Gantz opposé au pacte de défense mutuelle avec les USA qui « ligoterait » Tsahal
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Gantz opposé au pacte de défense mutuelle avec les USA qui « ligoterait » Tsahal

Selon le chef de Kakhol lavan, le traité romprait avec des décennies de politique de défense ; il se demande si Netanyahu, en proie aux déboires judiciaires, est apte à l'élaborer

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz durant une réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 2 décembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz durant une réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 2 décembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le président de la formation Kakhol lavan, Benny Gantz, a critiqué lundi la perspective d’un pacte de défense mutuelle entre Israël et les États-Unis, avertissant qu’il pourrait mettre en péril la liberté d’action militaire de l’État juif et qu’il marquerait une rupture avec des décennies de politique de défense.

Il a également fait part de son inquiétude sur la capacité du Premier ministre Benjamin Netanyahu, en proie à des déboires judiciaires, à négocier un tel accord de manière appropriée. Le Premier ministre est mis en examen pour corruption dans trois affaires.

« Kakhol lavan, sous mon autorité, ne soutiendra pas un accord international qui limitera les actions d’Israël et les capacités de l’armée à protéger le pays face aux menaces qu’il doit affronter », a écrit l’ancien chef d’État-major, sur Twitter.

« J’ai un profond respect pour la relation stratégique que nous entretenons avec les États-Unis, notre allié, avec lequel nous partageons des valeurs identiques et des intérêts conjoints », a ajouté Benny Gantz dans sa publication.

« Mais on peut s’inquiéter sérieusement de ce qu’un Premier ministre déjà très occupé par lui-même donne l’autorisation de ligoter les mains des forces de sécurité, ce qui est à l’opposé du positionnement revendiqué par l’establishment sécuritaire depuis des décennies », a-t-il ajouté.

Netanyahu et le président américain Donald Trump avaient brièvement abordé le sujet d’un tel pacte entre Jérusalem et Washington avant les élections israéliennes du mois de septembre.

Le Premier ministre a dit que la question avait été une nouvelle fois soulevée dimanche, au cours d’un appel téléphonique entre les deux hauts responsables.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, à Washington, le 25 mars 2019. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

Gantz et Netanyahu, les leaders des deux plus importantes formations politiques de la Knesset, ont tous les deux échoué à rassembler une coalition au pouvoir ou à former un gouvernement d’unité entre leurs deux factions malgré deux scrutins qui ont été organisés aux mois d’avril et de septembre.

Un obstacle majeur à l’unité serait l’identité de la personnalité désignée pour assumer en premier le poste de Premier ministre en cas d’accord de rotation.

Selon des informations parues dans les médias en hébreu, Netanyahu aurait dit lors de discussions à huis-clos qu’il aurait offert à Gantz un arrangement concernant une rotation à la fonction de Premier ministre, sous les termes duquel il conserverait son poste pendant encore six mois avant de céder la place au dirigeant de Kakhol lavan.

Netanyahu a déclaré vouloir rester au pouvoir en vue de « développements attendus au niveau diplomatique », a fait savoir la Treizième chaîne.

Il a établi clairement, lundi, que l’un de ces développements était l’annexion de la vallée du Jourdain, qui serait réalisée avec l’accord tacite de l’administration Trump. Un autre serait le pacte mutuel de défense avec les Etats-Unis.

Kakhol lavan, pour sa part, s’en tient à sa promesse de ne pas rejoindre un gouvernement dirigé par un Premier ministre mis en examen.

Le mois dernier, l’ambassadeur israélien aux États-Unis, Ron Dermer, a indiqué que l’idée d’un pacte était appuyée par de hauts responsables de la sécurité au sein de l’État juif, et notamment par le chef d’État-major Aviv Kochavi et le Conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat.

Dermer a ajouté que des cadres de l’administration Trump envisageaient « de manière positive » une telle initiative, tout comme certains « éminents sénateurs ».

Capture d’écran d’une vidéo montrant l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer durant la conférence de l’Institut Juif pour la sécurité nationale de l’Amérique à Washington, le 21 novembre 2019 (Capture d’écran : YouTube)

Tout pacte de défense potentiel est considéré comme hautement controversé au sein de l’establishment de la défense israélienne.

Les responsables s’inquiètent qu’un accord portant sur une coopération plus serrée en matière de défense ne lie les mains des militaires israéliens dans certains engagements, ou qu’il limite sérieusement leur liberté et leur indépendance d’action.

Au vu de la coopération déjà robuste entre les deux pays dans ce domaine, l’officialiser via un pacte mutuel de défense n’apporterait que peu de bénéfices supplémentaires – voire aucun, disent de nombreux experts, notamment d’anciens diplomates et officiels de la défense.

Au contraire, mettent en garde ces critiques, un tel accord pourrait entraver la liberté d’action militaire de l’État juif et comprendrait probablement l’obligation d’envoyer des troupes dans des missions, à l’étranger, pour prendre part aux guerres dans lesquelles l’Amérique est engagée.

Quelques semaines avant les élections du 17 septembre en Israël, Trump avait écrit sur Twitter qu’il avait abordé, lors d’un entretien téléphonique, la question d’un potentiel pacte et qu’il espérait pouvoir développer le sujet après le scrutin.

Trump avait souligné sur le géant des réseaux sociaux qu’un tel accord « ancrera encore davantage l’alliance extraordinaire entre nos deux pays ».

Mais les élections n’ont pas permis la formation d’un gouvernement, et Israël semble se diriger une nouvelle fois vers un nouveau scrutin, qui devrait avoir lieu au début de l’année prochaine, si les membres de la Knesset ne parviennent pas à désigner un candidat susceptible de rassembler une coalition d’ici le 11 décembre.

A la fin du mois dernier, le procureur-général Avichai Mandelblit a annoncé que Netanyahu serait mis en examen dans trois dossiers pour corruption et notamment pour pots-de-vin dans l’un d’entre eux.

Néanmoins, en raison de l’impasse politique qui paralyse actuellement le pays, Mandelblit sera probablement dans l’impossibilité d’officialiser cette inculpation devant le tribunal pendant encore plusieurs mois.

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