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Faisant fi du négationnisme régional, la Shoah intègre le programme scolaire des EAU

Les ministères émiratis travaillent avec Yad Vashem et le groupe de veille IMPACT-se basé à Londres pour élaborer du matériel destiné aux écoles primaires et secondaires

L'ambassadeur d'Israël aux Émirats arabes unis, Eitan Naeh, à droite, et l'ambassadeur d'Allemagne aux Émirats, Peter Fischer, deuxième à droite, assistent à une cérémonie à la bougie lors d'une exposition commémorant la Shoah juive à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 26 mai 2021. (Crédit : Kamran Jebreili/AP)
L'ambassadeur d'Israël aux Émirats arabes unis, Eitan Naeh, à droite, et l'ambassadeur d'Allemagne aux Émirats, Peter Fischer, deuxième à droite, assistent à une cérémonie à la bougie lors d'une exposition commémorant la Shoah juive à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 26 mai 2021. (Crédit : Kamran Jebreili/AP)

DUBAI – Les Émirats arabes unis ont pris des mesures importantes pour combattre le phénomène régional de négation de la Shoah dans la foulée des Accords d’Abraham de 2020 qui ont permis de normaliser leurs relations avec Israël.

Autrefois totalement absent du matériel scolaire des enfants des Émirats – où Israël ne figurait par ailleurs ni sur les cartes du monde ni sur les globes terrestres -, la Shoah devrait dorénavant faire partie intégrante du programme scolaire, le pays du Golfe cherchant à se positionner comme un faiseur de paix régional.

L’année dernière, la première exposition commémorative de la Shoah de la région a été inaugurée à Dubaï, quelques mois seulement après que les accords négociés par les États-Unis ont mis fin à une impasse de plus de 70 ans entre Israël et les Émirats.

Depuis lors, sept survivants de la Shoah ont été invités dans le pays pour témoigner des horreurs du génocide nazi, notamment Eve Kugler, 91 ans, originaire d’Allemagne, qui a pris la parole au début du mois à l’occasion de l’anniversaire de la Nuit de Cristal, le pogrom du 9 novembre 1938 en Allemagne.

L’Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education (IMPACT-se), basé à Tel Aviv et à Londres, a collaboré avec le ministère de l’Éducation des Émirats afin d’élaborer les nouveaux programmes, qui s’adresseront aux enfants des écoles primaires et secondaires.

Marcus Sheff, directeur général d’IMPACT-se, a déclaré que les programmes des Émirats étaient déjà bien plus avancés que ceux des autres pays de la région, car ils ne contiennent « aucune trace de haine », ni d’antisémitisme, et « reconnaissent la place historique du judaïsme dans le monde arabe ».

Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, a également travaillé avec le ministère de la Culture et de la Jeunesse des Émirats arabes unis sur l’élaboration de programmes d’études. Il partagera une grande partie de son contenu arabe et contribuera à l’élaboration de nouveaux matériels pour les Émirats.

« La négation de la Shoah dans le monde arabo-musulman a été un défi historique pour nous… mais ces développements importants sont le signe d’un changement qui a été amorcé au Maroc, où la Shoah a commencé à être abordée plus ouvertement », a déclaré Robert Rosette, historien principal au International Institute for Shoah Research de Yad Vashem.

À la fin de 2020, juste après la signature des Accords d’Abraham, le Maroc, qui possède une communauté juive séculaire, a annoncé qu’il allait enfin inclure l’histoire et la culture juives dans ses programmes scolaires.

Intégrer le sujet dans le domaine public permet non seulement d’aider la population à comprendre le contexte plus large du Moyen-Orient, mais aussi d’identifier les déformations de la Shoah, a expliqué Rosette, qui espère que l’initiative des Émirats s’étendra à d’autres pays du monde arabe et musulman.

Le rapport mondial des Nations unies sur le traitement de la Shoah dans les programmes scolaires internationaux note que les Émirats arabes unis incluent le « contexte », contrairement au Bahreïn, également signataire des accords d’Abraham et seul État du Golfe à avoir une communauté juive autochtone, qui ne mentionne « ni la Shoah en tant que terme… ni comme événement » dans ses programmes.

Des nazis se tiennent près de propriétés juives saccagées pendant la Nuit de Cristal, probablement dans la ville de Fürth, en Allemagne, le 10 novembre 1938. (Crédit : Yad Vashem via AP)

Ali Al Nuaimi, l’un des courtiers émiratis des accords et l’un des responsables de l’éducation au sein du pays, a déclaré que la reconnaissance des horreurs de la Shoah était essentielle dans une région où les Juifs ont des siècles d’histoire.

« La commémoration des victimes de la Shoah est essentielle. Dans le monde arabe, l’ancienne génération a évolué dans un environnement où parler de la Shoah revenait à trahir les Arabes et les Palestiniens », a-t-il déclaré lors d’un panel du Washington Institute.

« Les personnalités publiques n’ont pas su dire la vérité parce qu’un agenda politique a détourné leur récit, mais une tragédie de l’ampleur de la Shoah ne vise pas seulement les Juifs, mais l’humanité dans son ensemble. Par conséquent, les personnalités publiques et les universitaires devraient être encouragés à discuter de la Shoah et à protéger les valeurs humaines communes tout en laissant de côté les différences politiques », a-t-il ajouté.

Ahmed Al Mansouri, un Emirati, a organisé la première exposition commémorative de la Shoah au Moyen-Orient pour tenter de venir à bout de la négation de la Shoah. Il collectionne des objets historiques liés au judaïsme provenant de tous les coins de la région depuis l’ouverture du musée en 2013.

« Dans la région, il y a un important phénomène de négation [de la Shoah]. On la considère comme une affaire qui a été politisée », a déclaré Mansouri. Il indique que certains visiteurs laissent des commentaires négatifs dans le livre d’or du musée, et que beaucoup se demandent si la Shoah a vraiment eu lieu, ce qui ne fait que renforcer son dévouement.

« J’étais persuadé que la Shoah ne se reproduirait plus jamais, mais quand j’ai vu la récente montée de l’antisémitisme, j’ai compris que je me trompais », a-t-il dit. « Même dans les pays les plus civilisés, les humains restent des humains, et cet événement horrible de l’histoire humaine peut se répéter. La Shoah a été le plus grand crime contre l’humanité et ce message s’adresse à toute l’humanité. »

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