Guerre des mots entre Yair Golan et le Likud après des accusations d’incitation
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Guerre des mots entre Yair Golan et le Likud après des accusations d’incitation

"Quelle est la logique d'attiser les violences avec des déclarations irresponsables sur l'annexion ?", interroge l'ex-général de gauche qui, pour le Premier ministre, "déraille"

Yair Golan du Camp démocratique visite les locaux du Parlement à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90
Yair Golan du Camp démocratique visite les locaux du Parlement à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90

Un ancien éminent général devenu député de gauche s’est querellé, jeudi, avec le parti du Likud sur Twitter, après avoir clamé que les « déclarations irresponsables sur l’annexion » du gouvernement de droite avaient « provoqué » le regain des violences dans la même journée.

« Durant toute ma vie d’adulte, j’ai combattu les Palestiniens. Je ne pense pas qu’ils soient des saints ou qu’ils soient angéliques », a dit le général de division (réserviste) Yair Golan, élu à la Knesset au mois de septembre sous l’étiquette du Camp démocratique et qui a dorénavant intégré la formation Travailliste-Meretz-Gesher en amont du scrutin du mois prochain.

« Mais qu’est-ce qui est préférable : combattre ou négocier ? Je préfère négocier avec eux et, si ça ne marche pas, je saurais aussi comment me battre », a-t-il déclaré lors d’un entretien télévisé accordé à la Treizième chaîne.

Il a alors fustigé la promesse du gouvernement de droite d’annexer de larges secteurs de la Cisjordanie dans le cadre du plan de paix de Trump, disant qu’une telle rhétorique entraînait des « tensions non-nécessaires » et qu’elles provoquaient des violences à Jérusalem et en Cisjordanie.

Les Palestiniens affrontent les soldats israéliens durant une chasse à l’homme à Beit Jala après une attaque à la voiture-bélier dans un groupe de militaires israéliens dans la matinée, le 6 février 2020 (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

« Mais quelle est la logique », a-t-il demandé, « de sortir un plan qui, tout le monde le comprend, est irréaliste, n’a aucune chance de réussir – et qui entraîne des tensions non-nécessaires sur le terrain, avec des déclarations irresponsables d’annexion que personne ne peut mettre en oeuvre, que personne n’a l’intention de mettre en oeuvre, notamment notre Premier ministre, tout cela se terminant avec des soldats israéliens blessés à l’hôpital ? ».

Alors que le journaliste lui demandait s’il pensait que « la droite est responsable de la vague terroriste », Golan a répondu : « Je suis désolé de le dire, mais oui ».

Ces propos ont été rejetés avec colère par le parti du Likud, qui a qualifié de « scandaleux » ces paroles et insisté sur le fait qu’elles correspondaient au point de vue adopté par le principal adversaire du parti au pouvoir lors du prochain scrutin, Benny Gantz, à la tête de la formation centriste Kakhol lavan.

« Selon Yair Golan, le partenaire naturel de Gantz lors de la formation du prochain gouvernement, c’est la droite qui est responsable du terrorisme qui prend pour cible des soldats de Tsahal et les citoyens israéliens. Tout le monde sait que Golan et Gantz élimineront ‘l’Accord du siècle’. Gantz n’aura pas de gouvernement sans Golan et sans le député de la Liste arabe unie Ahmad Tibi. Voter pour eux est un vote en faveur d’un quatrième scrutin. Seul un Likud puissant peut sortir le pays de l’impasse et procéder à l’annexion ! », a fait savoir le Likud sur Twitter.

Les agents de police israéliens observent une manifestation palestinienne contre le plan de paix américain à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, le 6 février 2020 (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Sur Twitter également, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a partagé la déclaration du Likud et il s’est moqué de Golan, disant que ce dernier « déraille ».

Ayelet Shaked, députée de Yamina, a également fustigé Golan, disant que les violences ne résultaient pas des plans israéliens d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie mais de la conviction des Palestiniens qu’Israël pourrait être détruit.

« Tant que les Palestiniens pourront espérer un avenir qui ne nous inclut pas, ils continueront à combattre. Seule l’annexion établira clairement à leurs yeux que cela ne se sert à rien de se battre », a-t-elle clamé.

Golan, en réponse, a qualifié les ripostes de la droite « d’hystériques », jurant qu’il « continuera à dire la vérité ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, serre la main du chef d’Etat-major adjoint Yair Golan lors d’une cérémonie de la 68è Journée d’indépendance à la résidence du président à Jérusalem, le 12 mai 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Le gouvernement Smotrich-Netanyahu a parlé à tort et à travers d’une dangereuse annexion, il a attisé les violences et maintenant, il y a des soldats blessés qui se trouvent à l’hôpital. Lorsque ceux qui disent la vérité sont qualifiés de ‘malades mentaux’ par le Premier ministre, il ne faut pas se demander pourquoi tout le monde garde le silence », a-t-il écrit sur Twitter.

« Bibi, [ministre de la Défense Naftali] Bennett, peut-être ne suis-je pas ce genre de gauchiste auquel vous êtes habitués, mais ces cris hystériques provenant de la droite ne me font pas peur. Je continuerai à dire la vérité », a-t-il continué.

Il y a eu, jeudi, une escalade des violences à Jérusalem et en Cisjordanie avec trois attaques palestiniennes qui ont pris pour cible des soldats et des policiers israéliens en l’espace de douze heures. Quatorze membres des services chargés de garantir la sécurité de l’Etat juif ont été blessés.

Deux membres des services de sécurité palestiniens ont aussi été tués. Au moins l’un d’entre eux aurait été confondu avec un terroriste par un sniper israélien au cours de confrontations violentes dans la ville de Jénine, au nord de la Cisjordanie.

Les soldats israéliens affrontent les Palestiniens pendant une chasse à l’homme dans la ville de Beit Jala, en Cisjordanie, le 6 février 2020 (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Les leaders palestiniens ont indiqué que ces violences résultaient inévitablement de la partialité pro-israélienne du plan de paix tandis que les responsables israéliens ont accusé l’Autorité palestinienne d’encourager ces attaques.

L’armée israélienne est en état d’alerte accru depuis la révélation du plan de paix, la semaine dernière, et elle a envoyé trois vagues de renforts en Cisjordanie, notamment un bataillon supplémentaire de soldats issus des unités de combat dans la journée de jeudi.

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