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Gantz en partance pour des réunions avec les officiels de la Défense aux États-Unis

Le ministre de la Défense a juré qu'Israël "fera tout" pour influencer l'accord nucléaire iranien auprès des USA ; l'ex-Premier ministre Bennett appelle Biden à ne pas le signer

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d'une réunion de faction du parti d'Unité nationale à l'Institut israélien de la Démocratie de Jérusalem, le 23 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d'une réunion de faction du parti d'Unité nationale à l'Institut israélien de la Démocratie de Jérusalem, le 23 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que la ratification d’un nouvel accord nucléaire avec l’Iran semble imminente, le ministre de la Défense, Benny Gantz, a annoncé mardi qu’il se rendrait aux États-Unis pour une série de rencontres avec des responsables américains de la Défense dans la semaine.

Mardi matin, Gantz a précisé que l’État juif était en contact avec les États-Unis et avec les pays de la région concernant les pourparlers visant à redonner vie à l’accord sur le nucléaire moribond signé en 2015, alors que des informations font état de progrès dans les négociations.

« Nous ferons tout ce que nous pouvons pour influencer l’accord », a déclaré Gantz pendant une réunion de faction de son parti Unité nationale.

Notant qu’Israël ne prendra part à aucun accord, il a ajouté que l’État saura « comment conserver sa liberté d’action comme c’est absolument nécessaire ».

Peu après, le Premier ministre d’alternance, Naftali Bennett, a lancé « un appel de dernière minute » – c’est ainsi qu’il l’a qualifié – au président américain Joe Biden, lui demandant de ne pas signer de nouveau pacte avec l’Iran.

« Cet accord transfèrera approximativement un quart de trillion de dollars dans la poche de l’administration terroriste iranienne et dans la poche de ses groupes mandataires régionaux, ce qui permettra à l’Iran de développer, d’installer et de faire fonctionner des centrifugeuses presque sans restriction d’ici seulement deux ans », a écrit Bennett sur Twitter.

Le Premier ministre suppléant, Naftali Bennett, arrivant pour témoigner devant la commission d’enquête sur la catastrophe de Nahal Tzafit à Tel Aviv, le 1er août 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Il a ajouté que, par le passé, « alors même qu’elle s’apprêtait à le faire », la Maison Blanche avait pu être convaincue par Israël « de ne pas céder aux demandes de l’Iran », et il a exprimé l’espoir que les choses se passeraient une nouvelle fois ainsi.

« D’une manière ou d’une autre, l’État d’Israël n’est pas partie à l’accord. Israël ne s’est engagé en faveur d’aucune des restrictions figurant dans l’accord et le pays est déterminé à utiliser tous les outils à sa disposition pour empêcher l’avancée du programme nucléaire iranien », a-t-il ajouté.

Depuis sa démission au poste de Premier ministre, Bennett a largement fait profil bas sur la scène politique nationale, ne faisant que de rares déclarations publiques.

Du côté des États-Unis, un responsable américain a indiqué mardi que l’Iran « avait récemment fait des concessions sur des sujets déterminants », attisant les rumeurs sur la conclusion imminente d’un accord entre Téhéran et les puissances mondiales. Le haut-responsable a précisé que la République islamique avait accepté de renoncer à sa demande de bloquer certaines inspections de ses sites nucléaires menées par l’Agence internationale de l’Énergie atomique qui opère dans le cadre de l’ONU.

Gantz doit partir, jeudi matin, pour la Floride et il y rencontrera le chef du Commandement central américain, Michael Erik Kurilla, au siège de ce dernier.

Là-bas, il sera informé des « aspects opérationnels en matière de collaboration » entre Israël et le CENTCOM, a expliqué son bureau.

Le commandant du CENTCOM Michael Erik Kurilla, à gauche, rencontre le ministre de la Défense Benny Gantz, au centre, et le chef militaire Aviv Kohavi, à droite, le 17 juillet 2022. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Le CENTCOM a officiellement pris la responsabilité de la relation militaire entretenue entre les États-Unis et Israël au mois de septembre, l’année dernière. Jusque-là, le Commandement européen (EUCOM) était responsable de ces liens afin d’empêcher de possibles tensions entre le CENTCOM et les pays arabes et musulmans relevant de sa compétence, un grand nombre n’entretenant pas de relations officielles avec Israël et ne souhaitant pas, en conséquence, être considérés comme des alliés de l’État juif.

Toutefois, ces dernières années, les alliés arabes du CENTCOM ont développé des liens croissants avec Israël – certains officieusement – et cette problématique s’est atténuée.

Kurilla s’est rendu à Jérusalem, le mois dernier, dans le cadre de son deuxième voyage officiel dans le pays depuis qu’il a pris la tête du CENTCOM, au mois d’avril.

Le bureau de Gantz a aussi signalé que le ministre de la Défense allait rencontrer le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan à Washington dans la journée de vendredi avant de s’envoler pour le Japon, samedi soir, dans le cadre d’une visite officielle.

Le ministre de la Défense Benny Gantz à gauche, et le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis Jake Sullivan se rencontrent à la Maison Blanche, à Washington, le 19 mai 2022. (Crédit : Shmulik Almany/GPO)

Eyal Hulata, le conseiller à la sécurité nationale israélien, se trouve lui aussi à Washington, cette semaine, pour une série d’entretiens avec des responsables américains consacrés au programme et à l’accord nucléaires iraniens.

Cet accord qui a été signé en 2015 entre Téhéran et six puissances mondiales – le Royaume-Uni, la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et les États-Unis – avait levé les sanctions appliquées à la République islamique en échange de la révision à la baisse de son programme nucléaire.

Le pacte – le JCPOA, Programme d’action global commun – avait été mis en place pour empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire. Téhéran, de son côté, nie vouloir fabriquer une bombe atomique.

Mais en 2018, le président américain de l’époque, Donald Trump – un critique fervent de l’accord – avait retiré les États-Unis du JCPOA de manière unilatérale, réimposant de lourdes sanctions à l’Iran.

Au début du mois, après plus d’un an de négociations coordonnées par le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, et son équipe, le bloc a soumis une proposition qui, selon ses termes, est « finale » – un texte qui n’a pas été rendu public – pour permettre la remise en vigueur de l’accord.

« L’Iran a répondu ‘Oui, mais…’, ce qui signifie que le pays veut encore que des ajustements soient réalisés », a dit Borrell mardi à la chaîne TVE, sans donner plus de détails.

Cette image, réalisée le 17 avril 2021 et tirée d’une vidéo diffusée par Iran Broadcasting, IRIB, une chaîne de télévision d’État, montre plusieurs centrifugeuses bordant la salle endommagée le 11 avril 2021, à l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, à 322 km au sud de la capitale, Téhéran. (Crédit : IRIB via AP)

L’État juif a la certitude que l’Iran veut développer une arme nucléaire et il a mené des opérations de sabotage au sein de la République islamique dans le but de retarder le programme nucléaire.

Téhéran nie toute intention de ce type et affirme que son programme a des desseins pacifiques, même si le pays a récemment commencé à enrichir son uranium à des niveaux qui, selon les dirigeants internationaux, ne correspondent pas à l’usage civil.

Il reste deux obstacles majeurs dans les négociations, si Téhéran devait accepter de réintégrer l’accord : l’Iran demande la fin des inspections de l’Agence internationale de l’Énergie atomique dans le cadre de son programme nucléaire, et il veut des garanties face à la possibilité d’un nouveau retrait des États-Unis du pacte à l’avenir.

L’AFP et le Times of Israël ont contribué à la rédaction de cet article.

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