Hostilité à Israël et haine anti-juive sont liées au Royaume-Uni – étude
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Hostilité à Israël et haine anti-juive sont liées au Royaume-Uni – étude

De nouvelles études indiquent que le BDS attire peu les Britanniques ; ceux qui le soutiennent et voient en Israël un État d'apartheid approuveraient les clichés anti-juifs

Un arrêt de bus de Londres affublé d'une affiche “Israël est une entreprise raciste”, installée par un groupe pro-Palestiniens pour protester contre l'adoption par le Parti travailliste britannique de la définition de l'antisémitisme de l'IHRA, le 6 septembre 2018. (Crédit : Twitter)
Un arrêt de bus de Londres affublé d'une affiche “Israël est une entreprise raciste”, installée par un groupe pro-Palestiniens pour protester contre l'adoption par le Parti travailliste britannique de la définition de l'antisémitisme de l'IHRA, le 6 septembre 2018. (Crédit : Twitter)

LONDRES – L’hostilité envers Israël est étroitement liée à la haine anti-juive, selon une nouvelle étude sur les attitudes du public en Grande-Bretagne rendue publique fin janvier.

L’analyse de l’Institute for Jewish Policy Research, basé à Londres, montre qu’il existe un « lien statistique clair » entre le soutien au boycott d’Israël et le fait de croire qu’il s’agit d’un État d’apartheid et l’expression des tropes anti-juifs traditionnels.

« Cette recherche aide à identifier la relation étroite entre l’antisémitisme et les types extrêmes de militantisme et de rhétorique contre Israël », a déclaré Dave Rich, responsable des politiques au Community Security Trust, une organisation caritative qui combat l’antisémitisme au Royaume-Uni et a soutenu l’étude.

« Il est tout à fait possible de faire campagne pour les droits des Palestiniens et de s’opposer aux politiques israéliennes sans être antisémite, mais trop souvent, les personnes impliquées dans ces campagnes se montrent incapables de faire cette distinction », a-t-il expliqué.

La recherche indique également une forte opposition au mouvement BDS au Royaume-Uni, la proportion de personnes soutenant un boycott des biens et produits israéliens étant d’environ cinq contre un.

Des manifestants brandissent des pancartes alors qu’ils protestent devant le siège du Parti travailliste de l’opposition britannique au centre de Londres le 4 septembre 2018 (AFP PHOTO / Daniel LEAL-OLIVAS)

L’idée – communément avancée par les militants pro-palestiniens au Royaume-Uni – qu’Israël est un État d’apartheid bénéficie d’un soutien accru.

Le sentiment anti-israélien est plus répandu parmi les partisans des partis de gauche, ceux qui s’identifient comme musulmans et les Britanniques d’origine asiatique. Les jeunes sont également plus susceptibles de soutenir les appels au boycott que les personnes de plus de 50 ans.

L’étude est basée sur une nouvelle analyse d’un échantillon national représentatif de 4 005 adultes britanniques réalisée par la société de recherche Ipsos MORI entre octobre 2016 et février 2017.

Intitulée « L’affirmation d’apartheid et les appels au boycott : examen de l’hostilité envers Israël en Grande-Bretagne », elle se penche sur la question controversée du moment : quand la critique légitime d’Israël devient-elle ostensiblement antisémite ?

L’étude a établi une échelle de sentiment anti-juif en demandant aux sondés s’ils étaient d’accord ou non avec une série de tropes anti-juifs, dont aucun ne concernait Israël mais dont tous sont généralement considérés comme antisémites par les Juifs.

Des militants à l’extérieur d’une réunion du Comité exécutif national du Parti travailliste à Londres, le mardi 4 septembre 2018. (Stefan Rousseau/PA via AP)

Ceux-ci comprenaient : « Les Juifs se croient meilleurs que les autres peuples » ; « Les Juifs s’enrichissent aux dépens des autres » ; « Les Juifs exploitent la Shoah à leurs propres fins » ; « Les Juifs ont trop de pouvoir en Grande-Bretagne de nos jours ». Plus une personne était d’accord avec des points négatifs, plus elle était considérée comme anti-juive.

L’enquête a ensuite tenté d’étudier la relation entre le sentiment anti-juif et la croyance qu’Israël devrait être boycotté et est un État d’apartheid – deux des revendications centrales et corrélatives des critiques du pays au Royaume-Uni.

De telles attaques contre Israël sont perçues très négativement par les Juifs britanniques. Une enquête réalisée en 2012 avait révélé que les deux tiers de la communauté estiment qu’une personne non juive préconisant un boycott d’Israël est « probablement » ou « indéniablement » antisémite.

« Il existe un lien entre le consensus du peuple britannique sur chacune des deux affirmations clés et sa prédisposition aux sentiments anti-juifs – à mesure qu’une échelle augmente, l’autre aussi », écrivent les auteurs, Jonathan Boyd, directeur exécutif de l’Institute for Jewish Policy Research, et David Graham, son chercheur en chef.

« Plus le niveau de sentiment anti-juif est élevé, plus la probabilité d’un consensus sur les deux thèses concernant Israël est grande », poursuivent-ils.

Manifestation organisée par le groupe britannique Campaign Against Anti-Semitism devant le siège du parti d’opposition du Labour à Londres, le 8 avril 2018. (AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

La corrélation entre le sentiment anti-juif et le soutien au BDS est plus forte que la croyance qu’Israël est un Etat d’apartheid et le sectarisme contre les Juifs, bien que cette dernière corrélation soit « clairement évidente ».

Une série d’autres déclarations négatives au sujet d’Israël ont montré un lien encore plus fort avec le sentiment anti-juif. Il s’agit notamment de la croyance selon laquelle « Israël exploite la Shoah à ses propres fins », « Israël est la cause de tous les troubles au Moyen-Orient », « les intérêts des Israéliens sont en contradiction avec ceux du reste du monde » et « Israël a trop de pouvoir sur les affaires mondiales ».

Les auteurs mettent en garde contre le fait que soutenir un boycott d’Israël et le qualifier d’Etat d’apartheid ne doit pas être considéré comme anti-juif « en toutes circonstances ».  Les 16 % de ceux qui sont d’accord avec la déclaration sur l’apartheid, par exemple, n’ont aucun sentiment anti-juif.

Néanmoins, il est, écrivent-ils, « scientifiquement raisonnable de conclure que lorsque de telles affirmations sont faites au sujet d’Israël par des non-juifs, il y a une probabilité relativement élevée qu’elles soient faites par quelqu’un qui est également prédisposé aux sentiments anti-juifs, indiquant ainsi un sentiment, un motif ou une intention antisémites ».

« Les gens qui ont des opinions anti-juives traditionnelles – comme celles qui ont trait à l’argent, à la double allégeance ou aux abus de pouvoir – sont plus susceptibles que ceux qui n’ont pas de telles opinions de soutenir aussi ces deux idées sur Israël. La corrélation est nettement plus nette et plus forte avec l’argument du boycott que celui de l’apartheid, mais on peut clairement la discerner dans les deux », affirme Boyd.

Un policier observe un groupe de manifestants près de l’ambassade d’Israël protestant contre l’action menée contre Gaza, à Londres, le vendredi 11 juillet 2014. (AP/Alastair Grant)

Boyd met en garde contre le fait que ce ne sont pas tous ceux qui appuient les idées marquées d’un drapeau rouge qui sont nécessairement antisémites.

« En fait, les données indiquent également que certaines personnes qui ont ces opinions sur Israël ne manifestent aucune hostilité particulière à l’égard des Juifs. Mais cela indique que le peuple juif, dont la majorité est largement favorable à Israël, a raison d’être prudent à cet égard », dit Boyd. « Des données récemment publiées par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne montrent que la plupart des Juifs considèrent ces revendications comme antisémites, et cette analyse indique qu’ils ont souvent raison sur ce point ».

Le Dr Jonathan Boyd, directeur de l’Institute for Jewish Policy Research (JPR) de Grande-Bretagne. (Autorisation)

Parmi les Britanniques, 9 % pensent que les biens et produits israéliens devraient être boycottés alors qu’ils sont 46 % à être en désaccord. Les 45 % restants sont partagés entre ceux qui ne savent pas et ceux qui ont dit qu’ils n’étaient ni d’accord ni en désaccord.

La question de savoir si l’État juif ressemble à l’Afrique du Sud de l’apartheid était tout aussi polarisante : 21 % des personnes interrogées étaient « tout à fait d’accord » ou « tendaient » à être d’accord, bien que la proportion de celles qui étaient « tout à fait d’accord » ou « tendaient » à être en désaccord était semblable à 19 %. Pour le reste, 37 % ont dit qu’ils ne savaient pas et 22 % se sont dits ni d’accord ni en désaccord.

L’étude constate que les attitudes à l’égard d’Israël sont « fortement associées » à l’orientation politique des Britanniques. Seuls les partisans du parti conservateur au pouvoir sont plus susceptibles d’être en désaccord qu’en accord avec l’idée qu’Israël est un État d’apartheid. Ils s’opposent aussi fermement au boycott de l’Etat juif, 60 % étant contre et seulement 6 % en faveur.

En revanche, 27 % des militants du Parti travailliste, 30 % de ceux qui soutiennent le parti centriste des Libéraux-démocrates et 31 % des Verts ont soutenu la déclaration sur l’apartheid, tout comme près de 40 % de ceux qui ont voté pour les partis nationalistes écossais et gallois.

Cependant, le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, détracteur inconditionnel d’Israël, ne semble pas avoir le soutien des partisans de son parti si, comme beaucoup le soupçonnent, il a l’intention de porter le parti vers un soutien du BDS. Seuls 16 % des électeurs travaillistes soutiennent le boycott d’Israël, contre 40 % y étant opposés.

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