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Herzog célèbre Hanoukka à Hébron ; Odeh critique son geste

Le président a rappelé l'héritage commun des religions abrahamiques ; cependant, son geste a déplu à la Liste arabe unie, l'accusant de "mettre le feu à Hébron"

Le président Isaac Herzog allume une bougie de Hanoukka à Hébron le 28 novembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le président Isaac Herzog allume une bougie de Hanoukka à Hébron le 28 novembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le président Isaac Herzog a déclaré dimanche que le lien entre les Juifs et Hébron est « incontestable », lors de l’allumage de la première bougie pour Hanoukka dimanche soir dans la ville de Hébron, en Cisjordanie. Des dizaines de manifestants de gauche se trouvaient à proximité.

Des manifestants protestant contre la visite du président dans la ville contestée avaient été empêchés par les troupes d’entrer dans Hébron même, où se trouve le Tombeau des Patriarches. Un ordre rarement utilisé, destiné à prévenir les troubles publics, a été appliqué à l’entrée de l’implantation de Kiryat Arba, principale voie d’accès au lieu saint.

S’exprimant depuis le Tombeau des Patriarches, un sanctuaire vénéré par les juifs et les musulmans comme étant la dernière demeure d’Abraham, M. Herzog a déclaré que le lien du peuple Juif avec la ville et le tombeau était « au-delà de toute controverse ».

« Le lien historique des Juifs avec Hébron, avec la tombe du patriarche, avec l’héritage des patriarches et des matriarches est incontestable. La reconnaissance de ce lien doit être au-delà de toute controverse. »

Parallèlement, il a également fait appel à l’héritage partagé entre les juifs et les musulmans, malgré les tensions toujours présentes dans la ville, qui se sont intensifiées autour de sa visite hautement sécurisée.

« Vous ne serez pas d’accord sur tout, mais nous devons nous rappeler que ‘nous sommes tous les fils d’un seul homme' », dit-il selon un communiqué de son bureau, en citant la Bible.

« Nous avons tous des racines communes issues de cette grotte. Parallèlement à cela, nous devons nous rappeler que nos racines ne sont pas les seules qui remontent à cette grotte. Surtout aujourd’hui, et surtout ici, dans cet espace sacré dédié à tous les fils d’Abraham, nous devons continuer à rêver de paix, entre toutes les croyances et les croyances de cette terre, et à condamner tout type de haine ou de violence. »

Une photo officielle montre Herzog, ancien chef du parti travailliste, priant également sur la tombe lors de sa visite.

Le président Isaac Herzog prie sur le Tombeau des Patriarches à Hébron le 28 novembre 2021. (Crédit : Autorisation/Meir Elifor)

À proximité, des dizaines de militants de la gauche israélienne protestent contre la visite, avec des pancartes en hébreu et en anglais accusant Israël d’apartheid et appelant à « bannir l’obscurité », en référence à un célèbre chant de Hanoukka pour enfants.

« Alors que le président allume une bougie avec Baruch Marzel et les kahanistes, les forces de sécurité empêchent des citoyens respectueux de la loi d’exercer leur droit de manifester », a déclaré l’organisation La Paix Maintenant, en référence à un ancien politicien ultranationaliste désormais interdit de candidature à la Knesset, qui aurait été présent dimanche.

L’allumage de bougies par Herzog a également provoqué la colère du parti de gauche Meretz, membre de la coalition gouvernementale.

« Malheureusement, à Kiryat Arba, la police nous a bloqués violemment et nous a prouvé qu’Hébron ne fait pas partie d’Israël », a tweeté Mossi Raz, député du Meretz.

La manifestation s’est tenue à l’entrée de l’implantation adjacente de Kiryat Arba après que l’armée a imposé un ordre interdisant aux militants de gauche de se rendre à Hébron pour éviter les « troubles », rapporte Haaretz, citant les organisateurs.

Le chef de la Liste arabe unie à la Knesset a critiqué le président pour sa participation à l’évènement, estimant qu’il devrait s’en abstenir dans le cadre de son rôle essentiellement cérémoniel, qui n’est généralement pas encombré par des différends politiques.

« Herzog n’est pas allé allumer la bougie de la première nuit, il est allé mettre le feu à Hébron », a tweeté Ayman Odeh.

« Celui qui fait la fête avec les partisans du tueur Goldstein ne peut pas être le président de tous les citoyens israéliens », ajoute-t-il.

Le terroriste juif Baruch Goldstein a tué 29 fidèles musulmans au Tombeau des Patriarches en 1994 avant d’être lui-même tué. Certains résidents israéliens de Hébron et de l’implantation voisine de Kiryat Arba continuent de vénérer Goldstein.

Le groupe terroriste palestinien du Hamas avait averti, vendredi, que la venue du président israélien à Hébron, serait vue comme « une provocation » et « une violation flagrante » du caractère sacré du lieu saint, appelant les Palestiniens à se dresser contre les forces israéliennes à cette occasion.

Dans un communiqué, le Hamas a déclaré que « l’occupation porte l’entière responsabilité des répercussions de cette attaque » sur le site.

Les troupes israéliennes se rassemblent devant le Tombeau des Patriarches avant la visite du président israélien, le 28 novembre 2021. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Les organisations israéliennes pacifistes La Paix maintenant, Breaking the Silence, Crime Minister, Mothers Against Violence, et d’autres ont déclaré que la visite du président à Hébron « légitime le régime d’apartheid et la violence non-stop des colons, sous lesquels vivent les résidents palestiniens de la ville ».

Ils ont affirmé que Herzog donnait un coup de pouce aux « partisans terrorisme et à la grande injustice qui s’y déroule quotidiennement », accusant le président de plier devant la droite pour s’attirer ses faveurs.

La Paix Maintenant a ajouté qu' »il est inconcevable que le président, qui devrait être une figure unificatrice, choisisse d’allumer une bougie sur le site qui, de tous les endroits, est devenu le bastion du kahanisme et un symbole d’oppression et de violence ».

Herzog, anciennement à la tête de l’Agence juive, a déjà siégé à la Knesset en tant que politicien de centre-gauche et leader de l’opposition.

Il a assumé la présidence, essentiellement cérémoniale, en juillet et a adopté une approche active du rôle, notamment en faisant pression sur les dirigeants britanniques pour qu’ils adoptent une ligne dure contre l’Iran lors de réunions à Londres cette semaine.

Des drapeaux israéliens flottent sur les murs du Tombeau de Patriarches pour le 71e Jour d’Indépendance dans la ville cisjordanienne de Hébron, le 8 mai 2019. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Le site du tombeau, considéré comme l’un des plus sacrés du judaïsme, aurait été utilisé comme lieu de sépulture par le patriarche biblique Abraham.

Hébron abrite plusieurs centaines d’habitants d’implantation israéliens, qui vivent sous haute surveillance, entourés de dizaines de milliers de résidents palestiniens de la ville.

La ville est en grande partie contrôlée par l’Autorité palestinienne, mais la zone du tombeau et les zones adjacentes sont contrôlées par Israël.

Le Tombeau des Patriarches est fréquenté par les Juifs pendant le Shabbat et les jours fériés, souvent sous protection militaire. Le tombeau et ses environs ont été le théâtre de nombreuses attaques et tentatives d’attaques contre des Israéliens.

C’est aussi le lieu de l’un des pires incidents de violence contre les Palestiniens, à savoir le massacre de 1994 perpétré par Baruch Goldstein, un extrémiste d’extrême droite, qui a ouvert le feu pendant la prière, tuant 29 personnes et en blessant plus de 100.

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