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Feu vert préliminaire des députés à une dissolution de la Knesset

Le processus de dissolution pourrait se terminer lundi ; les députés de l'opposition se réjouissent ; ceux de la coalition pleurent "un triste jour pour la démocratie"

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

  • L'ancien premier ministre Benjamin Netanyahu (Likud) sourit avant un vote préliminaire pour dissoudre la Knesset en vue de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
    L'ancien premier ministre Benjamin Netanyahu (Likud) sourit avant un vote préliminaire pour dissoudre la Knesset en vue de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
  • Le Premier ministre Naftali Bennett s'entretient avec ses collègues députés de la coalition avant un vote préliminaire visant à dissoudre la Knesset pour de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
    Le Premier ministre Naftali Bennett s'entretient avec ses collègues députés de la coalition avant un vote préliminaire visant à dissoudre la Knesset pour de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
  • Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid arrive à la Knesset à Jérusalem, le 22 juin 2022 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90).
    Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid arrive à la Knesset à Jérusalem, le 22 juin 2022 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90).
  • La députée Idit Silman, ancienne whip de la coalition Yamina qui a quitté la coalition en mai, et le député du parti Sionisme religieux Simcha Rotman, s'expriment avant un vote préliminaire visant à dissoudre la Knesset pour de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
    La députée Idit Silman, ancienne whip de la coalition Yamina qui a quitté la coalition en mai, et le député du parti Sionisme religieux Simcha Rotman, s'expriment avant un vote préliminaire visant à dissoudre la Knesset pour de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
  • Le ministre de la Défense Benny Gantz, à gauche, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, au centre, et le Premier ministre Naftali Bennett assistent à un vote préliminaire sur un projet de loi visant à dissoudre le Parlement, à la Knesset à Jérusalem, le 22 juin 2022 (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)
    Le ministre de la Défense Benny Gantz, à gauche, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, au centre, et le Premier ministre Naftali Bennett assistent à un vote préliminaire sur un projet de loi visant à dissoudre le Parlement, à la Knesset à Jérusalem, le 22 juin 2022 (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)

La coalition dirigée par le Premier ministre Naftali Bennett a franchi mercredi la première étape majeure sur la voie de la dissolution du gouvernement actuel, en obtenant le premier des quatre votes nécessaires pour dissoudre la Knesset et forcer des élections anticipées.

Incapables de s’entendre ne serait-ce que sur les termes de cette dissolution, l’opposition et la coalition ont soumis plusieurs versions distinctes de textes de loi – neuf pour l’opposition et deux pour la coalition.

La première version du projet de loi de la coalition a été adoptée avec 106 voix pour et une voix contre, tandis que les propositions de loi de l’opposition ont tous été adoptés avec plus de 89 voix. Tous vont maintenant passer à la commission de la Chambre de la Knesset pour préparer leur prochain vote, la première lecture.

Le processus de dissolution nécessite quatre votes distincts et deux examens en commission, et ne sera probablement pas terminé d’ici mercredi. Il devrait l’être par la Knesset la semaine prochaine, peut-être même dès lundi.

Malgré un débat relativement modéré d’une heure seulement sur les projets de loi, le président de la Knesset, Mickey Levy, a rejeté les tentatives d’applaudir l’adoption des 11 lectures préliminaires pour dissoudre la Knesset.

« Non, non, non, arrêtez. C’est terminé », a déclaré Levy.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’entretient avec ses collègues députés de la coalition avant un vote préliminaire visant à dissoudre la Knesset pour de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Lundi, Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid ont surpris la nation en annonçant leur intention de dissoudre volontairement la Knesset et d’envoyer Israël vers ses cinquièmes élections depuis 2019.

Après des mois d’instabilité politique déclenchée par la perte de sa majorité d’un siège au début du mois d’avril et exacerbée par les tensions sécuritaires, Bennett et Lapid ont déclaré être arrivés à leur décision après avoir « épuisé » toutes les alternatives pour rétablir l’ordre au sein de la coalition.

Suite à la dissolution prévue, Lapid assumera le rôle de premier ministre par intérim jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement soit formé à l’issue des élections.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid arrive à la Knesset à Jérusalem, le 22 juin 2022 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90).

S’exprimant au nom du projet de loi de dissolution du gouvernement, le président de la coalition Boaz Toporovsky, de la faction Yesh Atid de Lapid, a défendu la décision de Bennett de recourir à la dissolution, affirmant que c’était pour le « bien de l’État ».

« C’est un triste jour pour la démocratie. Nous le faisons avec un cœur lourd mais de tout cœur, parce que le bien de l’État a toujours été et passera toujours avant tout autre bien », a déclaré Toporovosky, ajoutant que cela restait vrai même face au « bien de la politique ».

Toporovsky a également affirmé que même lors de cette dernière phase de démantèlement, l’opposition était réticente à coopérer.

« L’opposition continue de retarder la décision de tenir des élections. C’est une opposition qui est tombée amoureuse du brouillage du système de gouvernance », a déclaré Toporovsky.

Le Premier ministre Naftali Bennett avec le député Boaz Toporovsky (R) pendant une discussion à la Knesset, le 8 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le député de Meretz Mossi Raz a déclaré que la coalition avait été confrontée à des « provocations sans précédent » dans une lutte acharnée.

« Depuis le premier jour, ce gouvernement a fait face à des provocations sans précédent. L’opposition n’a pas un instant faibli dans sa stratégie de dépeindre le gouvernement comme illégitime… Face à ces provocations, trois députés de droite qui n’ont pas tenu sous poids, ont plié.  Ce sont eux qui ont renversé le gouvernement et nous allons passer à autre chose », a-t-il déclaré au plénum.

« Après les élections, nous aurons un autre gouvernement sur ce modèle, mais amélioré, avec un partenariat arabo-juif, qui ne pliera pas devant les menaces de la droite », a déclaré Raz.

Le président de la faction du Likud, Yariv Levin, qui a parrainé l’une des neuf propositions de loi de dissolution soumises par l’opposition, a répété les affirmations passées selon lesquelles le gouvernement Bennett-Lapid était « faible » et « mauvais ».

Affirmant qu’il s’agissait du « pire gouvernement de l’histoire d’Israël », Levin a ajouté que le gouvernement « a été établi sur la base d’une haine aveugle et d’un détournement sans précédent de la confiance des électeurs ».

Cette dernière affirmation fait référence au fait que la coalition a été construite sur une plateforme de campagne contre l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, et aux accusations selon lesquelles les partis de la coalition de droite ont trahi les électeurs en acceptant de s’associer à des législateurs de gauche et arabes.

« Nous mettons aujourd’hui Israël sur une nouvelle voie. De la haine à l’amour », a déclaré M. Levin.

Le député du Likud Yariv Levin parle pendant une discussion et un vote sur un projet de loi visant à dissoudre la Knesset, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le député de Yahadout HaTorah Yitzhak Pindrus, ainsi que Levin, ont commencé leurs remarques en récitant e shehe’heyanu, une prière de célébration pour les occasions spéciales. Les dirigeants ultra-orthodoxes se sont réjouis de la dissolution imminente de la Knesset et du gouvernement, et beaucoup ont attribué sa chute à une intervention divine.

Assermenté il y a seulement un an, le gouvernement s’était présenté comme un « gouvernement de changement », mais la députée Aida Touma-Sliman de la Liste arabe unie de l’opposition a déclaré qu’il avait été défavorable à la société arabe.

Le parti de la Liste arabe unie précédemment allié à Raam, a rompu avec la ligne politique arabe traditionnelle pour siéger au sein de la coalition.

« Le seul changement est le changement de nom, de Netanyahu à Bennett », a déclaré Touma-Sliman.

« Tout le reste est une continuation de la même politique, en particulier en ce qui concerne les implantations », a-t-elle ajouté.

Bien que le gouvernement et l’opposition reconnaissent tous deux que le mandat de la coalition actuelle est terminé, un débat sur la manière dont le gouvernement tombera et les conditions dans lesquelles il le fera n’a pas tardé à se faire entendre.

L’opposition déploie des efforts ultimes pour contourner le gouvernement et mettre fin à la coalition non pas par une dissolution, mais plutôt en remplaçant le gouvernement actuel par son propre gouvernement.

L’opposition dirigée par le Likud et son chef Netanyahu disposent d’une option pour court-circuiter les élections et prendre immédiatement les rênes du pouvoir : si le bloc religieux de droite, qui compte 55 sièges, parvient à attirer au moins six députés supplémentaires de la coalition, il pourrait former immédiatement un nouveau gouvernement au sein de la Knesset actuelle.

La députée Idit Silman, ancienne whip de la coalition Yamina qui a quitté la coalition en mai, et le député du parti Sionisme religieux Simcha Rotman, s’expriment avant un vote préliminaire visant à dissoudre la Knesset pour de nouvelles élections, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’opposition poursuit cette stratégie depuis avril, lorsque l’ancienne présidente de la coalition et députée du parti Yamina de Bennett, Idit Silman, a démissionné de la coalition et l’a contrainte à une parité de 60-60 sièges avec l’opposition. L’opposition aurait essayé d’attirer d’autres députés transfuges issus de la droite et du centre de la coalition, mais deux mois et demi plus tard, seul un autre député – Nir Orbach, également de Yamina – a fait défection.

La coalition est une alliance de huit partis de tous horizons, formée pour empêcher Netanyahu de rester à la tête d’Israël après 12 années consécutives au pouvoir.

Bien qu’elle se soit efforcée d’éviter les barrages idéologiques, les débats politiques et les incidents sécuritaires – qui touchent au cœur des divisions idéologiques – ont rendu l’alliance politique de plus en plus difficile à gérer.

Discussion et vote sur un projet de loi visant à dissoudre la Knesset à Jérusalem, le 22 juin 2022 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

En public, les leaders de l’opposition alliés à Netanyahu ont exprimé leur confiance dans le fait que leurs partis obtiendront une majorité aux élections, mais derrière des portes closes, ils se sont montrés plus circonspects à l’idée d’un vote, a rapporté la Douzième chaîne mardi.

Parallèlement, les sondages ont montré que, si les blocs politiques actuels restent statiques, la situation restera probablement dans une impasse après les élections. Les sondages indiquent systématiquement que les partis fidèles à Netanyahu obtiendraient de meilleurs résultats aux élections, mais qu’ils seraient incapables d’obtenir une majorité. La Liste arabe unie, à majorité arabe, qui ne soutient aucun des deux camps, détient la balance du pouvoir.

Le parti Yamina de Bennett n’a toutefois fait aucune déclaration indiquant qu’il ne siégerait pas avec Netanyahu. En fait, ses deux transfuges plaident actuellement en faveur d’un gouvernement alternatif dirigé par le Likud, et la partenaire de longue date de Bennett au sein de Yamina – la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked – serait en train d’étudier activement la possibilité de s’allier avec le plus grand parti de droite.

Avec les sièges de Yamina, une alliance droite-religieuse serait suffisamment forte d’après les sondages pour construire une coalition étroite.

Les leaders des partis d’opposition, Moshe Gafni de Yahadout HaTorah, Aryeh Deri de Shas et Bezalel Smotrich du parti Sionisme religieux, craignent tous que le l’élu d’extrême droite ne leur vole leurs électeurs, selon un reportage de la Douzième chaîne.  Ben Gvir, un fervent défenseur de l’extrême droite qui dirige Otzma Yehudit, affilié au parti Sionisme religieux de Smotrich, a gagné en popularité et pourrait être en position de force pour imposer ses exigences à Smotrich.

Les élections auront probablement lieu fin octobre ou début novembre.

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