96 sépultures d’un cimetière juif profanées, Macron à Quatzenheim
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96 sépultures d’un cimetière juif profanées, Macron à Quatzenheim

Au total, 541 actes antisémites ont été recensés en 2018, un chiffre en hausse de 74 % sur un an mais qui reste inférieur au dernier pic de 2014 (851) et de 2004 (974)

Une photo prise le 20 février 2019 à Quatzenheim montre des svastikas peintes sur des tombes dans un cimetière juif, le jour d'une marche nationale contre une recrudescence des attaques antisémites. - Environ 96 tombes ont été vandalisées dans un cimetière du village de Quatzenheim, près de la frontière avec l'Allemagne, dans la région Alsace. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)
Une photo prise le 20 février 2019 à Quatzenheim montre des svastikas peintes sur des tombes dans un cimetière juif, le jour d'une marche nationale contre une recrudescence des attaques antisémites. - Environ 96 tombes ont été vandalisées dans un cimetière du village de Quatzenheim, près de la frontière avec l'Allemagne, dans la région Alsace. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

« Environ 80 tombes » du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin), au nord-ouest de Strasbourg, ont été découvertes profanées mardi, a annoncé la préfecture du Bas-Rhin qui a condamné « avec la plus grande fermeté » un « acte antisémite odieux ». Un chiffre revu à la hausse dans l’après-midi – 96 tombes.

« Ce mardi 19 février, environ 80 sépultures du cimetière israélite de Quatzenheim ont été découvertes profanées », indique dans un communiqué la préfecture, alors que plusieurs rassemblements sont prévus mardi en France contre la hausse récente des actes antisémites.

Le président Emmanuel Macron s’est rendu mardi en Alsace où 96 sépultures d’un cimetière juif ont été profanées.

Ce déplacement du chef de l’Etat intervient avant sa visite au Mémorial de la Shoah à Paris, quelques heures avant de nombreux rassemblements contre la hausse des actes antisémites en France.

Macron s’est engagé mardi à agir, légiférer et « punir », à son arrivée au cimetière de Quatzenheim.

« On prendra des actes, on prendra des lois et on punira », a déclaré le chef de l’Etat s’entretenant avec des habitants consternés. Accompagné du Grand rabbin de France Haïm Korsia, et portant la kippa, il s’est ensuite recueilli devant plusieurs tombes.

« Ceux qui ont fait ça ne sont pas dignes de la République, elle les punira », a-t-il insisté, tandis qu’un villageois lui disait : « on est touché au coeur ».

Dénonçant un peu plus tard les auteurs de cette profanation, « un groupe d’individus haineux », le chef de l’Etat a dit s’être rendu sur place « pour témoigner de la solidarité de la France toute entière ».

Emmanuel Macron a souligné sa « détermination entière, notre détermination entière, à lutter contre l’antisémitisme sous toutes ses formes et tous ces visages de la haine ».

« Il y aura ce soir dans beaucoup de villes de France des rassemblements à l’appel de toutes les forces politiques qui diront aussi cette émotion et cette mobilisation du pays », a-t-il poursuivi.

« Que certains de nos concitoyens pensent qu’on peut faire bégayer l’histoire en faisant cela, c’est un échec, c’est notre échec », a enchaîné Emmanuel Macron, promettant de nouveau des actes « forts ».

« Ça ressemble à l’absurde bêtise », a-t-il conclu, entouré de nombreux habitants du village et de représentants de la communauté juive.

Une photo prise à Quatzenheim le 19 février 2019 montre des svastikas peintes sur le portail d’un cimetière juif, le jour d’une marche nationale contre une recrudescence des attaques antisémites. – (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

Le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand a condamné solennellement mardi « l’ignoble » profanation au cimetière de Quatzenheim (Bas-Rhin), dénonçant une « vague d’actes antisémites sans précédent » à quelques heures d’une mobilisation en France.

« Je tiens solennellement, au nom de la représentation nationale, à condamner l’ignoble profanation du cimetière juif de Quatzenheim, dans le Bas-Rhin », a déclaré M. Ferrand (LREM) à l’ouverture de la séance des questions au gouvernement. « Une fois de plus, une fois de trop, des inscriptions rappelant les heures les plus sombres de notre Histoire sont venues souiller notre mémoire collective », a-t-il ajouté.

Rappelant les images de Simone Veil récemment barrées d’une croix gammée, il a noté que « ces derniers jours, ces dernières semaines une vague d’actes antisémites sans précédent frappe notre pays », promettant que « la France restera debout face à l’ignominie ».

Il a rappelé que les travaux de l’Assemblée seraient « exceptionnellement » suspendus à 18H30 pour permettre aux députés « de participer au rassemblement » contre l’antisémitisme, sous les applaudissements debout des députés et du gouvernement.

Le parquet de Strasbourg, compétent dans cette affaire, a indiqué à l’AFP ouvrir une « enquête de flagrance » confiée à la section de recherches (SR) de la gendarmerie de la capitale alsacienne.

Une photo prise à Quatzenheim le 19 février 2019 montre des svastikas peintes sur des tombes dans un cimetière juif, le jour d’une marche nationale contre une recrudescence des attaques antisémites. – (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

Selon un photographe de l’AFP, les tombes ont été marquées à la bombe de croix gammées bleues et jaunes. Une sépulture porte également l’inscription « Elsassisches Schwarzen Wolfe » (« Les loups noirs alsaciens »), possible référence à un groupe autonomiste alsacien actif dans les années 70.

D’autres croix gammées ont été marquées à la bombe sur le portail d’une maison, en lisière du cimetière, et sur le mur d’enceinte. L’accès au cimetière a été rapidement bouclé par la gendarmerie, les journalistes, photographes et caméramen étant tenus à distance.

Cité dans le communiqué de la préfecture, Jean-Luc Marx, préfet du Bas-Rhin, a condamné « avec la plus grande fermeté cet acte antisémite odieux et exprime son soutien le plus total à la communauté juive qui a une nouvelle fois été prise pour cible ». « L’antisémitisme porte atteinte aux valeurs de la République que tous les Français ont en partage. Aucune violence, aucune manifestation de haine ou d’intolérance ne doit mettre en péril le vivre ensemble », a-t-il ajouté.

« Ça ne s’arrête plus, c’est secousse après secousse. Je ne sais combien de temps on va tenir (…) J’ai envie de vomir », a indiqué à l’AFP Maurice Dahan, président du consistoire israélite du Bas-Rhin.

Réactions :

Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes : « Grande tristesse en apprenant la profanation du cimetière juif de Quatzenheim. » (Twitter)

Sylvain Waserman, député LREM et ancien maire de Quatzenheim: « Je suis d’abord profondément peiné, triste, ça a été le premier sentiment qu’on a tous ressenti ce matin à Quatzenheim (…) C’est tellement contraire aux valeurs qu’on porte, à la sérénité de ce village (…) C’est vraiment beaucoup de peine et évidemment beaucoup de colère (…) Evidemment c’est un signe de plus sur une montée de l’antisémitisme. »

Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin et vice-présidente d’Agir : « Cet acte inspire révolte et dégoût. Ce soir dressons nous pour dire qu’en tant que peuple français nous ne le supporterons plus et nous ne le tolérerons plus. Que notre union soit aussi un hommage pour la paix des morts. » (Twitter)

Gilles Platret, un des porte-parole des Républicains : « Abjection ! Que, de partout, s’élève haut et fort le cri universel de notre sollicitude pour la communauté juive si durement éprouvée… » (Twitter)

Lydia Guirous, également porte-parole LR : « France, 2019. Dégoût absolu. Écœurement. Révolte profonde. Les rassemblements, les tweets c’est important. Combattre les racines du mal et les condamner avec fermeté, c’est urgent! » (Twitter)

Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France : « Scandalisée par la profanation de dizaines de tombes dans un cimetière juif alsacien. Le poison de l’antisémitisme mine partout notre cohésion nationale. Rendez-vous ce soir Place de la République à 19h! » (Twitter)

Eric Ciotti, député LR : Cette profanation est « inacceptable et révoltante. Il faut déclarer l’état d’urgence face à l’antisémitisme! » (Twitter)

Xavier Bertrand, président ex-LR de la région Hauts-de-France : « Un cimetière juif profané, c’est la République qui est profanée. Une véritable offensive contre les auteurs de tous ces actes est indispensable. Une réponse implacable doit être apportée. » (Twitter)

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France : « Cet acte ignoble me révolte. La République doit enfin être d’une fermeté exemplaire pour éradiquer le fléau de l’antisémitisme. Ça suffit ! le Gouvernement doit prendre des mesure fortes et concrètes! » (Twitter)

François-Xavier Bellamy, tête de la liste LR aux européennes : « La civilisation commence quand, malgré les désaccords des vivants, on respecte au moins les morts. #Quatzenheim : un signe de plus de la barbarie absolue qui menace notre société. Soutien à la communauté juive, victime de ces lâches, et de l’impuissance de nos lois. Il faut agir. » (Twitter)

Ian Brossat, tête de la liste PCF aux Européennes : « Dégoût et colère devant l’immonde profanation du cimetière juif de Quatzenheim. Plus que jamais, la place de toutes et tous les Républicains de France est dans les rassemblements contre l’antisémitisme prévus ce soir partout dans le pays ».(Twitter)

Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI: « Il n’y a pas de mot pour qualifier l’ignominie de ceux qui ont vandalisé la dernière demeure de femmes et d’hommes, à raison de leur religion » (Twitter)

Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat: « Un pays où tant de lieux de cultes ou de cimetières sont profanés est un pays malade. Il est plus que temps de s’attaquer à cette sauvagerie en réprimant ces actes odieux avec la plus grande des fermetés » (Twitter).

Anne Hidalgo, maire PS de Paris: « Un acte odieux et lâche. Les antisémites sont un poison pour notre pays ». (Twitter)

Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée nationale: « le jour où les Français manifestent contre l’antisémitisme, nous devons plus que jamais mobiliser l’esprit de tolérance contre l’insondable bêtise » (Twitter).

La dernière profanation en date d’un cimetière juif en Alsace avait été découverte le jour-même de l’attentat jihadiste contre le marché de Noël de Strasbourg, le 11 décembre, à Herrlisheim, commune de 5 000 habitants située au nord-est de Strasbourg.

Trente-sept stèles, ainsi que le monument des martyrs de la Shoah, avaient été recouvertes de graffitis antisémites.

Là aussi, les stèles avaient été marquées de croix gammées et l’inscription « Macron=anti-France » tracée sur le mur d’enceinte.

Christophe Castaner, qui s’était rendu sur place trois jours plus tard, avait avancé l’hypothèse d’un acte commis par un « groupuscule » de l’ultra-droite.

En 2015, environ 300 tombes du cimetière juif de Sarre-Union, commune située dans le même département, avaient été vandalisées, tout comme un monument aux victimes de la Shoah. L’enquête avait mis en évidence un mobile antisémite. Cinq adolescents, qui avaient reconnu leur participation, avaient été condamnés en 2017 à des peines allant de huit à 18 mois de prison avec sursis.

De nombreux rassemblements se dérouleront en France contre la hausse des actes antisémites, dont celui ayant visé l’académicien Alain Finkielkraut en marge du mouvement des « gilets jaunes », samedi.

Le principal se tiendra place de la République à 19 heures.

Au total, 541 actes antisémites ont été recensés en 2018, un chiffre en hausse de 74 % sur un an mais qui reste inférieur au dernier pic de 2014 (851) et de 2004 (974).

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