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Facebook: des membres et groupes de l’extrême-droite israélienne sur liste noire

Bentzi Gopstein et son organisation Lehava font partie de plusieurs groupes juifs et israéliens bannis par le géant des réseaux sociaux, avec des groupes islamistes et néo-nazis

Le président de Lehava, Benzi Gopstein, amené à la cour de Jérusalem, le 16 décembre 2014. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)
Le président de Lehava, Benzi Gopstein, amené à la cour de Jérusalem, le 16 décembre 2014. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Un activiste d’extrême-droite et l’organisation dont il est à la tête sont tous deux sur la liste noire des entités interdites sur le réseau social Facebook aux côtés de nombreux groupes terroristes ou promoteurs de haine, selon un document qui a été publié cette semaine par The Intercept.

Parmi ceux qui apparaissent sur cette liste constituée de personnes, d’organisations et de groupes sanctionnés par Facebook, l’activiste d’extrême-droite Bentzi Gopstein et l’organisation raciste et homophobe qu’il dirige, Lehava, qui sont bannis pour « haine ».

Lehava s’oppose aux mariages entre Juifs et non-Juifs, aux droits LGBT et s’efforce de réprimer toute activité publique des non-Juifs en Israël, notamment les événements prônant la coexistence.

Il y a eu un certain nombre d’initiatives prises en Israël – certaines sont en cours – d’intégrer Lehava sur la liste des organisations terroristes.

Gopstein a été arrêté à un certain nombre d’occasions. Des enquêtes ont été ouvertes suite à des propos qu’il a tenu tenir sur les non-Juifs, et notamment après un article dans lequel il qualifiait de « vampires » les chrétiens.

Il avait été aussi arrêté peu de temps après que des membres de son groupe ont tenté d’incendier une école accueillant des élèves Juifs et Arabes au mois de novembre 2014. Gopstein n’avait pas été mis en examen. Trois membres de Lehava avaient été finalement reconnus coupables.

Benzi Gopstein (avec le microphone), membre d’Otzma Yehudit et chef du groupe anti-métissage Lehava, mène une manifestation contre le défilé de la Gay Pride de Jérusalem, le 6 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Plus récemment, Gopstein a tenté de se lancer dans la politique sous l’étiquette du parti extrémiste Otzma Yehudit, mais la cour suprême lui a interdit de se présenter en 2019 en raison de propos qui, « sans équivoque », avaient prouvé « ses incitations systématiques au racisme contre le public arabe ».

L’organisation d’extrême-droite Kahane Chai – classée comme terroriste en Israël et aux États-Unis – est interdite sur Facebook pour « terrorisme ». La Ligue de défense juive, organisation basée aux États-Unis qui avait été mise en place par le rabbin extrémiste et ancien député Meir Kahane, est aussi sur la liste noire des groupes terroristes du géant des réseaux sociaux, comme c’est le cas également d’une organisation inconnue appelée « Les Juifs des médias du Jihad ».

The Intercept a dit avoir examiné une photo de la liste divisée en plusieurs catégories : haine, crime, terrorisme, mouvements sociaux armés et acteurs non-étatiques violents. Il a aussi publié un document d’onze pages qui détaille les politiques mises en œuvre par Facebook sur le sujet.

D’autres groupes figurant sur la liste noire sont des entreprises et des personnalités liées au Hezbollah, au Hamas, à l’État islamique, à Boko Haram, aux gardiens de la révolution iraniens et autres groupes terroristes, ajoute The Intercept. Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah et les leaders du Hamas Ismail Haniyeh et Yahya Sinwar y apparaissent tous deux.

Il y a aussi sur cette liste de nombreuses personnalités et associations néonazies américaines et européennes. Parmi les individus bannis, un certain nombre de noms d’éminents nazis – dont Adolf Hitler, Joseph Goebbels, Joseph Mengele et Klaus Barbie — afin d’empêcher leurs partisans d’ouvrir des pages ou des groupes de discussion à leur sujet.

Photo d’illustration : Des activistes de droite lors d’une cérémonie en hommage à feu le rabbin extrémiste Meir Kahane à Jérusalem, le 17 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Parmi les autres personnalités défuntes interdites par la liste – notamment pour empêcher les propos à leur sujet – les fondateurs du Hamas Abdel Aziz al-Rantisi et Ahmed Yassin, qui ont tous les deux été tués par Israël. Le fasciste italien Benito Mussolini figure lui aussi dans cette liste classée par ordre alphabétique, juste après Gopstein.

Des appels avaient été dans le passé lancés à Facebook, à qui il était demandé de révéler la liste des personnes interdites dans le cadre de sa politique consacrée aux « individus et organisations dangereuses » qui est mise en œuvre contre « les organisations ayant des antécédents d’activités terroristes ou de crimes violents ». Le comité de contrôle du réseau social lui-même avait demandé que cette liste soit rendue publique dans la mesure où relevait de l’intérêt général de rendre ces informations disponibles.

La liste publiée par The Intercept est constituée de plus de 4 000 entrées, avec notamment « des politiciens, des écrivains, des organisations caritatives, des hôpitaux, des centaines de chansons et des personnalités historiques décédées depuis longtemps », précise le journal.

Les experts ont estimé que « cette liste et les clauses qui s’y rapportent semblent refléter très clairement les anxiétés, les inquiétudes politiques et les valeurs en termes de politique étrangère des États-Unis depuis les attentats du 11 septembre », note The Intercept.

Une fresque à Gaza, en 2012, montre le cheikh Ahmed Yassin, fondateur du Hamas, à gauche, et Yasser Arafat, à droite. (Crédit : Wissam Nassar/Flash90)

« Presque chaque individu et presque tout, sur cette liste, est considéré comme une menace, un ennemi, par l’Amérique et ses alliés : plus de la moitié évoque des terroristes étrangers présumés et les discussions libres à leur sujet font l’objet de la censure la plus dure de la part de Facebook », dit l’article.

Les experts remarquent également que les commentaires au sujet des milices anti-gouvernementales blanches sont moins réprimés que ceux portant sur des individus ou organisations considérées comme terroristes originaires du Moyen-Orient, de l’Asie du sud ou encore musulmans.

Brian Fishman, directeur de la politique de Facebook concernant l’antiterrorisme et les organisations dangereuses, a déclaré à The Intercept que « nous tentons de nous montrer aussi transparents que possible tout en accordant la priorité à la sécurité, à la limitation du risque judiciaire et nous nous efforçons de ne pas offrir d’opportunités aux groupes qui puissent leur permettre d’aller au-delà des règles que nous avons mises en place ».

« Nous ne voulons pas que des terroristes, des groupes de haine ou des organisations criminelles utilisent notre plateforme, ce qui explique pourquoi nous les interdisons et pourquoi nous supprimons les contenus qui font leur éloge, qui les soutiennent ou qui les représentent », a-t-il continué.

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