GB: Israël accusé de « violations continues » des droits de l’Homme – rapport
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GB: Israël accusé de « violations continues » des droits de l’Homme – rapport

Le document note une "démocratie robuste" israélienne, dénonçant des "pressions croissantes" sur les critiques des politiques mises en oeuvre et fustige aussi le Hamas et l'AP

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Les forces de sécurité israéliennes se bagarrent avec le manifestant franco-américain Frank Romano, le 14 septembre 2018, durant une manifestation contre la destruction du village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)
Les forces de sécurité israéliennes se bagarrent avec le manifestant franco-américain Frank Romano, le 14 septembre 2018, durant une manifestation contre la destruction du village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Le gouvernement britannique a accusé jeudi Israël et les Palestiniens de violations continues aux droits de l’Homme dans son rapport annuel sur l’état de la démocratie et des droits de l’Homme dans le monde entier.

Selon ce rapport de 76 pages, il y a eu, en 2018, « des violations continues  des droits de l’Homme internationaux et du droit humanitaire mondial de la part du gouvernement israélien dans le cadre de l’occupation par Israël » de la Cisjordanie et de Gaza, avec notamment une hausse des violences des habitants d’implantations.

Tandis qu’il reconnaît une « démocratie robuste » en Israël, le rapport exprime ses préoccupations face aux « pressions » exercées sur les membres de la société civile qui critiquent les politiques mises en oeuvre par l’Etat juif vis-à-vis des Palestiniens.

Le document craint également que la loi sur l’Etat-nation de l’année dernière ne « sape » les droits des minorités non-juives.

En même temps, il accuse l’Autorité palestinienne et le Hamas « d’abus continus des droits de l’Homme ».

Officiellement intitulé « Rapport annuel sur les droits de l’Homme et la démocratie du Foreign and Commonwealth Office », ce document présente « une évaluation des développements des droits de l’Homme dans le monde en 2018 et informe de la situation des droits de l’Homme dans trente pays où les droits de l’Homme sont prioritaires », selon le gouvernement britannique.

Israël et l’AP sont donc placés aux côtés du Bangladesh, du Myanmar, de l’Érythrée, de l’Iran, de la Russie, de la Somalie, du Zimbabwe, du Yémen et de l’Arabie saoudite, tous accusés d’antécédents douteux en termes de droits de l’Homme.

Le chapitre sur Israël et les « territoires palestiniens occupés », qui comprennent la Cisjordanie et Gaza, établit que « la crise humanitaire à Gaza a été exacerbée par les agitations liées aux manifestations de la ‘Grande marche du retour’ commencées au mois de mars 2018 ».

Cette photo prise le 30 mars 2019 depuis le kibboutz de Nahal Oz, au sud d’Israël, en face de la bande de Gaza, montre des véhicules militaires israéliens se tenant à la clôture de la frontière, alors que des Palestiniens, brandissant des drapeaux nationaux, manifestent pour célébrer le premier anniversaire des manifestations « Marche du Retour ». (Jack Guez/AFP)

Le rapport accuse les manifestants palestiniens, le long de la frontière israélienne, d’avoir recours à la « violence », notant que 1 153 roquettes et obus de mortier ont été « tirés de manière indiscriminée vers Israël ».

Il ajoute toutefois que l’Etat juif continue à « imposer des restrictions d’accès et de mouvement stricts » à l’enclave côtière. Il critique également Israël pour les constructions d’implantation en Cisjordanie, avec 7 663 unités de logement avancées en 2018.

« Israël continue sa politique systématique d’expansion d’implantations, ce qui contrevient au droit humanitaire international », dit-il.

Citant des chiffres fournis par le bureau pour la coordination des Affaires humanitaires de l’organisation des Nations unies, le document britannique affirme que le nombre « d’actes de violence et de vandalisme contre les Palestiniens de la part d’habitants d’implantations extrémistes en Cisjordanie » a augmenté l’année dernière, atteignant son plus haut niveau depuis cinq ans.

« Nous avons continué à chercher des améliorations du traitement des Palestiniens dans les centres de détention israéliens, en nous concentrant particulièrement sur les mineurs. A la fin du mois de décembre, 203 mineurs se trouvaient dans les prisons israéliennes, ce qui est le chiffre mensuel le plus bas en deux ans », continue le rapport.

Une jeune fille palestinienne assise à proximité de toilettes dans le village palestinien d’Al Mufakara, près de la route 60, au sud du mont d’Hébron, en Cisjordanie, le 23 avril 2014. Cette zone avait été déclarée zone militaire fermée par Israël, ce qui rend illégal tout logement. En conséquence, la plupart des habitants vivent ici dans des grottes, par peur des démolitions de maisons (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Il explique que Londres a exercé des pressions sur Jérusalem en faveur de l’allègement des conditions de détention des prisonniers palestiniens, en particulier des mineurs.

« Les ministres et responsables britanniques ont fait des interventions répétées auprès du gouvernement israélien au sujet des conditions d’incarcération. Nous avons continué à financer des projets fournissant une aide juridique aux mineurs et de renforcement des capacités des avocats locaux ».

Le rapport salue Israël, « une démocratie robuste et ouverte dotée d’une société civile vibrante », tout en notant que des forces autoritaristes exercent des pressions sur ceux qui critiquent la conduite du pays dans les territoires palestiniens.

« Elles comprennent une rhétorique politicienne, des pressions exercées sur les gouvernements étrangers pour qu’ils mettent un terme à leur financement de certaines ONG et une augmentation rapportée des retards et des refus dans l’octroi des visas pour des activistes », dit encore le rapport.

Il évoque aussi les inquiétudes exprimées en Israël qui concernent la loi controversée dite de l’Etat-nation, qui a été adoptée au mois de juillet pour ancrer le caractère juif d’Israël et qui a été critiquée pour avoir dégradé le statut de la langue arabe – qui n’est plus langue officielle – et pour paraître placer les Israéliens non-juifs à un rang plus bas de la société civile.

Cette législation « est susceptible de saper l’égalité des membres des minorités, en particulier ceux de la communauté musulmane et arabe chrétienne », accuse le rapport.

Le député du Likud Oren Hazan se prend en photo avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre et des confrères du Likud à l’issue du vote sur l’Etat-nation à la Knesset le 19 juillet 2018. (Crédit : AP/Olivier Fitoussi)

« Nous continuerons à évoquer nos inquiétudes avec le gouvernement israélien sur ce qui constitue une brèche du droit humanitaire international dans le contexte de l’occupation israélienne des territoires palestiniens occupés. Nous continuerons à nous opposer aux abus faits aux droits de l’Homme de l’AP et du Hamas », dit le rapport.

Londres « soutiendra la reprise des négociations de paix menant à une solution à deux Etats, notamment à travers notre travail autour des projets des ONG », promet le document.

Mais le rapport pointe également du doigt l’Autorité palestinienne et le Hamas, citant un rapport de Human Rights Watch décrivant de graves cas de violations faites aux droits de l’Homme de la part des deux groupes palestiniens.

« Nous avons évoqué nos inquiétudes avec le Premier ministre palestinien qui s’est engagé à faire une série de réformes institutionnelles. Nous avons continué à vivement recommander à l’AP de respecter les droits de l’Homme, de s’assurer que des enquêtes appropriées seront menées sur des plaintes de mauvais traitements ou de détention arbitraire et qu’elle continuera à améliorer la conformité du secteur de la sécurité avec les normes des droits de l’Homme », note le rapport.

La couverture du premier rapport annuel sur les droits de l’Homme du gouvernement britannique

Malgré l’accession récente de Ramallah à sept conventions des droits de l’Homme, l’AP sous la direction du président Mahmoud Abbas « continue à restreindre l’espace pour les acteurs de la société civile en Cisjordanie et limite la liberté d’expression », dit le rapport. « A Gaza, le Hamas continue à contrôler de manière stricte la société civile ».

Les droits pour la communauté LGBT « restent restreints » dans les secteurs palestiniens. « Les activités homosexuelles, même si elles sont légales en Cisjordanie, restent un tabou dans la société palestinienne. Elles sont illégales à Gaza avec une peine de prison de dix ans d’emprisonnement ».

En même temps, le rapport met en lumière « des progrès limités » dans les droits des Palestiniennes, notant des « efforts pour réduire les discriminations ».

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