Esther Hayut demande une enquête sur les fuites « graves » de l’affaire Netanyahu
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Esther Hayut demande une enquête sur les fuites « graves » de l’affaire Netanyahu

La présidente de la Cour suprême reproche à Mandelblit de ne pas avoir enquêté sur les fuites, ce qui, selon elle, nuit aux accusés et à l'accusation

La présidente de la Cour suprême israélienne, Esther Hayut, photographiée au tribunal de Jérusalem, le 4 mai 2020. (Oren Ben Hakoon/POOL)
La présidente de la Cour suprême israélienne, Esther Hayut, photographiée au tribunal de Jérusalem, le 4 mai 2020. (Oren Ben Hakoon/POOL)

La présidente de la Cour suprême Esther Hayut a déclaré lundi que les fuites dans les médias concernant les enquêtes contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu étaient un phénomène inquiétant qui porte préjudice à la défense ainsi qu’à l’accusation et qui érode la confiance des Israéliens dans le système judiciaire. Elle a appelé le procureur général à envisager une enquête sur ces faits.

« Ce ne sont pas des événements rares », a-t-elle souligné. Les fuites de détails provenant des enquêtes de police sur les affaires Netanyahu et des délibérations ultérieures des procureurs alors qu’ils pesaient les accusations portées contre le Premier ministre étaient extrêmement fréquentes, ce qui a conduit à des plaintes de la part du Premier ministre.

Esther Hayut s’exprimait lors d’une audience sur une requête déposée par Shaul Elovitch et son épouse Iris – tous deux accusés dans l’une des affaires en question – qui cherchent à déterminer l’origine des fuites de documents d’enquête les concernant.

Shaul et Iris Elovitch sont soupçonnés d’avoir entretenu une relation de contrepartie illicite avec Netanyahu, dans le cadre de laquelle l’homme d’affaires, autrefois actionnaire majoritaire de la plus grande entreprise de télécommunications israélienne Bezeq, et propriétaire du site web Walla, a assuré une couverture favorable de Netanyahu par le site d’information en échange de décisions réglementaires profitant à Bezeq.

Shaul Elovitch au tribunal de première instance de Tel Aviv pour une audience de renvoi dans l’affaire 4000, le 26 février 2018. (Flash90)

« Nous sommes très contrariés » par les fuites, a déclaré Mme Hayut. « Il y a ici un phénomène inquiétant dont les dommages… [s’étendent] à l’accusé… ils nuisent à la confiance du public et à l’accusation elle-même. Sans parler du préjudice causé au processus judiciaire qui devrait avoir lieu au tribunal. »

Elle a critiqué le procureur général Avichai Mandelblit pour ne pas avoir ordonné une enquête sur les fuites. « N’est-il pas temps d’agir ? D’enquêter ? », a-t-elle déclaré. « Il est grave à nos yeux que rien n’ait été fait. »

Elle a demandé à Mandelblit « d’envisager une enquête préliminaire sur les fuites ».

Le Premier ministre est jugé dans trois affaires, accusé de fraude et d’abus de confiance dans les trois cas, et de corruption dans l’affaire qui concerne également Elovitch. Il nie tout acte répréhensible.

En janvier 2019, les avocats de Netanyahu ont publié une lettre qu’ils avaient envoyée à Mandelblit affirmant que les fuites avaient causé un « grave préjudice » aux droits fondamentaux de leur client.

En novembre de la même année, Mandelblit a rejeté les appels à enquêter sur les fuites aux médias. Tout en soulignant qu’il considérait ces fuites comme « graves », M. Mandeblit a déclaré « qu’il n’y avait pas matière à vérifier ou à enquêter sur ces incidents ».

Le procureur général Avichai Mandelblit assiste à un événement à l’hôtel Dan à Jérusalem, le 6 février 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

L’ancien procureur général Shai Nitzan a expliqué à l’époque que le système judiciaire, y compris la Cour suprême, était réticent à ouvrir des enquêtes sur les fuites aux médias car cela nécessiterait l’interrogatoire de journalistes d’investigation et aurait un impact sur la liberté de la presse.

Lundi également, Mandelblit a répondu à ses détracteurs au sein du gouvernement et s’est élevé contre ce qu’il a qualifié de « campagne visant à jeter le doute sur mon travail et celui du ministère public ».

« Ceux qui sont derrière la campagne espèrent qu’elle m’influencera ou influencera mes décisions, ce qui est une très grave erreur de leur part. Nous sommes à l’abri des pressions extérieures », a déclaré M. Mandelblit lors d’un évènement au ministère de la Justice à l’occasion du nouvel an juif.

Mandelblit, le ministère public et la police ont été durement attaqués par Netanyahu et ses alliés en raison des accusations portées contre le Premier ministre.

Netanyahu a accusé la police, les procureurs, la gauche et les médias de complicité dans ce qu’il prétend être une tentative de le chasser de son poste.

Samedi, le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana, qui est en charge de la police, a attaqué les autorités chargées de l’application de la loi et le ministère public en les qualifiant de « corrompus ». Il a déclaré « qu’une mise en accusation d’un élu, en particulier d’un Premier ministre, est une attaque contre la démocratie, qui contrecarre le choix de l’électeur ».

Le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana tient une conférence de presse à Jérusalem, le 15 juillet 2020. (FLASH90)

Mandelblit a répondu lundi : « L’affirmation même qu’il existe des personnes qui sont au-dessus de la loi et qui devraient être protégées des poursuites pénales est en soi préjudiciable à la démocratie. »

Mandelblit et Ohana se sont régulièrement affrontés, particulièrement lorsque ce dernier, un proche allié de Netanyahu, a été ministre de la Justice par intérim entre juin 2019 et mai 2020.

Ohana a rapidement riposté lundi, en affirmant que le système judiciaire utilisait « des mensonges et des fuites, l’extorsion de témoins, un refus d’enquêtes qui pourraient aider le Premier ministre… Ils sont persuadés que le public est stupide ».

Les attaques du Premier ministre et de ses alliés contre le système judiciaire se sont intensifiées la semaine dernière après que des allégations ont fait surface selon lesquelles une enquête sur la mort d’un bédouin israélien en 2017 avait été étouffée par crainte qu’elle ne donne des munitions aux détracteurs de l’enquête sur la corruption concernant Netanyahu.

Mardi, Netanyahu a présenté ses excuses à la famille de Yaqoub Abou Al-Qia’an pour le fait que le gouvernement l’avait présenté comme un terroriste après avoir été abattu par la police en 2017. Netanyahu a également déclaré que la police avait tenté de dissimuler ses erreurs dans l’affaire Abou Al-Qia’an afin de pouvoir mieux nuire au Premier ministre.

Jeudi, l’ancien procureur général Nitzan a nié avec véhémence avoir tenté de supprimer des informations de la plainte. Il a accusé Netanyahu de mentir au public et a défendu ses propres décisions dans cette affaire.

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