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Face à la répression, les militants saoudiens hantés par la peur de l’extradition

Les opposants en exil accusent le prince, âgé de 37 ans, d'avoir largement restreint l'espace politique dans le pays, tout en menant d'importantes réformes sociales

Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salman prenant place avant un déjeuner de travail au sommet du G20, à Nusa Dua, à Bali, en Indonésie, le 15 novembre 2022. (Crédit : Leon Neal/Pool Photo via AP)
Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salman prenant place avant un déjeuner de travail au sommet du G20, à Nusa Dua, à Bali, en Indonésie, le 15 novembre 2022. (Crédit : Leon Neal/Pool Photo via AP)

Dans la cellule du centre de détention de Sofia où il croupit, le militant saoudien Abdelrahmane al-Khalidi, débouté du droit d’asile en Bulgarie, redoute plus que tout d’être renvoyé dans son pays.

« Si je suis expulsé, je serai soumis à la torture et à un long emprisonnement, car j’ai travaillé avec l’opposition pendant des années », affirme à l’AFP ce militant de 29 ans, joint par téléphone dans son centre de détention.

Les craintes d’Abdelrahmane al-Khalidi et d’autres critiques de la monarchie saoudienne ayant fui le royaume du Golfe, ont été ravivées par l’extradition en février de leur compatriote Hassan al-Rabie, qui avait trouvé refuge temporairement au Maroc. 

Issu d’une famille d’éminents militants chiites, Hassan al-Rabie a été renvoyé en Arabie saoudite en vertu d’un mandat d’arrêt émis par Ryad pour « collaboration avec des terroristes ». 

Plusieurs organisations de défense des droits humains s’étaient alors inquiétées de son sort, en soulignant les « sérieux risques de persécution » dans la monarchie pétrolière, sous la coupe du puissant prince héritier Mohammed ben Salmane.  

Les opposants en exil accusent le prince, âgé de 37 ans, d’avoir largement restreint l’espace politique dans le pays, tout en menant d’importantes réformes sociales.

Le roi saoudien Salman participe au sommet des dirigeants du G20 par vidéoconférence au palais royal de Riyad, en Arabie saoudite, le 30 octobre 2021. (Crédit : Bandar Aljaloud/ Palais royal saoudien via AP)

Traqués à l’étranger

L’activisme d’Abdelrahmane al-Khalidi est antérieur à l’accession au trône du roi Salmane en 2015 et à la nomination de son fils Mohammed en tant que prince héritier deux ans plus tard.

En 2011, dans la foulée des soulèvements du printemps arabe, il a participé à des manifestations dans l’est de l’Arabie saoudite, où vit une importante minorité chiite se plaignant de discriminations. 

Il s’est réfugié en Turquie en 2013, sans être rassuré, l’État saoudien traquant plusieurs militants de premier plan à l’étranger. 

Parmi eux, Loujain al-Hathloul, une militante des droits des femmes, arrêtée aux Émirats arabes unis en mars 2018 et renvoyée en Arabie, où elle a passé plus de deux ans derrière les barreaux. 

Cette photo prise le 10 février 2021 à Ryad, la capitale de l’Arabie saoudite, montre une femme regardant un tweet publié par la sœur de l’activiste saoudien Loujain al-Hathloul, Lina, montrant une capture d’écran d’eux ayant un appel vidéo après la libération de Hathloul après près de trois ans de détention. (Crédit : Fayez Nureldine / AFP)

En octobre 2018, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été tué à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul, une opération imputée par les services de renseignement américains au prince Mohammed, ce que Ryad nie.  

La surveillance en ligne exercée par les autorités saoudiennes, qui ont été jusqu’à recruter des employés saoudiens de Twitter selon un tribunal américain, contribue à terrifier les opposants. 

Lorsque son passeport a expiré en 2021, Abdelrahmane al-Khalidi a donc cherché à se réfugier dans l’Union européenne, en fuyant à pied vers la Bulgarie.

Mais sa demande d’asile dans ce pays n’a pas abouti, les autorités estimant qu’il n’avait pas démontré le risque de persécution dans son pays d’origine, selon un avocat bulgare qui a travaillé sur l’affaire, s’exprimant sous couvert d’anonymat. 

Une décision sur son éventuelle extradition pourrait intervenir à tout moment.

Sollicitées par l’AFP, les autorités saoudiennes n’ont pas souhaité s’exprimer à ce sujet. 

Des personnes tiennent des affiches du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, à l’occasion du deuxième anniversaire de sa mort, près du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre 2020. (Crédit : Emrah Gurel/AP)

Ne plus revoir le soleil

Selon des militants et des avocats, les dissidents saoudiens se réfugient le plus souvent aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et au Canada.

Dans l’Union européenne, le nombre de demandeurs d’asile saoudiens a considérablement augmenté sous le règne du roi Salmane, passant de 15 en 2013 et 40 en 2014, à 130 en 2017 et en 2022, selon l’Agence de l’Union européenne pour l’asile. 

Abdelhakim al-Dakhil, un militant saoudien arrêté en 2010 après avoir appelé en ligne à des réformes politiques, a fui le royaume en 2017 pour la France, où il a obtenu l’asile en 2020. 

« Avant cela, j’avais peur d’être expulsé, car j’aurais été jugé sur la base d’accusations fabriquées, et je n’aurais plus jamais revu le soleil », confie-t-il à l’AFP. 

Aujourd’hui encore, il se dit inquiet pour sa sécurité. « Je préfère être dans les lieux publics et j’ai toujours peur de me rendre seul dans certains endroits. » 

Plusieurs militants saoudiens résidant à l’étranger disent ne pas vouloir transiter par les pays arabes par peur d’être extradés. 

« Personne n’ose passer » par la région, affirme Adel al-Saeed, vice-président de l’Organisation euro-saoudienne pour les droits de l’homme. 

« Les militants saoudiens refusent systématiquement les invitations à des conférences sur les droits de l’homme dans des pays comme le Liban et la Tunisie », ajoute-t-il. 

Pour Lina al-Hathloul, sœur de Loujain et responsable au sein de l’association de défense des droits de l’homme ALQST, basée à Londres, l’asile ou la double nationalité peuvent offrir une « couche de protection » aux opposants. 

Mais « compte tenu de l’influence de l’Arabie saoudite sur certains pays, ce n’est pas une protection garantie ».

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