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Herzog souligne la tolérance lors d’un Iftar organisé à la résidence présidentielle

Le message de bonne volonté transmis par le président lors du dîner traditionnel du ramadan a contrasté avec les violences et les tensions politiques en cours dans le pays

Le président Isaac Herzog, à gauche, discute avec un responsable religieux lors d'un dîner de l'Iftar organisé à sa résidence officielle de Jérusalem,  le 13 avril 2022. (Crédit : Bureau du président))
Le président Isaac Herzog, à gauche, discute avec un responsable religieux lors d'un dîner de l'Iftar organisé à sa résidence officielle de Jérusalem, le 13 avril 2022. (Crédit : Bureau du président))

Le traditionnel dîner d’Iftar du président Isaac Herzog – le repas qui vient rompre le jeûne du ramadan – a rassemblé environ 200 invités dans sa résidence officielle, mercredi, et notamment des responsables publics israéliens, des leaders religieux et de la société civile et des membres des forces de sécurité.

Certains diplomates étrangers étaient également présents lors de cet événement organisé à la résidence présidentielle, à Jérusalem.

Mais les festivités et les rires sont restés néanmoins dans l’ombre des incidents sécuritaires et des tensions politiques qui ont récemment touché le pays. Le gouvernement est en difficulté après le départ d’Idit Silman, qui occupait le poste de cheffe de la coalition au pouvoir, la semaine dernière – une démission qui a privé l’alliance fragile de sa mince majorité à la Knesset et qui a entraîné l’amertume au sein du gouvernement. Une série d’attentats terroristes a par ailleurs fait quatorze morts au sein de l’État juif en quelques semaines.

À la table située au centre de la salle, pour ce repas d’Iftar, était assis Mansour Abbas, leader du parti Raam qui fait partie de la coalition, et un député issu de sa faction, Mazen Ghanaim.

« Ce n’est pas facile d’être un parlementaire arabe en Israël. Il y a beaucoup de choses difficiles à avaler. Votre coalition vous demande des choses et elles sont parfois difficiles à accepter, mais on n’a pas le choix », a déclaré Ghanaim.

L’année dernière, les législateurs de Raam avaient rompu avec les autres députés israéliens et avec la tradition habituellement suivie par les partis arabes en rejoignant la coalition – avec l’espoir de pouvoir promouvoir les intérêts de la communauté arabe depuis l’intérieur du gouvernement. Le parti a dû, à cette occasion, siéger avec des factions dont l’idéologie est aux antipodes de la sienne – y-compris avec la formation Yamina du Premier ministre Naftali Bennett – dans le cadre d’un pari politique risqué.

Cette nouvelle approche choisie par Raam a été critiquée par la communauté arabe israélienne, qui déplore l’absence de résultats significatifs et tangibles.

Les députés Mansour Abbas (au centre, à gauche) et Mazen Ghanaim (au centre, à droite), à un dîner de l’Iftar organisé par Isaac Herzog dans sa résidence officielle de Jérusalem, le 13 avril 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Assis à côté de Ghanaim, le leader de son parti, Abbas, a reconnu que la rhétorique de sympathie utilisée à l’égard des Arabes israéliens – comme celle dont Herzog a fait usage lors du dîner – ne s’était pas encore traduite en résultat pour sa communauté.

« C’est un processus », a continué Abbas, qui a ajouté que « tout cela fait partie d’une initiative visant à enfin améliorer les choses ».

« Quand Herzog est arrivé à la présidence, il a promis de se pencher sur des problèmes qui sont encore sensibles », a poursuivi Abbas. « Quand il parle de l’islam et de la religion, il est bien reçu par la communauté arabe et vous pouvez vous-même constater qu’il fait l’effort de parler arabe – même avec l’accent, vous pouvez constater qu’il tente quand même de le faire », a-t-il dit, amusé.

Le président Isaac Herzog avec des diplomates de l’étranger au repas d’Iftar organisé à sa résidence de Jérusalem, le 13 avril 2022. (Crédit : Amos Ben-Gershom / GPO)

Ces échanges à la table de Raam ont eu lieu après un discours prononcé par Herzog en arabe et en hébreu, une prise de parole dans laquelle il a cité le Coran, salué le mois de ramadan et souligné la nécessité de la tolérance tout en évoquant les tensions récentes.

« Le mois du ramadan, le mois le plus beau et le plus émouvant du calendrier Hijri, révèle un autre aspect du beau visage de l’esprit de l’islam. C’est un mois d’humilité et de piété, de modération, de compassion, de charité, de foi en Dieu, c’est le mois de la famille et de la communauté », a déclaré Herzog.

« Même en tant que non-musulman, je ressens moi-même une profonde identification, un profond lien avec l’esprit tout particulier de ce mois du ramadan que nous célébrons ici ce soir », a-t-il dit.

Le président Isaac Herzog prononce un discours pendant un dîner d’Iftar organisé à sa résidence à Jérusalem, le 13 avril 2022. (Crédit: Autorisation/ Bureau du président)

Pièce maîtresse sur chaque table de la salle, une copie du Coran traduite en hébreu par le père du prédécesseur de Herzog, Reuven Rivlin. Levant les yeux sur la salle comble, Herzog a utilisé une citation du Coran, empruntée à un chapitre traitant de la thématique de tolérance et de coexistence qu’il avait choisie pour guider son allocution.

Herzog a fait de la tolérance un thème majeur depuis le début de son mandat de président et il s’est rendu dans les communautés arabes pour des initiatives publiques mais aussi pour des démonstrations de soutien.

« Herzog est venu à Kafr Qasim, lieu d’un massacre en 1956 qui est encore une question sensible qui divise les Juifs et la communauté arabe. Rivlin était aussi venu par le passé, il avait dit ce qu’il fallait dire mais ça avait été différent. On peut dire que Herzog se préoccupe vraiment des choses. Cela fait partie d’un processus de guérison », a commenté Abbas.

Ces violences du passé se sont mêlées aux événements qui touchent actuellement Israël, Herzog évoquant la vague terroriste qui s’est abattue sur l’État juif.

« Mes amis, quand la mort et les violences sont semées au nom de l’islam, nous ne pouvons pas garder le silence », a-t-il affirmé.

Le président Isaac Herzog avec des membres des forces de sécurité israéliennes au repas d’Iftar du ramadan organisé à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 13 avril 2022. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Le ramadan coïncide, cette année, à la fois avec Pessah et avec la fête chrétienne de Pâques. Pessah commencera vendredi soir.

Avant le début de la fête juive, un groupe extrémiste a promis de l’argent aux Juifs qui se rendraient sur le Mont du Temple à Jérusalem, vénéré à la fois par les Juifs et les musulmans, pour s’y livrer à un sacrifice biblique. L’offre a suscité la fureur de certains musulmans et a entraîné des menaces de représailles de la part du Hamas.

Le Mont du Temple, site le plus saint du judaïsme, est connu par les musulmans sous le nom de Haram al-Sharif – c’est le troisième site le plus sacré de l’islam. La présence juive sur le Mont du Temple – qui accueille aujourd’hui la mosquée al-Aqsa – est depuis longtemps à l’origine de violences et les tensions se renforcent habituellement pendant le ramadan.

« Ces derniers jours, des informations mensongères ont circulé sur les réseaux sociaux au sujet du Mont du Temple et des lieux saints. Je veux profiter de l’opportunité qui m’est offerte pour vous le dire : ce sont des mensonges. Israël maintiendra le statu-quo sur le Mont du Temple », a déclaré Herzog.

Einav Shibli, agente pénitentiaire, lors d’un dîner d’Iftar organisé par le président Isaac Herzog à sa résidence officielle à Jérusalem, le 13 avril 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Einav Shibli, agente pénitentiaire originaire d’un village du nord d’Israël qui s’appelle lui aussi Shibli, était l’une des plusieurs représentants des forces de sécurité et de l’armée présents lors de ce dîner.

Elle a déclaré lors du repas que les tensions politiques actuelles étaient difficiles pour elle. « Nous avons vécu une période dure », a-t-elle dit.

Dimanche, le leader de la Liste arabe unie, l’alliance des partis à majorité arabe, Ayman Odeh, s’en est pris aux Arabes israéliens qui travaillent dans les forces de sécurité de l’État, provoquant une vive indignation. Un porte-parole d’Odeh a ultérieurement établi clairement que les propos tenus ne concernaient que les Arabes israéliens servant à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Shibli a qualifié de « terribles » les paroles d’Odeh.

« Ce n’est pas facile, là où je vis » d’être acceptée en tant qu’agente pénitentiaire, a-t-elle dit – elle habite dans un village arabe. Toutefois, a-t-elle ajouté, « mes voisins ont pris l’habitude de me voir en uniforme ».

Le président Isaac Herzog et son épouse Michal avec des joueurs de l’équipe israélienne de football lors d’un repas d’Iftar organisé à la résidence officielle du président à Jérusalem, le 13 avril 2022. (Crédit : Amos Ben-Gershom / GPO)

Amir Mazarib, président du conseil local de la ville de Zarzir, dans le nord d’Israël, a lui aussi souligné lors du diner les tensions actuelles dans le pays, mais en s’attardant sur l’extrémisme juif.

« Nous sommes fiers d’être des citoyens. C’est important de montrer au monde que nous aimons ce pays », a dit ce responsable municipal bédouin, qui a ajouté qu’il avait passé 24 ans à servir dans l’armée à des postes de combat et dans les services de renseignement.

« Mais l’État est comme un père et un père doit s’occuper de tous ses enfants », a-t-il ajouté. « Il y a des problèmes de terres, et le pays doit les résoudre. On ne peut pas laisser les gens vivre dans un taudis, sans eau et électricité. Oui, certains parmi nous éprouvent de l’amertume. »

Depuis longtemps les Bédouins, en Israël, disent souffrir de négligences et de mauvais traitement de la part du gouvernement, et ils se sont battus pour que certaines de leurs communautés, qui manquent parfois des commodités les plus basiques, soient reconnues. Le parti Raam d’Abbas tire son soutien des communautés bédouines du sud de l’État juif.

« Abbas s’efforce de faire des choses mais il y a aussi des gens, du côté des Juifs, qui ruinent tous les efforts qui sont par ailleurs livrés », a noté Mazarib, pointant du doigt spécifiquement le député Itamar Ben-Gvir, du Parti sioniste religieux, une personnalité très controversée.

Ben Gvir a exprimé des positionnements extrêmes au sujet des Arabes israéliens et des Palestiniens et, entre autres provocations incendiaires, il lui est arrivé de causer des tensions dans le quartier de Sheikh-Jarrah, à Jérusalem-Est.

« Ben Gvir entraîne plus de destructions en Israël que ne le font les Arabes », a dit Mazarib.

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