France/Religion en entreprise : Hausse des comportements conflictuels
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France/Religion en entreprise : Hausse des comportements conflictuels

Des comportements dits "rigoristes" sont repérés dans 12 % des situations de travail selon cette enquête 2020-2021 réalisée par l'OFRE, contre moins de 8 % en 2019

Photo de hijabs en vente. (Crédit : Daniel Dreifuss / Flash90)
Photo de hijabs en vente. (Crédit : Daniel Dreifuss / Flash90)

Bien que minoritaires, les comportements conflictuels liés aux faits religieux en entreprise, comme le refus de travailler avec une femme, augmentent, selon un baromètre publié jeudi par l’Institut Montaigne.

Des comportements qualifiés de « rigoristes » sont repérés dans 12 % des situations de travail selon cette enquête 2020-2021 réalisée par l’Observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE), contre moins de 8 % en 2019.

Ces cas comprennent aussi bien le refus de travailler avec une femme que la remise en cause de la hiérarchie, le refus d’effectuer certaines tâches ou la tentative d’imposer une pratique religieuse au travail.

Ils sont « très majoritairement repérés dans les situations où la religion principalement présente est l’islam » (plus des trois quarts des cas), précise le baromètre, qui mentionne pour la première fois les différentes religions et souligne en outre que l’appartenance à une religion est aussi source de discrimination.

Globalement, deux tiers des entreprises soit 66,5 % des répondants (encadrants) disent rencontrer « régulièrement (31,3 %) ou occasionnellement (35,2 %) » le fait religieux au travail en 2020, une proportion qui a franchi un palier depuis 2016 mais s’est « stabilisée ».

Dans 32 % des cas, ils sont le fait d’hommes exclusivement et dans 16 %, celui de femmes. 43 % des faits sont repérés dans les entreprises de plus de 1 000 salariés mais les petites entreprises sont aussi concernées (12 % des situations recensées dans celles de moins de 50 salariés).

L’industrie concentre une part significative des situations, suivie du transport, de la logistique, du BTP et de la grande distribution.

73 % des situations concernent l’islam, 20 % le catholicisme, 15 % le judaïsme et 13 % les cultes évangélistes. L’islam et le protestantisme évangéliste sont le plus souvent les seules religions visibles.

Quelle que soit la religion, ce sont, comme en 2019, les demandes d’absence et d’aménagement du temps de travail (au moment du ramadan ou pendant les jours religieux non chômés des catholiques, comme le Vendredi Saint) qui représentent les faits religieux les plus fréquents avec 29 % des cas, devant le port visible de signes religieux (24 %).

Ces situations qui requièrent « une action managériale classique », sont « de mieux en mieux appréhendées par les entreprises », selon Lionel Honoré, directeur adjoint à l’Institut d’administration des entreprises de Brest et directeur de l’OFRE.

Comportements « dysfonctionnels »

Si la « grande majorité » des cas (+ de 80 %) « ne posent pas de problèmes », les comportements « les plus problématiques et dysfonctionnels » se multiplient.

Ils sont « le fait d’hommes relativement jeunes » (moins de 40 ans) et « peu qualifiés », majoritairement pratiquants de l’islam. Les salariés qui expriment leur religiosité au travail sont des employés pour 39 % d’entre eux, mais aussi des ouvriers (34 %) et des encadrants (16 %).

Si le prosélytisme est plus fréquemment associé aux cultes évangélistes, les attitudes négatives envers les femmes sont « quasi-exclusivement » le fait de pratiquants musulmans.

13 % des cas concernent « des hommes qui refusent de travailler avec une femme, de lui serrer la main ou de travailler sous ses ordres », troisième type de fait religieux le plus fréquent devant les prières pendant les temps de pause (12 %).

Ces attitudes, comme le « refus de travailler avec des non-coreligionnaires », de « réaliser des tâches », « la prière pendant le temps de travail » ou le « prosélytisme », remettent « intrinsèquement en cause l’organisation du travail, les relations entre collègues » ou « transgressent les interdits », souligne l’enquête.

Discriminations à l’embauche

L’appartenance à une religion est aussi source de discrimination : 21 % des répondants en font état « occasionnellement » ou « régulièrement », un chiffre « stable » par rapport à 2019, qui concerne « toutes les religions », en proportions équivalentes pour les catholiques et les musulmans et dans une moindre mesure pour les évangélistes.

Elles concernent majoritairement les interactions professionnelles (mises à l’écart, moqueries…).

Les discriminations à l’embauche représentent 19 % des cas et touchent principalement les pratiquants musulmans (70 % des situations).

« Ce sont les musulmans qui souffrent le plus de discrimination à l’embauche », souligne M. Honoré, qui pointe « les projections des recruteurs qui craignent d’avoir à gérer des problèmes plus tard » et recommande des « actions ciblées » d’information et de formation ainsi qu’un « vrai accompagnement » des managers.

L’étude a été réalisée de fin septembre à fin décembre 2020 par un questionnaire en ligne auprès d’un échantillon représentatif d’environ
25 000 cadres et managers exerçant leur activité en France, complété par des enquêtes de terrain.

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