Enquête après les jets de pierres meurtriers qui ont tué une Palestinienne
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Enquête après les jets de pierres meurtriers qui ont tué une Palestinienne

Des milliers de personnes étaient aux funérailles de cette mère de huit enfants. Selon son époux, les attaquants parlaient hébreu

Des Palestiniens transportent le corps d'Aisha Rabi, mère de huit enfants, 48 ans, morte de ses blessures après que sa voiture a fait l'objet d'un caillassage, pendant ses funérailles à Biddya, en Cisjordanie, le 13 octobre 2018 (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)
Des Palestiniens transportent le corps d'Aisha Rabi, mère de huit enfants, 48 ans, morte de ses blessures après que sa voiture a fait l'objet d'un caillassage, pendant ses funérailles à Biddya, en Cisjordanie, le 13 octobre 2018 (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Ce sont des centaines de personnes qui ont assisté samedi aux funérailles d’Aisha Muhammad Talal Rabi, tuée vendredi soir par des jets de pierres qui ont entraîné l’accident de sa voiture – une attaque attribuée à des habitants israéliens d’implantation.

Selon Yesh Din, qui consigne les abus aux droits de l’Homme présumés commis par les Israéliens en Cisjordanie, ce caillassage survenu au carrefour de Tapuah a fait perdre le contrôle de son véhicule à l’époux de Rabi, 47 ans. La femme aurait été tuée par une pierre qui l’aurait touchée à la tête. Aucune déclaration officielle n’a permis d’établir la cause exacte de son décès.

Rabi a été inhumée samedi dans le village de Biddya, au sud-ouest de Naplouse.

Aykube a indiqué à Reuters que le couple circulait à proximité d’une implantation lorsque l’attaque a eu lieu : « Les pierres sont arrivées du côté de l’implantation. J’ai pu entendre des gens parler l’hébreu mais je ne les ai pas vus », a-t-il commenté.

Aisha Muhammad Talal Rab (Autorisation)

Un porte-parole du Shin Bet a confirmé samedi que l’agence de sécurité avait ouvert une enquête sur l’incident.

L’unité des crimes nationalistes au sein de la police du district de Judée et Samarie (Cisjordanie) enquête également sur ce décès et dont les informations ont été placées sous embargo. Les autorités n’ont toutefois pas exclu la possibilité qu’un groupe de jeteurs de pierres palestiniens aient pris par erreur le véhicule de Rabi pour une voiture israélienne.

Le militant de droite et avocat Itamar Ben Gvir a déclaré que le Shin Bet ne devait pas être impliqué dans l’enquête. « L’expérience montre que la Division juive mène des investigations… de manière agressive et problématique qui ne permet pas à la vérité d’éclater mais qui, dans la plupart des cas, entraîne de faux aveux ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré samedi à la famille de Rabi : « C’est un crime terriblement affreux, mené par des habitants d’implantation sous la protection de l’Etat d’occupation. Il ne peut rester impuni ».

Des milliers de proches et de voisins ont assisté aux funérailles de Rabi. Son corps a été enveloppé dans un drapeau palestinien alors que le cercueil était transporté dans le cimetière.

« Avec notre sang et avec notre esprit, nous vengerons le martyr », ont hurlé les personnes présentes, en colère. Le frère d’Aisha, Ibrahim Bolad, a estimé qu’il n’y avait aucun doute sur le fait que « des habitants d’implantation ont jeté des pierres sur la voiture ».

Le groupe terroriste du Hamas a émis samedi un prospectus qui a classé Rabi dans les rangs des « martyrs » morts lors des affrontements avec Israël qui avaient eu lieu la veille, sur la frontière avec Gaza, a noté la chaîne Hadashot.

Des images de Reuters, filmées après l’accident, montrent une pierre tachée de sang sous le siège passager, à l’avant de la voiture.

Le cousin de Rabi, Isam Rabi, a expliqué que le mari de cette dernière avait remarqué un groupe d’habitants d’implantation à proximité des lieux du drame.

La mère de huit enfants avait été évacuée vers un hôpital de Naplouse où elle a succombé à ses blessures. Son époux a été blessé à la tête durant l’accident, mais l’organisation Yesh Din n’a pas précisé la gravité de son état.

Suite aux informations transmises sur l’accident meurtrier, le groupe Rabbins pour les droits de l’Homme a mis en garde contre une « situation qui se détériore » en Cisjordanie.

Les proches palestiniens d’Aisha Rabi, mère de huit enfants, lors de ses funérailles dans le village de Biddya, en Cisjordanie, le 13 octobre 2018 (Crédit :JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

« Il y a eu une augmentation du taux de blessés du côté des civils palestiniens », a-t-il expliqué dans un communiqué, appelant les forces de sécurité israéliennes à les protéger.

« En même temps, notre organisation condamne toutes les formes d’agressions contre toutes les parties », a-t-il ajouté.

Quelques heures seulement après l’inhumation, dans l’après-midi de samedi, un militant de Yesh Din a filmé une demi-douzaine d’Israéliens qui jetaient des pierres sur deux Palestiniens travaillant dans les champs, entre les villages de Burin et de Hawara, au nord de la Cisjordanie. Vêtus de l’habit traditionnel blanc porté pour le Shabbat, les habitants d’implantation, sur les images, rassemblent les olives que les agriculteurs étaient en train de cultiver avant de fuir pour se mettre en sécurité.

Yehudah Glick, député du Likud au pouvoir, a appelé les auteurs à répondre de leurs actes devant un tribunal. « Si des habitants d’implantation juive ont jeté des pierres sur des voitures palestiniennes et qu’ils ont tué une femme, ils doivent être traduits en justice et sanctionnés dans les meilleurs délais », a-t-il commenté sur Twitter. Glick, qui lui-même réside dans une implantation de Cisjordanie, a ajouté que « les meurtriers sont également les ennemis du mouvement pro-implantation ».

L’incident de vendredi, en Cisjordanie, survient dans un contexte de fortes tensions après deux attentats terroristes commis contre des Israéliens en début de semaine.

Dimanche, deux Israéliens ont été tués par un collègue palestinien lors d’une fusillade, dans le parc industriel de Barkan et jeudi, un réserviste de l’armée a été modérément blessé lors d’un attentat à l’arme blanche perpétré aux abords d’une base militaire.

Si les services de sécurité du Shin Bet ont annoncé l’arrestation de l’attaquant présumé quelques heures après l’attaque au couteau de jeudi, le suspect de la fusillade est toujours en fuite.

Suite à l’attentat à l’arme blanche, plus d’une douzaine de jeunes habitants d’implantation ont été filmés en train de jeter des pierres sur des voitures palestiniennes arrêtées à un check-point mis en place par l’armée après l’attaque.

Les images filmées par un agent de terrain pour l’ONG de défense des droits de l’Homme Yesh Din montrent une quinzaine de jeunes Israéliens quittant le sommet d’une colline adjacente à l’implantation de Yitzhar, à bord de deux véhicules, quand un fourgon de police arrive sur les lieux.

Les deux véhicules israéliens vus dans la séquence vidéo parviennent à s’échapper sans être arrêtés par les autorités.

Selon Yesh Din, les jeunes sont ensuite revenus au sommet d’une colline voisine, d’où ils ont continué à lancer des pierres sur les Palestiniens. L’ONG a affirmé que les soldats de l’armée israélienne, sur les lieux, n’avaient rien fait pour les arrêter. L’armée n’a pas fait de commentaires.

En réponse aux coups de couteau – la deuxième attaque en Cisjordanie cette semaine – des dirigeants d’implantations ont exhorté le gouvernement à renforcer ses mesures contre le terrorisme, l’un d’entre eux demandant instamment une action « comme en temps de guerre ».

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