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HIAS se prépare à une éventuelle crise humanitaire en Ukraine

L'agence juive américaine d'aide aux réfugiés se prépare à aider des millions de réfugiés fuyant une invasion russe et appelle les dirigeants européens à se préparer

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Un homme se tient dans le cratère d'un obus d'artillerie dans l'est de l'Ukraine, le 17 février 2022. (AP Photo/Vadim Ghirda)
Un homme se tient dans le cratère d'un obus d'artillerie dans l'est de l'Ukraine, le 17 février 2022. (AP Photo/Vadim Ghirda)

HIAS, agence juive américaine d’aide aux réfugiés, et son partenaire ukrainien se préparent à une éventuelle crise humanitaire si les troupes russes envahissaient l’Europe de l’Est.

Une incursion ou une occupation russe pourrait entraîner un déplacement massif de millions de civils, qui auront besoin d’aide et de soutien après avoir fui les combats en Ukraine et dans les pays voisins.

HIAS et son homologue ukrainien, Right to Protection, ont préparé des plans et de l’aide pour une guerre potentielle, en mettant à profit plus de deux décennies d’expérience dans le pays.

« Nous sommes bien sûr extrêmement préoccupés par le fait que tout conflit qui s’intensifierait entraînerait le déplacement de centaines de milliers, voire de millions de personnes », a déclaré Rachel Levitan, vice-présidente de la politique et des relations internationales de HIAS.

Selon les estimations américaines, une invasion russe pourrait tuer jusqu’à 50 000 civils et provoquer un afflux de réfugiés de 1 à 5 millions de personnes.

Jeudi, les alliés de l’OTAN ont rejeté les affirmations russes -selon lesquelles le pays retirait ses troupes en exercice – qui avaient alimenté les craintes d’une attaque, ravivant la peur d’une guerre imminente. La Russie a massé 150 000 soldats russes à la frontière ukrainienne.

Les inquiétudes se sont intensifiées en Occident au sujet de ces troupes russes – dont les forces terrestres s’élèvent à environ 60 %. Le Kremlin insiste sur le fait qu’il n’a pas l’intention d’envahir l’Ukraine, mais il a longtemps considéré ce pays comme faisant partie de sa sphère d’influence et vu l’expansion de l’OTAN vers l’est comme une menace existentielle.

HIAS travaille en Ukraine depuis 2001, se concentrant d’abord sur l’aide aux Juifs du pays. Après que la plupart des Juifs ukrainiens qui voulaient partir se soient installés aux États-Unis ou en Israël, HIAS a commencé à travailler avec le petit nombre de demandeurs d’asile venus d’ailleurs qui s’étaient installés en Ukraine.

Sa branche en Ukraine, Right to Protection, s’est séparée pour devenir une organisation indépendante en 2013. Les deux groupes coopèrent toujours étroitement et partagent leurs ressources.

Des chars de l’armée russe sont chargés sur des plates-formes ferroviaires pour retourner à leur base permanente après des exercices en Russie, le 16 février 2022. (Crédit : Service de presse du ministère russe de la Défense via AP)

Pendant les combats dans l’est de l’Ukraine en 2014, HIAS et Right to Protection ont utilisé leur savoir-faire avec les réfugiés pour aider les Ukrainiens déplacés à l’intérieur du pays, principalement en offrant une assistance juridique et une aide humanitaire. Quelque 14 000 personnes ont été tuées dans les combats avec les séparatistes soutenus par la Russie, qui couvaient depuis près de huit ans.

Les combats ont déplacé de force plus de deux millions d’Ukrainiens et trois millions ont eu besoin d’aide humanitaire en raison du conflit, selon les Nations unies.

L’année dernière, l’ONU a déclaré que 734 000 personnes auraient été déplacées à l’intérieur de l’Ukraine. Il y a également environ 36 000 apatrides et près de 5 000 réfugiés et demandeurs d’asile en Ukraine.

Même sans attaque, la pression soutenue de la Russie sur l’Ukraine a porté atteinte à son économie chancelante et laissé une nation entière sous pression constante.

Right to Protection dispose de 10 bureaux à travers le pays et emploie 160 personnes, dont environ la moitié qui se trouve à la frontière orientale. Les services qu’ils fournissent comprennent l’aide aux personnes pour accéder aux prestations gouvernementales, la sécurisation des services de première nécessité dans les endroits qui ont été touchés par le conflit et la fourniture d’un soutien pour leur santé mentale.

« Nous travaillons en partenariat avec Right to Protection pour nous assurer qu’ils sont positionnés de manière à ce qu’en cas d’escalade de la violence entraînant un déplacement, ils soient en mesure de réagir. Un certain nombre de scénarios différents sont prévus », a déclaré Levitan.

Les forces russes sont stationnées sur plusieurs frontières de l’Ukraine, ce qui signifie qu’une invasion peut provenir de plusieurs directions, de sorte que l’organisation est incapable de diriger ses ressources vers une zone spécifique en préparation.

Un garde-frontière ukrainien patrouille à la frontière avec la Russie dans la région de Kharkiv en Ukraine, le 2 février 2022. (Crédit : AP Photo/Evgeniy Maloletka)

« Si la violence arrivait à Kiev, qui compte plus de 3 millions d’habitants, on pourrait voir des gens se déplacer vers l’ouest et potentiellement traverser par la Pologne ou ailleurs », a déclaré Levitan. « Cela dépendra vraiment si, puis comment, tout type de conflit se manifeste pour déterminer quelle serait la réponse adéquate. »

Les gens fuient généralement d’abord vers d’autres régions de leur pays en cas de conflit, puis traversent les frontières si cela devient une nécessité. Ceux qui le peuvent s’envoleront hors du pays, et d’autres emménageront avec des membres de leur famille dans d’autres régions. Tout dépend des ressources dont disposent les gens, des moyens disponibles et du niveau de  violence et la nature de la menace, a déclaré Levitan.

« Les personnes âgées, les personnes handicapées, les femmes seules et les enfants sont particulièrement vulnérables dans le contexte actuel », a déclaré HIAS. Les personnes âgées peuvent être coupées des prestations gouvernementales en Ukraine si elles déménagent dans une nouvelle région, elles emménagent donc souvent avec leur famille afin qu’ils puissent les soutenir.

En cas de crise, Right to Protection déploierait une aide humanitaire comprenant de l’argent, des vivres, des produits de première nécessité non alimentaires, une aide au transport, un suivi de la protection et des conseils juridiques.

Levitan a déclaré que la menace d’une guerre devrait être un appel à l’action pour les dirigeants européens, qui devraient réfléchir à la manière dont ils réagiraient face à un afflux de réfugiés en provenance d’Ukraine et à d’autres crises similaires.

« C’est l’un des nombreux exemples potentiels de conflits qui continueront de provoquer des déplacements vers l’Europe. C’est une situation à laquelle les États membres vont continuer à devoir faire face », a-t-elle déclaré.

HIAS a déclaré qu’il était prêt à s’associer à d’autres groupes juifs internationaux pour aider les Juifs d’Ukraine si nécessaire.

L’Ukraine partage des frontières avec certains États membres de l’Union européenne : la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne ; ainsi que la Russie, la Biélorussie et la Moldavie qui n’en sont eux, pas membres. L’Ukraine n’est pas membre de l’UE.

Des membres des Forces de défense territoriale de l’Ukraine, unités militaires volontaires des Forces armées, s’entraînent près de Kiev, en Ukraine, le 5 février 2022. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)

Certains voisins de l’Ukraine ont mis en garde d’une crise potentielle de réfugiés.

Le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban a déclaré qu’une invasion russe pourrait pousser des centaines de milliers d’Ukrainiens à fuir vers son pays.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a déclaré que son pays se préparait à un afflux de réfugiés.

« Nous devons nous préparer au pire », a-t-il déclaré.

Les autorités polonaises locales près de la frontière, y compris les maires des villes et le ministère de l’Intérieur, ont élaboré des plans et se sont préparés à accueillir des réfugiés. Les plans prévoient de loger les réfugiés dans des auberges, des dortoirs, des installations sportives et d’autres lieux.

La Roumanie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont également précisé qu’ils se préparaient à l’arrivée d’éventuels réfugiés ukrainiens.

Le ministre slovaque de la Défense, Jaroslav Nad, a déclaré que ceux qui fuyaient une guerre recevraient le statut de réfugié.

« Pour le continent européen, la situation actuelle est la plus dangereuse qu’il ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré Nad.

Les responsables européens s’attendent à ce que la Russie et ses alliés exploitent une crise de réfugiés à des fins politiques pour créer des divisions en Europe, ont déclaré des responsables américains à NBC.

Les responsables israéliens ont imploré à plusieurs reprises les Israéliens présents en Ukraine de quitter le pays et ont discuté de l’évacuation des Ukrainiens juifs non-israéliens.

La radio militaire a déclaré jeudi que 110 Juifs ukrainiens devraient arriver en Israël dimanche en tant que nouveaux immigrants, dont la moitié ont moins de 35 ans.

HIAS, fondée en 1881 sous le nom de Hebrew Immigrant Aid Society, a été créée aux États-Unis pour offrir des ressources et de l’aide aux vagues d’immigrants juifs nouvellement arrivés d’Europe de l’Est. Plus tard, elle a travaillé pour réinstaller les survivants de la Shoah et les réfugiés juifs soviétiques.

Dans les années qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique, HIAS a raccourci son nom en acronyme et s’est tourné vers la réinstallation de réfugiés non juifs et la mobilisation de la communauté juive américaine autour de la défense des immigrants et des réfugiés.

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