France : les différents cultes et le projet de loi contre les séparatismes
Rechercher

France : les différents cultes et le projet de loi contre les séparatismes

L’examen des 70 articles du projet de loi confortant les principes républicains, que le grand rabbin soutient, se poursuit à l'Assemblée nationale

Le palais Bourbon, vue du quai Anatole-France (Paris 7ème), qui abrite l’Assemblée nationale. (Crédit photo : Mbzt / Wikipédia / CC BY 3.0)
Le palais Bourbon, vue du quai Anatole-France (Paris 7ème), qui abrite l’Assemblée nationale. (Crédit photo : Mbzt / Wikipédia / CC BY 3.0)

Le projet de loi contre les « séparatismes », qui renforce l’arsenal contre l’islamisme radical, soumet l’ensemble des cultes aux mêmes mesures de contrôle. Différents responsables religieux redoutent « un régime de méfiance », « une approche par la surveillance » et que « ça commence à grignoter de la liberté de culte ». L’examen des 70 articles du projet de loi confortant les principes républicains se poursuit à l’Assemblée nationale.

La laïcité n’est « pas un athéisme », dit le Grand Rabbin

« On constate des choses inacceptables dans des dérives d’extrémistes et on voudrait ne rien faire ? », s’interroge le Grand Rabbin de France Haïm Korsia, qui assure à l’AFP qu’il n’existe pas de front uni des cultes contre ce texte mais plutôt, de son côté, « des points de vigilance ».

Parmi eux, le projet d’amendement, finalement jugé irrecevable, sur le port du voile pour les fillettes, qui aurait pu concerner également le port de la kippa pour les garçons.

Sur l’esprit de la loi, M. Korsia tient à ce que soit inscrit haut dans le texte la liberté de la pratique de la religion. « La laïcité ne doit pas être un athéisme, une absence des religions, ni leur contrainte », conclut-il.

Auprès du Figaro, il a affirmé « qu’il nous faut des lois pour lutter contre les pulsions séparatistes de certains ».

Le grand-rabbin de France Haïm Korsia lors de l’inauguration de la fondation Rachi de Troyes. (Crédit : rachi-troyes.com)

Auditionné la semaine dernière par le Sénat, il rapporte qu’il a « demandé que soit mieux précisé, dans l’article premier, le principe même de la liberté de pratique religieuse. Cela permettrait de lever une petite inquiétude issue du texte qui pourrait laisser penser que les religions seraient un facteur de déstabilisation de la République… Or, loin s’en faut : l’État sait très bien que les religions contribuent à la structuration sociale de la République ».

« La liberté de pratique religieuse doit donc être clairement réaffirmée comme une composante de la société. Je l’affirme en effet : aucune religion en France ne cherche à revenir sur le principe de la laïcité ! Seuls des opérateurs isolés surfant sur l’abandon de tant de jeunes dans les quartiers leur offrent une apparence de soutien qui est en réalité un endoctrinement », a-t-il ajouté, se disant globalement satisfait par la loi, tout en disant « attention, pour que les textes ne soient pas contraignants pour ceux qui ont toujours respecté l’esprit républicain ».

Les catholiques attentifs à un « glissement dangereux »

« Le plus embêtant, c’est l’usage qui pourrait être fait de cette loi un jour par des autorités plus contraignantes », dit à l’AFP Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France.

« On est étonnés que face à des risques, qu’ils soient sécuritaires ou sanitaires, on restreigne la liberté de culte (…) On passe d’un régime de confiance à un régime de méfiance », estime le président de la conférence épiscopale, pourtant connu pour sa mesure dans les débats publics.

« L’équilibre global de la loi n’est pas conforme » au projet qui avait initialement été présenté aux cultes et qui devait, selon lui, cibler davantage les manifestations séparatistes islamistes, plutôt que l’ensemble des cultes.

Jusqu’à en alerter le Vatican : « Il est vrai que le Saint-Siège est très attentif à la question de la liberté de culte en général, et par sa connaissance de tous les pays du monde, peut signaler tout glissement dangereux », glisse l’archevêque.

Haïm Korsia, grand rabbin de France, reçoit de la part des évêques de France une déclaration contre l’antisémitisme, le 1er février 2020. (Crédit : Twitter)

Pour les protestants, la fin de « l’esprit libéral de 1905 »

« La loi prévoit quatre possibilités pour le préfet de s’assurer de la qualité d’associations cultuelles, c’est invraisemblable, c’est un retour en arrière et on quitte l’esprit libéral qui a présidé à la création de la loi de 1905 » sur la séparation des Églises et de l’État, déclare à l’AFP le pasteur François Claivairoly, président de la Fédération protestante de France.

Les associations protestantes représentent les trois quarts des quelque 4 000 associations déjà sous le régime de la loi de 1905.

« La loi prend un énorme marteau pour taper sur une petite série d’associations cultuelles qui respectent déjà les principes républicains depuis 115 ans », s’émeut le pasteur.

Il critique l’incohérence d’un texte qui incite les associations cultuelles à passer en statut de 1905, jugé par les autorités plus transparent sur la certification des comptes, mais « sans les avantages du statut de la loi de 1901 » sur les associations.

M. Claivairoly dénonce aussi une « approche par la surveillance » du fait religieux en France, placé historiquement sous le contrôle du ministère de l’Intérieur, et propose à la place un comité interministériel sous l’égide du Premier ministre.

Des évangélistes pas « à l’américaine »

Les évangélistes français s’interrogent sur « une forme de méconnaissance si ce n’est d’utilisation abusive de certains comportements de communautés évangélistes extrémistes », qu’ils estiment « inexistants en France ».

« Quand (la ministre déléguée, en charge de la Citoyenneté) Marlène Schiappa parle de certificats de virginité chez les évangélistes, c’est la première fois que j’en entends parler en 50 ans », réagit auprès de l’AFP le directeur général du Conseil national des évangéliques de France (CNEF), Clément Diedrichs.

Quant aux dérives d’un évangélisme politique à l’américaine, il estime que les évangélistes de France ne se « reconnaissent pas » dans « cette frange influente, mais qui ne représente pas la majorité des évangéliques » y compris aux Etats-Unis.

Mais pour une communauté dont « environ 10 % des financements » proviennent de l’étranger, le CNEF redoute aussi dans ce texte « une lourdeur de fonctionnement et une hypersurveillance des fonds ». « Ça commence à grignoter la liberté de culte », conclut son président.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...