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Esclavage, violences policières: un musée expose les pans sombres des Etats-Unis

Inspiré du musés de la Shoah à Berlin, le Legacy Museum vise à créer "une prise de conscience" qui pousse les Américains à s'engager dans la lutte contre les inégalités actuelles

Le "Legacy museum", dans l'ETat de l'Alabama. (Crédit : Facebook)
Le "Legacy museum", dans l'ETat de l'Alabama. (Crédit : Facebook)

L’esclavage, les lynchages, la ségrégation, mais aussi la surreprésentation des Afro-Américains en prison et parmi les victimes de violences policières : un musée, qui a ouvert vendredi dans l’Etat de l’Alabama, trace un lien direct entre le passé raciste des Etats-Unis et les inégalités d’aujourd’hui.

Le « Legacy museum », une extension d’un projet plus modeste lancé en 2018, est situé dans un ancien bâtiment de la ville de Montgomery, où étaient jadis entassés des captifs africains avant d’être vendus comme esclaves.

« C’est un musée de l’histoire des Etats-Unis, centré sur l’esclavage et ses conséquences (…) parce qu’aucune autre institution n’a autant formaté notre économie, notre politique, nos structures sociales et notre tempérament », explique à l’AFP son promoteur, l’avocat et militant Bryan Stevenson.

Or, note-t-il, cette histoire est mal enseignée aux Etats-Unis : « beaucoup de gens ne savent pas que 12 millions de personnes ont été enlevées en Afrique et emmenées en Amérique, que deux millions sont mortes lors de la traversée… ».

Le musée, le premier du genre selon lui, vise à combler ce vide et à créer « une prise de conscience » qui pousse les Américains à s’engager dans la lutte contre les inégalités actuelles.

Pour ce faire, il ne suffit pas de fournir des informations aux visiteurs, « il faut aussi « toucher leur cœur », estime M. Stevenson.

Le « Legacy Museum » dans l’Etat d’Alabama. (Crédit : Facebook)

Le musée, inspiré de ceux de la Shoah à Berlin ou de l’Apartheid à Johannesburg, offre donc une expérience « immersive » : dès leur arrivée, les visiteurs sont « embarqués » à bord d’un navire traversant l’Atlantique, témoins des souffrances des futurs esclaves.

Egalement sans complaisance, un autre espace est dédié à la violence de l’esclavage, y compris sexuelle.

Une aile est consacrée aux milliers de victimes de lynchages, survenus entre 1877 et 1950. Le Monument national pour la paix et la justice, adjacent au musée, leur rend également hommage.

L’exposition fait également revivre « l’humiliation de la ségrégation » en vigueur dans le Sud après la Seconde Guerre mondiale et « les défis du temps présents : l’incarcération massive et les violences policières » contre les Afro-Américains, souligne M. Stevenson.

Son premier combat, retracé dans le livre et le film « Just Mercy » (« La Voie de la Justice »), fut de lutter contre les erreurs judiciaires dont les Américains noirs sont souvent victimes. Avec son organisation Equal Justice initiative (EJI), il a réussi à innocenter plusieurs condamnés à mort. Dans le musée, les visiteurs peuvent s’asseoir à un parloir et les écouter raconter leurs histoires.

Ce musée s’inscrit dans un mouvement de fond aux Etats-Unis, où le travail de relecture du passé s’est approfondi depuis le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd par un policier blanc, en mai 2020.

Mais les efforts pour mieux enseigner les pages sombres de l’Histoire, notamment dans les écoles, rencontrent une farouche opposition dans les milieux conservateurs. « Cela ne me surprend pas qu’il y a ait des résistances », commente M. Stevenson, convaincu que l’Amérique « dépassera ses peurs ».

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