France : 3 fois plus de faits anti-musulmans en 2015, année des attentats
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France : 3 fois plus de faits anti-musulmans en 2015, année des attentats

Une salle de prière musulmane a été ravagée samedi par un incendie, probablement criminel, en Corse

Une salle de prière musulmane a été ravagée samedi 30 avril 2016, vers 4h30 du matin, en Corse, par un incendie aux origines criminelles confirmées. (Crédit : AFP / YANNICK GRAZIANI)
Une salle de prière musulmane a été ravagée samedi 30 avril 2016, vers 4h30 du matin, en Corse, par un incendie aux origines criminelles confirmées. (Crédit : AFP / YANNICK GRAZIANI)

En 2015, année de sanglants attentats djihadistes en France, les faits anti-musulmans ont triplé et les préjugés antisémites persisté, a déploré lundi la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

Les plaintes déposées pour des menaces ou des actes à caractère raciste, antisémite et antimusulman sont en « hausse conséquente » de 22,4 %, de 1 662 en 2014 à 2 034 en 2015, un « sommet jamais atteint », note la CNCDH dans son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.

« La courbe de tendance de la délinquance apparente à caractère raciste ne cesse ainsi son inquiétante ascension », s’alarme la commission.

Dans le détail, les faits antimusulmans ont plus que triplé (+ 223 %), passant de 133 en 2014 à 429 en 2015, avec « deux pics » les jours qui ont suivi les attentats de janvier et du 13 novembre, a précisé la présidente de la CNCDH Christine Lazerges.

La France compte la première communauté musulmane d’Europe, estimée à 4 à 5 millions de personnes.

Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats terroristes du 13 novembre à Paris, tenant un drapeau de l'Etat islamique dans cette image non datée d'un magazine publié par le groupe terroriste (Crédit : Capture d'écran)
Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats terroristes du 13 novembre à Paris, tenant un drapeau de l’Etat islamique dans cette image non datée d’un magazine publié par le groupe terroriste (Crédit : Capture d’écran)

Les infractions antisémites ont elles enregistré un léger recul de 5,1 % mais restent les plus élevées (de 851 à 808), alors que les autres actes racistes ont augmenté de 17,5 % (de 678 en 2014 à 797 en 2015).

« Ce n’est que la criminalité apparente, on est à 100 lieues de la criminalité réelle », a mis en garde Christine Lazerges, rappelant que ces chiffres ne représentaient que les plaintes déposées. « Le racisme au quotidien est infiniment plus subtil », a-t-elle souligné.

« Plusieurs indicateurs vont dans le sens d’un reflux de l’antisémitisme en France particulièrement marqué en 2015, comme si la violence des actes à l’encontre des juifs (dont un supermarché cacher a été visé lors des attaques de janvier) suscitait un réflexe de compassion et de solidarité à leur égard dans l’opinion publique », analyse la CNCDH.

Néanmoins, poursuit-elle, « la persistance de vieux préjugés antisémites et les violences dont ils sont victimes, en valeur absolue, invitent à la prudence ».

La population juive, qui représente moins de 1 % de la population totale en France, est la cible de 40 % des actes racistes commis dans le pays (contre 51 %) en 2 014, souligne le rapport.

Une salle de prière musulmane a été ravagée par un incendie en Corse

Une salle de prière musulmane a été ravagée samedi matin en Corse (sud de la France) par un incendie, probablement d’origine criminelle, dénoncé par le président François Hollande qui a exprimé son soutien aux musulmans de l’île méditerranéenne.

L’incendie s’est déclaré aux alentours de 04H30 et découvert une demi-heure plus tard à l’entrée d’Ajaccio dans l’une des deux plus grandes salles de prière de la ville.

Le procureur de la ville, Eric Bouillard, a indiqué que la piste criminelle était privilégiée. Le préfet de Corse Christophe Mirmand a évoqué « des traces d’hydrocarbures » découvertes lors des premiers relevés.

 Le préfet de Corse Christophe Mirmand a évoqué "des traces d'hydrocarbures" découvertes lors des premiers relevés (Crédit : AFP / YANNICK GRAZIANI)
Le préfet de Corse Christophe Mirmand a évoqué « des traces d’hydrocarbures » découvertes lors des premiers relevés (Crédit : AFP / YANNICK GRAZIANI)

« Si son origine criminelle est confirmée, ses auteurs devront être rapidement identifiés et condamnés. Aucun acte antireligieux ne doit être toléré », a réagi dans un communiqué M. Hollande.

Le chef de l’Etat a assuré les « concitoyens musulmans de Corse de la solidarité et de la protection de la République ».

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait également exprimé plus tôt la « solidarité aux musulmans de Corse » et réaffirmé « la détermination du gouvernement à assurer la protection de tous les lieux de culte, et à assurer la liberté de culte partout sur le territoire ».

« Les dégâts sont très, très importants », a déploré auprès de l’AFP Abdallah Zekri, président de l’Observatoire contre l’islamophobie, qui a demandé aux autorités « en qui (il a) toute confiance » de « faire toute la lumière sur cet événement afin d’éviter l’escalade de la violence ».

« Il y avait eu une accalmie depuis la fin de l’année, malheureusement, certaines personnes mal intentionnées veulent mettre le feu », a-t-il accusé.

Ce sinistre survient quelques mois après des débordements racistes et anti-musulmans lors de manifestations organisées après l’agression de pompiers attirés dans un guet-apens dans un quartier populaire d’Ajaccio le soir de Noël.

Une salle de prière musulmane avait été saccagée et des exemplaires du Coran partiellement brûlés. Des slogans comme « Arabi fora » (les Arabes dehors, ndlr) ou « On est chez nous » avaient été scandés au cours de ces défilés dans le quartier populaire.

Quelques actes antimusulmans avaient été enregistrés dans les semaines suivantes, notamment le dépôt d’une dépouille de sanglier devant une salle de prière musulmane, et des graffitis « les Arabes dehors » au bord des routes.

La Corse, où les nationalistes ont remporté des élections régionales pour la première fois en décembre, compte la deuxième plus forte proportion de population étrangère (entre 8 et 10%) en France après la région parisienne.

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