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En Tunisie, la tentative de donner un nom aux migrants morts en Méditerranée

Des dizaines de corps sans vie de migrants étrangers sont repêchés chaque année en Tunisie, pays qui les a longtemps enterrés dans l'anonymat de cimetières de fortune

Des fossoyeurs dans un cimetière près de la ville côtière de Sfax, en Tunisie, portent des tenues de protection lors de l'enterrement de l'un des 52 migrants africains, décédé en mer lorsque leur bateau a chaviré près des îles tunisiennes de Kerkennah, le 15 juin 2020. (Hamdi ZAGHDANE / AFP)
Des fossoyeurs dans un cimetière près de la ville côtière de Sfax, en Tunisie, portent des tenues de protection lors de l'enterrement de l'un des 52 migrants africains, décédé en mer lorsque leur bateau a chaviré près des îles tunisiennes de Kerkennah, le 15 juin 2020. (Hamdi ZAGHDANE / AFP)

Ils ont failli disparaître sans laisser de traces, comme des milliers d’autres, morts dans l’anonymat sur le chemin de l’Europe. Mais lorsque les corps de ces migrants ont été repêchés le mois dernier, les autorités tunisiennes ont relevé tout ce qui pouvait permettre de les identifier.

Tatouages, marque des baskets, taille du t-shirt, prothèse, grain de beauté, empreintes digitales ou dentaires mais aussi ADN : « Tout indice doit être noté et enregistré », explique à l’AFP le médecin légiste, Samir Maatoug.

Penché sur des dizaines de dossiers, il rassemble photos, fiches descriptives, données médicales… Un travail de fourmi pour recenser tout ce qui pourrait permettre de donner un nom aux 29 femmes, 30 hommes et deux enfants qui ont péri lorsque leur embarcation clandestine a chaviré, début juin, au large de Sfax (centre-est).

Le capitaine, un Tunisien, a rapidement été identifié. Mais des passagers, tous originaires d’Afrique subsaharienne, on ne connaît guère que quelques profils Facebook, identifiés par des connaissances en Tunisie, sans autre forme de confirmation possible.

Les défunts ont toutefois été inhumés en bonne place dans un cimetière musulman de la région, dans des tombes répertoriées et numérotées, avec l’espoir qu’un jour quelqu’un vienne les chercher, ou se renseigne sur leur sort, avec l’aide des objets et données soigneusement répertoriés.

Un médecin légiste dans une morgue de la ville côtière de Sfax, en Tunisie, se prépare à prélever un échantillon d’ADN sur le corps de l’un des 52 migrants africains, décédé en mer lorsque leur bateau a chaviré près des îles de Kerkennah en Tunisie, le 15 juin 2020. (Hamdi ZAGHDANE / AFP)

Empreintes digitales et ADN

Des dizaines de corps sans vie de migrants étrangers sont repêchés chaque année en Tunisie.

Ce pays d’Afrique du Nord les a longtemps enterrés dans l’anonymat de cimetières de fortune. Mais, ces dernières années, le travail d’identification s’organise, en Tunisie comme dans les pays voisins.

L’Italie, qui prélève l’ADN de façon systématique depuis 2014, après deux naufrages qui avaient fait des centaines de morts près de ses côtes, fait figure de pionnière avec un commissaire gouvernemental des personnes disparues centralisant les données.

Cela a permis l’identification de 40 corps, selon la médecin légiste Cristina Cattaneo, qui a orchestré ces opérations. Mais les procédures ne sont pas encore harmonisées, regrette-t-elle, appelant les institutions européennes à « prendre la relève ».

Depuis 2014, plus de 20 000 migrants ont péri en Méditerranée selon l’ONU, dont plus des 16 000 dans la zone la plus meurtrière, entre l’Italie, Malte, la Libye et la Tunisie. Un tiers de ces corps sans vie ont été repêchés.

La Libye, en guerre et en proie au chaos, d’où partent clandestinement de nombreux candidats à l’exil, enterre les migrants sans aucun relevé, et la récolte d’informations y est ardue.

Numéro

La Tunisie, malgré ses faibles moyens, a harmonisé ses procédures d’analyse des dépouilles après une série de consultations lancées en 2017 avec la Croix-Rouge (CICR).

« Chaque corps de migrant noyé doit être systématiquement analysé par la médecine légale et la police scientifique, pour prélèvements des empreintes digitales et de l’ADN », indique le Pr Maatoug, chef du service de médecine légale à l’hôpital universitaire de Sfax.

À leur arrivée à l’hôpital, les corps reçoivent un numéro : celui qui sera inscrit sur leur dossier, puis sur leur tombe.

Dans la morgue de Sfax, les techniciens s’affairent autour de visages défigurés, corps gonflés et enveloppés d’algues, notant leurs caractéristiques.

« Ces traces peuvent aider les familles des victimes à les reconnaître et à faire finalement leur deuil », indique à l’AFP le Pr Maatoug.

Un agent de santé italien donne des bracelets numérotés aux migrants secourus en mer sur le navire de sauvetage « Ocean Viking », exploité par l’ONG française SOS Méditerranée en mer Méditerranée, le 5 juillet 2020. (Shahzad ABDUL / AFP)

« Peut-être qu’un jour… »

À lui seul, son service a effectué 412 prélèvements ADN depuis la révolution de 2011, qui a marqué une nette accélération des départs clandestins depuis les côtes tunisiennes.

Un nombre grandissant de naufragés repêchés par la Tunisie sont des étrangers, exigeant une étroite coordination pour leur identification.

Les prélèvements hospitaliers sont complétés par ceux de la police scientifique et les informations ensuite envoyées à la justice, selon Shahir Jdaïm, sous-directeur des laboratoires de la police technique et scientifique.

Mais « la centralisation des données et les procédures de partage » à l’international restent à élaborer, dit Bilal Sablouh, coordinateur régional sur la médecine légale pour le CICR.

Les familles peuvent se tourner vers le Croissant-Rouge ou la Croix-Rouge de leur pays pour demander des informations et le CICR contacte alors les autorités concernées : justice ou service médico-légal de la zone où le disparu pourrait avoir pris la mer.

Quelques rares familles ont ainsi pu avoir la confirmation du décès d’un proche disparu, voire localiser son corps, des étapes clés pour faire son deuil, selon le CICR.

Mais le Pr Maatoug assure n’avoir jamais eu de demande de rapatriement d’une dépouille.

« Malgré cela, on continue à appliquer les protocoles d’identification. Peut-être qu’un jour, un fils ou un petit-fils viendra », souligne-t-il.

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