Mohammed Ahmad ont ainsi effectué un stage au bureau du démocrate du Maryland, créant des liens autour des tâches électorales qui leur étaient confiées.

Personne n’a su, en revanche, à quel point les deux jeunes hommes étaient plus liés qu’ils ne l’auraient imaginé : quand Ahmad avait décrit les troublantes intrusions de soldats israéliens et leurs fouilles avec des chiens à Azzun, son village de Cisjordanie, Nissan a réalisé qu’il avait patrouillé dans le village quand Ahmad y habitait.

Le fait que Mohammed et Eran soient devenus amis a ravi Jamie Raskin, qui, depuis les élections de 2016, s’est rendu célèbre pour ses efforts en faveur de la réconciliation israélo-palestinienne, ce qui explique pourquoi il a demandé deux stagiaires. (Il emploie généralement un nombre élevé de stagiaires estivaux, plus d’une trentaine dans ses bureaux et une centaine pour Democracy Summer, un programme de justice sociale.)

« C’est une retombée merveilleuse du programme », s’est réjoui Raskin lors d’une interview, en référence à l’amitié nouée par Mohammed et Eran. Il a pris le temps de dîner avec les deux hommes avant la fin de leur stage.

Eran, qui travaille en Israël pour La Paix maintenant, s’y connaît en politique, mais Mohammed, qui a fait des études pour enseigner l’anglais, a été protégé de la politique par ses parents, en raison des dangers que pose le militantisme politique pour les Palestiniens de Cisjordanie.

« J’ai compris que [Mohammed] n’était pas politiquement engagé ; sa famille a tenté de le tenir à l’écart de la politique », explique Jamie Raskin au sujet de son stagiaire palestinien. « C’était émouvant pour moi – il n’était jamais venu aux États-Unis avant. Il a dit que venir travailler au Congrès américain était un rêve. »

Raskin, dont les parents étaient très investis dans les mouvements de défense des droits civiques, fait régulièrement venir des Palestiniens et des Israéliens à son bureau pour travailler sur des projets commerciaux ou non-lucratif, notamment pour montrer à son équipe que c’est faisable.

Jamie Raskin, membre du Congrès, élu du Maryland. [Crédit : Wikimédias CC BY-SA 2.0)
« Je suis un enfant aîné et cadet, et les initiatives visant à rapprocher les gens m’ont toujours attiré », explique l’élu.

Au début de cette année, il a supervisé une réunion à huis-clos entre des démocrates juifs du caucus et les représentantes Rashida Tlaib, du Michigan et Ilhan Omar, du Minnesota, deux membres musulmanes du Congrès qui soutiennent ouvertement le mouvement anti-Israël Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

« Il est assez facile de comprendre pourquoi un groupe haït l’autre », estime Raskin. « Le vrai défi est de trouver un terrain commun sur lequel bâtir un avenir positif. »

C’est cette idée, confie-t-il, qui a éclairé son vote, en tant que progressiste, en faveur de la récente résolution non contraignante condamnant le mouvement BDS.

« Nous n’avons pas besoin de boycotts mutuels ni d’hostilité, mais plutôt d’engagement et de travaux communs », pense ce professeur de droit constitutionnel. « Je suis un universitaire, et j’ai toujours été opposé à l’idée que nous ferons des progrès en nous isolant les uns des autres. »

New Story Leadership, principalement financé par la région Virginie-Maryland-Washington DC, a formé une centaine de stagiaires au cours des dix dernières années, auprès des démocrates, malgré ce que sa directrice, Rawan Odeh, a qualifié de concentré d’efforts pour placer un républicain à son poste. Un éminent membre du parti républicain devait employer un stagiaire cet été, a-t-elle dit, mais il s’est rétracté à la dernière minute à l’idée d’intégrer un programme de dialogue à une époque où l’administration Trump a arrêté de financer les programmes traditionnels de coexistence.

Le représentant Jerry Nadler, assis, président de la Commission juridique de la Chambre, et le représentant Jamie Raskin lors d’une audience au Congrès, à Capitol Hill, le 8 mai 2019. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

Il s’inspire d’un programme plus ancien créé pour l’Irlande et l’Irlande du Nord qui a produit au moins un diplômé célèbre : Leo Varadkar, Premier ministre d’Irlande. Odeh, peut-être même de manière chimérique, entretient des espoirs similaires pour le programme israélo-palestinien, notant que les anciens élèves restent en contact pour aider à sélectionner des stagiaires et à diriger un certain nombre de programmes en Israël. L’un des programmes est un studio de yoga mensuel qui réunit Israéliens et Palestiniens à Beit Jallah, un village situé entre Jérusalem et Bethléem.

Un événement de New Leadership Story mettant en vedette huit stagiaires racontant leur histoire a rempli une salle de conférence du Congrès lors d’une nuit marquée par une tempête de pluie.

« Nous avons tendance à avoir des Israéliens de gauche, ceux qui ont une conscience et une compréhension de ce que l’occupation représente pour le peuple palestinien », a déclaré Odeh.

Les parlementaires présents qui ont pu s’extirper d’une longue nuit de vote au Congrès ont chanté les louanges des stagiaires ; parmi eux, Tlaib et Omar. Les Palestiniens, notamment, ont craqué pour Tlaib, dont la famille vient de Cisjordanie.

« Pour la première fois de ma vie, j’ai pu voir quelqu’un qui me ressemble, qui parle comme moi, qui est moi, au pouvoir », se réjouit Thawra Abukhdier, une stagiaire venue de Jérusalem.

De gauche à droite : les représentantes démocrates Rashida Tlaib du Michigan, Ilhan Omar du Minnesota, Alexandria Ocasio-Cortez de New York et Ayanna Pressley du Massachusetts, répondent aux propos tenus par le président américain Donald Trump, qui a demandé aux quatre membres démocrates du Congrès de retourner dans leurs pays « déchirés », lors d’une conférence de presse au Capitol à Washington, le 15 juillet 2019. (AP Photo / J. Scott Applewhite)

Mohammed et Eran se sont rapprochés pendant leur stage, réalisant les tâches attendues des stagiaires en poste au Congrès : celles stimulantes (participer à la pléthore de briefings qui remplissent le calendrier estival) et celles qui le sont un peu moins, comme répondre aux appels des électeurs, lors desquels leur accent a suscité la curiosité.

Eran s’est rappelé d’une réunion avec une délégation de Christians United for Israel [Chrétiens unis pour Israël], une organisation soutenant les politiques les plus conservatrices de l’État juif, soit très loin de ses opinions politiques.

« C’était fascinant d’entendre comment les gens parlent du conflit », raconte-t-il.

C’est lors des préparatifs de l’événement au Congrès qu’Eran et Mohammed ont un découvert des liens plus profonds.

« On se présentait chacun notre tour », se souvient Eran. Alors que Mohammed relate les raids nocturnes, Eran s’est rendu compte « j’ai été ce soldat des dizaines de fois ». Israël explique ces descentes sont nécessaires pour défendre les civils israéliens et attraper ceux qui tentent de s’en prendre à eux.

« Eran m’a dit qu’il avait peut-être été l’un de ces soldats derrière la porte », se remémore Mohammed. Le village d’Azzun est situé près de Qalqilya dans le nord de la Cisjordanie.

Un membre de l’assistance à l’événement du Congrès lui a demandé ce qu’il avait éprouvé quand il l’a appris ?

« Être en colère, n’est pas la solution », a-t-il répondu.

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