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Les haredim célèbrent la chute du gouvernement et évoquent une intervention divine

Dans les déclarations et à la une des journaux, les rabbins et les politiciens ultra-orthodoxes se réjouissent de la chute de l'une des rares coalitions d’où ils étaient exclus

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le chef spirituel de Shas, le rabbin Shalom Cohen, s'exprime lors d'un événement de campagne du parti Shas à Holon, le 11 septembre 2019. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)
Le chef spirituel de Shas, le rabbin Shalom Cohen, s'exprime lors d'un événement de campagne du parti Shas à Holon, le 11 septembre 2019. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

Les dirigeants et les journaux ultra-orthodoxes se sont réjouis de la dissolution imminente de la Knesset et du gouvernement – ce dernier étant l’un des seuls dans l’histoire récente à ne pas inclure de partis haredi – et beaucoup ont attribué sa chute à une intervention divine.

« Son nom est loué dans le monde ! » a déclaré le rabbin Shalom Cohen, le chef spirituel du parti Shas, qui représente les Juifs sépharades. « Un gouvernement qui a porté atteinte et a tenté de détruire le judaïsme et le caractère sacré d’Israël et a porté atteinte aux faibles a été chassé du monde. Celui qui est divin, béni soit-il, a eu pitié du peuple d’Israël ».

Cohen, 91 ans, a fait sa déclaration depuis sa chambre d’hôpital lundi soir, peu après que le Premier ministre Naftali Bennett a annoncé son intention de demander la dissolution de la Knesset, ce qui renverra le pays à des élections pour la cinquième fois en moins de quatre ans.

Cohen n’était pas le seul à se réjouir. Des sentiments similaires ont été exprimés par d’autres grands rabbins haredi et dans la presse ultra-orthodoxe.

Au cours de l’année écoulée, les politiciens et rabbins haredi ont violemment dénoncé le gouvernement actuel, essentiellement en raison des actions de trois de ses membres : le ministre des Finances Avigdor Liberman, le vice-ministre des Affaires religieuses Matan Kahana et le ministre des Communications Yoaz Hendel. Ils n’ont en outre montré que du mépris pour le membre travailliste de la Knesset, Gilad Kariv, un rabbin réformé.

Liberman, qui s’est fermement imposé comme rival politique des partis haredi, a suscité leur colère avec plusieurs de ses politiques, dont une visant à augmenter les taxes sur la vaisselle jetable – utilisée de manière disproportionnée par les familles haredi – et une autre visant à conditionner les allègements fiscaux pour la garde d’enfants à ce que les deux parents soient employés, ce qui toucherait durement les familles ultra-orthodoxes car de nombreux hommes haredi ne travaillent pas et étudient dans des séminaires religieux.

En sa qualité de chef du ministère des Affaires religieuses – d’abord en tant que ministre et actuellement en tant que vice-ministre avec un contrôle de facto – Kahana a introduit un certain nombre de réformes qui l’ont mis en conflit avec l’establishment haredi, notamment l’ouverture du service de certification de la casheroute à la concurrence et une proposition de loi qui permettrait également aux conversions au judaïsme d’être effectuées par d’autres autorités religieuses que le Grand Rabbinat.

Plus récemment, Hendel s’est efforcé de libéraliser le marché des téléphones dits « casher » – des appareils sur lesquels les réseaux sociaux, les textos, certains numéros de téléphone et la plupart des autres applications sont bloqués, ce qui les rend populaires parmi les Israéliens ultra-orthodoxes – une mesure contre laquelle les dirigeants haredi se sont furieusement opposés, même si cela permettrait probablement aux consommateurs de bénéficier de forfaits de téléphonie mobile « casher » moins chers. Comme ces appareils ne sont actuellement vendus qu’avec certains numéros de téléphone, ils sont facilement identifiables et donc traçables, de sorte que les écoles, par exemple, peuvent s’assurer que les parents de leurs élèves les utilisent. Si le marché s’ouvre, donnant aux consommateurs la possibilité de changer facilement de fournisseur de services tout en gardant le même numéro, cette méthode de contrôle du contenu sera perdue, la hantise de l’establishment haredi.

À un niveau plus personnel, les parlementaires haredi ont régulièrement insulté et protesté contre Kariv en raison de ses convictions religieuses, prévoyant même initialement de boycotter la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, que Kariv dirigeait.

« Nous refusons de nous associer à une telle injustice », avait déclaré Uri Maklev, de Yahadout HaTorah, à l’époque. « Le président désigné représente le mouvement réformé, qui tente de détruire le peuple juif avec des intentions malveillantes. »

Conscients de ces problèmes, les dirigeants et les porte-parole haredi ont célébré la nouvelle de l’effondrement du gouvernement, le qualifiant de maléfique et composé de « racailles ».

Le journal de Shas, Haderech, a annoncé la dissolution du gouvernement en titrant « Et toute la méchanceté s’est consumée en fumée », un vers de la liturgie de Yom Kippour et issue du livre d’Isaïe.

Un autre journal haredi, Yated Ne’eman, a titré : « La chute du gouvernement de racailles : Israël va aux élections. »

Le rabbin Gershon Edelstein, chef spirituel du parti ashkénaze Yahadout HaTorah, s’est également réjoui de la chute du gouvernement lorsqu’il a en été informé par le membre de la Knesset Yaakov Asher.

« C’est grâce aux citoyens, c’est grâce à la Torah », a déclaré Edelstein, dans une vidéo partagée par son bureau.

Asher lui a ensuite dit, à tort, qu’il s’agissait du « gouvernement le plus court qui ait jamais existé, parce qu’il a porté atteinte à la spiritualité ». (En fait, cette distinction appartient toujours au gouvernement précédent, qui a duré environ 13 mois, comparé aux plus de 16 mois que devrait durer la coalition actuelle en attendant la tenue des élections).

Edelstein a ensuite dit à Asher : « Ils n’ont pas réussi ! »

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