Ex-n°1 de Tsahal : admettre les frappes en Syrie « menace la sécurité nationale »
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Ex-n°1 de Tsahal : admettre les frappes en Syrie « menace la sécurité nationale »

Gadi Eizenkot estime qu'abandonner la politique historique d'ambiguïté concernant les opérations militaires israéliennes dans les pays voisins est une "grave erreur"

L'ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot durant une conférence à Netanya le 18 mars  2019. (Crédit ; Flash90)
L'ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot durant une conférence à Netanya le 18 mars 2019. (Crédit ; Flash90)

L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, a déclaré que le récent changement dans la politique historique d’Israël consistant jusqu’alors à ne pas revendiquer la responsabilité d’opérations militaires dans les pays voisins était considérablement risqué.

« Cette récente rupture dans la politique d’ambiguïté est une grave erreur qui menace la sécurité nationale », a-t-il ainsi dénoncé dans un entretien avec le quotidien Yedioth Ahronoth, qui en a publié un extrait jeudi.

Depuis longtemps, Israël suit une politique d’ambiguïté concernant les frappes menées en Syrie et ailleurs, afin de minimiser les risques de représailles. Mais ces derniers mois, les hauts responsables israéliens ont été particulièrement bavards au sujet de certains aspects de l’activité militaire du pays, notamment en revendiquant des frappes aériennes sur une cellule iranienne installée près de Damas qu’elle a accusée de prévoir une attaque transfrontalière par drones.

Certains ont reproché au Premier ministre Benjamin Netanyahu — qui n’a eu de cesse d’avertir l’Iran de limiter sa présence militaire dans la région — de se vanter de ces frappes à des fins électoralistes.

Le député Kakhol lavan Yair Lapid a twitté l’extrait de l’entretien jeudi, accusant Benjamin Netanyahu, qui est également ministre de la Défense, de mettre le pays en danger au nom de sa campagne de réélection.

« Tout le monde dans l’establishment de la défense sait que Netanyahu a renoncé à l’ambiguïté à cause des élections. Il est moins ‘M. Sécurité’ que ‘M. Politique' », a-t-il dénoncé.

Des missiles anti-aériens syriens répondent aux missiles israéliens lancés contre des postes de défense anti-aériennes et des bases militaires à Damas, en Syrie, le 10 mai 2018. (Crédit : Syrian Central Military Media, via AP)

Le prédécesseur d’Eizenkot à la tête de l’armée, Benny Gantz, a également remis en cause Benjamin Netanyahu, qualifiant sa décision de « parfaitement inutile » lors d’un récent meeting de campagne.

Eizenkot, qui travaille actuellement dans la capitale américaine pour le Washington Institute for Near East Policy, a également indiqué au Yedioth qu’il avait empêché de nombreuses fois Israël d’entrer en guerre lorsqu’il était en poste.

« Il est arrivé plus d’une fois que quelqu’un du gouvernement vienne me dire : ‘nous devons entrer en guerre ici ou faire la guerre là’, mais ces [demandes] étaient systématiquement écartées », a-t-il confié au quotidien.

Eizenkot a également évoqué ses autres désaccords avec le gouvernement Netanyahu, notamment au sujet de sa politique vis-à-vis du Hamas dans la bande de Gaza.

« Permettre au Hamas d’accroître sa puissance était une grave erreur. Nous devons mettre un terme à son règne dans la bande », a-t-il déclaré.

Il a également évoqué un conflit avec le ministre de la Défense de l’époque, Avigdor Liberman, qui se serait opposé à une opération ayant permis d’empêcher les tunnels transfrontaliers du Hezbollah de s’étendre au nord d’Israël.

« Je lui ai dit, ‘M. le ministre, je vous respecte, je suis votre subordonné, mais je suis soumis aux décisions du gouvernement' », a-t-il relaté.

Liberman avait démissionné de ses fonctions en raison de la politique d’Israël vis-à-vis de Gaza en novembre 2018. Quelques semaines après, l’armée lançait l’opération Bouclier du nord visant à détecter et détruire les tunnels de l’organisation terroriste libanaise, et le 13 janvier dernier, l’armée annonçait avoir trouvé tous les passages et s’efforcer de les démolir.

Dans une série d’interviews accordées avant son départ à la retraite de l’armée mi-janvier, Gadi Eizenkot avait reconnu qu’Israël avait perpétré des frappes aériennes sur des cibles iraniennes en Syrie depuis sa nomination en 2015. Il a également confirmé que le pays avait fourni des armes légères « [d’]auto-défense » à des groupes rebelles syriens.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, 3ème à gauche, le ministre de la Défense Avigdor Liberman, à gauche, et le chef d’Etat major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot, 2ème à gauche, visitent la frontière nord sur le plateau du Golan, le 25 juillet 2017. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Ces confessions relevaient d’un mouvement plus large au sein de l’establishment politique et militaire israélien consistant à communiquer davantage sur les efforts de l’armée contre l’ancrage militaire de Téhéran en Syrie.

Son entretien avec le Yedioth (qui doit être publié dans son intégralité vendredi) survient après la publication par le Washington Institute d’un de ses articles exposant les grandes lignes du changement de politique d’Israël vis-à-vis de l’ancrage iranien.

Après son départ de l’armée en janvier, Eizenkot avait demandé et obtenu un raccourcissement de sa mise en disponibilité rémunérée, laissant spéculer qu’il envisageait une carrière politique.

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