Gantz soutiendra toute personne « qui ne s’appellera pas Netanyahu »
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Interview

Gantz soutiendra toute personne « qui ne s’appellera pas Netanyahu »

L'ex-général ne "regrette pas d'avoir accepté d'entrer dans la coalition [...] par responsabilité envers Israël à un moment de crise" mais il en déplore le résultat

Une affiche de campagne électorale pour le parti Kakhol lavan sur une autoroute à Tel Aviv, sur lequel on peut lire " Benny à la Knesset ou Bibi pour toujours ", le 12 mars 2021. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
Une affiche de campagne électorale pour le parti Kakhol lavan sur une autoroute à Tel Aviv, sur lequel on peut lire " Benny à la Knesset ou Bibi pour toujours ", le 12 mars 2021. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Il y a un an, Benny Gantz caracolait en tête des sondages. Aujourd’hui, le général israélien n’est même pas certain de faire entrer des députés au Parlement le 23 mars, un revers cuisant pour celui qui voulait en finir avec l’ère Netanyahu.

Arrivé trois fois au coude-à-coude avec le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, lors des élections législatives d’avril et de septembre 2019, puis de mars 2020, Benny Gantz avait touché du doigt le poste de Premier ministre.

Mais celui qui s’était donné pour mission de chasser du pouvoir le plus pérenne des chefs de gouvernement israéliens, et également le premier à être inculpé pour corruption en cours de mandat, a échoué à chaque fois à former un gouvernement.

Résultat : au printemps 2020, après des semaines d’impasse politique et alors qu’il était urgent de lutter contre la pandémie de coronavirus, l’ancien chef d’état-major opère un virement de bord inattendu et s’allie avec M. Netanyahu pour former un gouvernement d’union basée sur une rotation.

D’abord ministre de la Défense, il devait devenir chef du gouvernement dix-huit mois plus tard. Son parti centriste Kakhol lavan sort brisé de cette décision que beaucoup ont considérée comme une trahison.

« Je ne regrette pas d’avoir accepté d’entrer dans la coalition car je l’ai fait par responsabilité envers l’Etat d’Israël à un moment de crise, même si j’en déplore le résultat », affirme M. Gantz à l’AFP.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre de la Défense Benny Gantz, assistent à une cérémonie de remise des diplômes des nouveaux pilotes de l’armée de l’air à la base aérienne de Hatzerim près de Beer Sheva, le 25 juin 2020. (Crédit : Ariel Schalit / Pool / AFP)

Aujourd’hui, si les Israéliens sont appelés à voter pour la quatrième fois en deux ans, c’est de la responsabilité « unique » de M. Netanyahu « qui a refusé de faire voter le budget », accuse le ministre.

La question du budget, qui n’a jamais été adopté et a conduit à la dissolution de la Knesset (Parlement) en décembre, était le talon d’Achille de la coalition et aussi, selon la presse israélienne, le révélateur des tensions entre MM. Netanyahu et Gantz.

En pactisant avec le Likud, M. Gantz, 61 ans, a vu son parti se scinder, la moitié des députés refusant de rejoindre un gouvernement dirigé par un homme inculpé.

Si la formation de Benny Gantz apparaît affaiblie, créditée de seulement quatre à cinq sièges dans les sondages, elle pourrait jouer un rôle pour désigner le prochain chef de gouvernement.

Il faut en effet réunir 61 soutiens de députés pour pouvoir prétendre à la formation d’un cabinet. En cas de résultats serrés, les quelques sièges de Kakhol lavan pourraient faire la différence mais le grand rêve du général Gantz de devenir chef de gouvernement n’est plus d’actualité.

« Renier sa parole est une chose mais si, finalement, le deal pour lequel il s’est engagé (le gouvernement d’union, NDLR) n’est pas respecté, cette trahison ne lui est pas pardonnée », déclare à l’AFP Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Open University de Tel-Aviv.

M. Gantz « est face à une défaite totale à la veille de ces nouvelles élections », ajoute-t-il.

« On vote droit »

Cette dégringolade signale aussi que si les généraux avaient auparavant la cote en politique en Israël, cela n’est plus un acquis.

Auréolés de la gloire militaire dans un pays où l’armée joue un rôle central, les généraux ont parfois accédé aux plus hauts postes et trois d’entre eux –Yitzhak Rabin, Ehud Barak et Ariel Sharon – sont devenus Premiers ministres.

Lorsque le parti Kakhol lavan fait son apparition en avril 2019, Benny Gantz – chef d’état-major pendant la guerre à Gaza en 2014 – s’entoure de deux autres anciens chefs militaires : Moché Yaalon et Gabi Ashkenazi.

Les dirigeants du parti Kakhol lavan, de gauche à droite, Gabi Ashkenazi, Benny Gantz, Yair Lapid et Moshe Yaalon lors d’une conférence de presse au siège du parti à Tel Aviv, le 10 avril 2019, au lendemain du jour des élections. (Flash90)

« Gantz et Ashkenazi avaient un crédit important auprès du public mais ça n’a pas suffi dans une période où le front est sanitaire plus que sécuritaire », relève M. Charbit.

Alors que Benjamin Netanyahu fait campagne en vantant ses efforts ayant permis d’atteindre un taux inégalé de vaccination dans « la guerre » contre le coronavirus, Benny Gantz n’a pas de victoire militaire à présenter au public.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une visite dans le village druze de Julis, dans le nord d’Israël, le 23 février 2021. (David Cohen/Flash90)

A défaut, « je n’ai pas renoncé à rester droit et j’ai protégé l’indépendance du système judiciaire face aux attaques de ceux qui veulent mettre à mal la démocratie », dit-il à l’AFP.

Avec comme slogan de campagne « Benny, on vote droit », le parti Kakhol lavan se présente comme un rempart pour « protéger la démocratie ».

« Au lendemain du vote, je soutiendrai toute personne capable de former une coalition de 61 voix qui sera en faveur de l’indépendance du pouvoir judiciaire et du respect de la démocratie et qui ne s’appellera pas Netanyahu », assure le général Gantz.

Qui martèle: « Je ne suis pas prêt à être retors en politique, je suis un homme droit et je le resterai ».

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