Forte hausse des actes antisémites en Allemagne en 2018
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Forte hausse des actes antisémites en Allemagne en 2018

Le gouvernement allemand a dit être confronté à deux formes d'antisémitisme, - celui lié à l'extrême droite, celui lié au réfugiés issus du monde arabo-musulman

Illustration : Une fenêtre brisée dans un centre communautaire juif après une attaque antisémite présumée à Rostock, dans le nord de l'Allemagne, le 8 janvier 2009 (Crédit :AP/ Thomas Haentzschel/File)
Illustration : Une fenêtre brisée dans un centre communautaire juif après une attaque antisémite présumée à Rostock, dans le nord de l'Allemagne, le 8 janvier 2009 (Crédit :AP/ Thomas Haentzschel/File)

L’Allemagne a enregistré une hausse des actes antisémites en 2018 qui atteignent un sommet depuis une décennie, une résurgence qui inquiète le gouvernement, confronté à un essor de l’extrême droite.

Cette montée de l’antisémitisme intervient alors que d’autres pays européens sont confrontés à un phénomène similaire, en particulier la France où la communauté juive a appelé mardi à « un sursaut national ».

En Allemagne, pays dont l’identité nationale est largement fondée sur la repentance pour la Shoah, 1 646 actes antisémites ont été recensés l’année passée, une hausse de 9,4 % par rapport à 2017, selon les données préliminaires de la police allemande transmises à la demande du groupe parlementaire de la gauche radicale Die Linke et dont l’AFP a obtenu copie mercredi.

Les violences antisémites sont elles passées de 37 à 62 et ont fait 43 blessés l’an dernier, selon ces données préliminaires, les statistiques définitives étant publiées en mai.

Les crimes et délits antisémites sont ainsi à leur plus haut depuis 2009 (1 690 actes), tandis qu’il faut remonter à 2007 pour retrouver un nombre équivalent de violences anti-juives (64).

Deux antisémitismes

Le gouvernement allemand a relevé en 2018 être confronté à deux formes d’antisémitisme, celui lié à l’extrême droite, mais aussi celui attribué à l’afflux de centaines milliers de migrants du monde arabo-musulman en 2015-2016.

Plusieurs affaires ont choqué le pays l’an passé, en particulier l’agression en avril à Berlin d’un Arabe israélien portant une kippa. L’agresseur était un jeune Syrien de 19 ans récemment arrivé et qui a été condamné à un mois de prison ferme. L’agression, filmée, a eu un retentissement énorme.

Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a fait une entrée historique au Parlement fin 2017, a lui été au centre de nombreuses polémiques antisémites ou liées à des propos controversés sur le nazisme.

Charlotte Knobloch, présidente de la communauté juive de Munich, prononce un discours durant la cérémonie d’inauguration d’un site de commémoration dans l’ancien camp de concentration de Muehldorfer Hart à proximité de Waldkraiburg, dans le sud de l’Allemagne, le 27 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / dpa / Matthias Balk)

En janvier encore, une figure de premier plan de la communauté juive d’Allemagne, Charlotte Knobloch avait dénoncé, dans un discours au parlement bavarois à l’occasion de la journée de commémoration de la libération d’Auschwitz, l’AfD « qui relativise les crimes des nazis ».

Une grande partie des élus de la formation avait quitté la salle pour protester et peu après, cette femme de 86 ans indiquait recevoir « chaque minute des insultes brutes, des menaces et des injures ».

Dans ce contexte, Angela Merkel a décidé en 2018 de nommer pour la première fois un délégué gouvernemental pour la lutte contre l’antisémitisme.

La chancelière s’est aussi inquiétée à de nombreuses reprises, notamment en novembre lors de la commémoration du pogrom nazi de la Nuit de Cristal, de l’essor des actes anti-juifs en Allemagne et ailleurs en Europe, sur fond d’envolée électorale des partis populistes et d’extrême droite.

L’antisémitisme a d’ailleurs fait les gros titres ces derniers jours en France après un week-end marqué par plusieurs actes d’antisémitisme.

La France aussi

L’image de Simone Veil – une figure politique française et européenne, déportée à 15 ans au camp d’Auschwitz – a été barrée d’une croix gammée, un tag « Juden » (Juifs en allemand) a été tracé sur la vitrine d’un restaurant parisien et un arbre à la mémoire d’Ilan Halimi a été coupé. Ce jeune Juif était mort à 23 ans après avoir été séquestré et torturé en 2006, pendant plusieurs semaines par un groupe du nom de gang des barbares.

La vitrine du restaurant Bagelstein, avec le mot « Juden » (Crédit : capture d’écran)

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, a exhorté à « un sursaut national », déplorant, auprès de l’AFP, la « libération et la banalisation de la haine antijuive ».

Lundi, le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner avait dénoncé un « poison », annonçant une hausse de 74 % du nombre des actes antisémites en 2018 : 541 contre 311 l’année précédente, selon le ministère.

183 « actions antisémites » – dont un homicide – et 358 menaces ont été recensées, selon un bilan du ministère qui traduit une forte poussée l’an dernier après deux années de repli.

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