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Ex-députés et gradés vent debout contre Smotrich et son autorité sur la Cisjordanie

Yair Golan a évoqué le risque d'un « démantèlement des institutions » et l’ex-ministre de la Défense de Netanyahu, Moshe Yaalon, a dit que Netanyahu avait « bradé le pays »

Le leader de  HaTzionout HaDatit  Smotrich arrive pour des pourparlers de coalition dans un hôtel de Jérusalem, le 9 novembre 2022. (Crédit :  Olivier Fitoussi/Flash90)
Le leader de HaTzionout HaDatit Smotrich arrive pour des pourparlers de coalition dans un hôtel de Jérusalem, le 9 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

D’anciens dirigeants israéliens ont dit haut et fort leur opposition à l’accord de coalition en vertu duquel le dirigeant d’extrême droite Bezalel Smotrich aura autorité sur les implantations israéliennes et les constructions palestiniennes en Cisjordanie.

En vertu de cet accord, signé jeudi entre le parti HaTzionout HaDatit de Smotrich et le Likud du Premier ministre désigné, Benjamin Netanyahu, le service des implantations et des terres ouvertes du COGAT – coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires – sera confié à un ministre HaTzionout HaDatit, et possiblement à Smotrich en personne.

« Nous assistons ni plus ni moins au démantèlement des institutions gouvernementales », a déclaré Yair Golan, ex-député du Meretz qui fut chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne de 2014 à 2017.

« Nous sommes en marche vers l’anarchie institutionnalisée : les partis politiques les plus extrêmistes vont bientôt détenir l’autorité sur les organes opérationnels du pays, qu’ils vont subordonner à leurs intérêts politiques », a déclaré Golan.

Il a ajouté que l’émiettement des compétences du ministère de la Défense entre différents ministères causerait le « chaos » et que les politiques idéologiques conduiraient à de nouveaux carnages.

Moshe Yaalon, qui fut ministre de la Défense sous Netanyahu (2013-2016) et chef d’état-major de Tsahal (2002-2005), estime que le prochain Premier ministre abuse de son pouvoir et a « bradé » le pays, évoquant d’autres accords conclus avec des personnalités d’extrême droite ces derniers jours.

« Netanyahu… Tu n’as pas reçu mandat de former une coalition contre les intérêts du pays… Tu n’as pas reçu mandat d’abandonner notre sécurité en la remettant à des provocateurs qui soutiennent le terrorisme juif, ont causé du tort à Tsahal et ses responsables », a écrit Yaalon sur Twitter.

Le major général à la retraite, Yair Golan assistant à une discussion tenue à l’Institut israélien de la démocratie, à Jérusalem, le 7 juillet 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Tu n’as pas reçu mandat de brader l’éducation de nos enfants en la confiant à des personnes dévorées de préjugés », a-t-il ajouté, allusion à l’accord conclu par Netanyahu avec le chef du parti Noam, Avi Maoz, en vertu duquel cet homme, connu pour ses virulentes opinions anti-LGBT, aura autorité sur certains contenus au sein des écoles israéliennes.

« Tu n’as pas reçu mandat d’abandonner les Israéliens à la seule fin d’échapper à ton procès. Cela suffit ! », a-t-il conclu.

Le prochain gouvernement souhaite en effet mettre en oeuvre une réforme du système judiciaire susceptible d’entraver, voire de mettre un terme, au procès pour corruption de Netanyahu.

L’ex-ministre de la Défense Moshe Yaalon lors d’un rassemblement de campagne à Tel Aviv pour son nouvel allié politique Benny Gantz, le 29 janvier 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le ministère palestinien des Affaires étrangères a fait savoir mercredi que « les extrémistes israéliens d’extrême droite tentaient de s’arroger le contrôle des services relatifs aux citoyens palestiniens afin d’appliquer leur programme politique hostile, raciste et colonial envers les Palestiniens ».

Il a invité la communauté internationale à nommer une tierce partie destinée à assurer la protection des droits des Palestiniens, une fois le prochain gouvernement assermenté.

L’accord signé entre Smotrich et Netanyahu confère à HaTzionout HaDatit l’autorité sur des aspects clés de la vie civile en zone C de Cisjordanie, y compris les services civils régissant les constructions israéliennes et palestiniennes.

Ce qui est un grand succès pour Smotrich, a également le potentiel de causer des tensions, compte tenu du soutien indéfectible du leader HaTzionout HaDatit à l’expansion des implantations et aux positions les plus intransigeantes envers les Palestiniens.

Smotrich n’a effectué qu’un bref service militaire et a été emprisonné pendant trois semaines par le Shin Bet, en 2005, soupçonné d’avoir projeté un attentat terroriste pour protester contre le retrait israélien de la bande de Gaza. Il n’a jamais été inculpé.

Le député, chef du parti Sionisme religieux, Bezalel Smotrich (au centre) visite l’avant-poste illégal d’Evyatar, en Cisjordanie, en compagnie de Tzvi Elimelech Sharbaf, directeur du Mouvement Na’hala pour les implantations, le 27 juin 2021. Na’hala a organisé la création de l’avant-poste illégal d’Evyatar en mai 2021 (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Plus tôt ce mois-ci, le major-général Amos Gilad, qui fut chef de la Direction du renseignement militaire et haut fonctionnaire au ministère de la Défense, faisait part de ses inquiétudes quant-à l’aptitude de Smotrich à occuper un poste de haut niveau lié à la défense en raison de « son idéologie » et de son activisme d’extrême droite.

« Cet homme a été arrêté alors qu’il s’apprêtait à mettre le feu à l’autoroute Ayalon, entre autres actes terroristes », a-t-il déclaré lors d’une conférence à Beer Sheva, allusion aux accusations selon lesquelles le député projetait de s’en prendre à des automobilistes pour protester contre le désengagement de Gaza en 2005.

« Smotrich ne peut pas se renier : c’est ce qu’il est, profondément. Il ne peut pas nier d’où il vient. S’il met à mal le fragile équilibre qui prévaut dans [le nord de la Cisjordanie], cela va faire boule de neige sur les relations avec toute la région. Et c’est exactement ce que [le chef du Hamas à Gaza] Yahya Sinwar souhaite », a averti Gilad, ajoutant « Si Smotrich met en œuvre son idéologie, ce sera un désastre. »

Carrie Keller-Lynn et Tobias Siegal ont contribué à cet article.

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