Igor Levit répond à la hausse de l’antisémitisme
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Igor Levit répond à la hausse de l’antisémitisme

Militant antiraciste engagé contre l’extrême-droite, le pianiste allemand a régulièrement été visé par des insultes antisémites et a même dû se produire sous protection policière

Le pianiste allemand Igor Levit. (Crédit : A.Savin / CC BY-SA 3.0)
Le pianiste allemand Igor Levit. (Crédit : A.Savin / CC BY-SA 3.0)

Igor Levit est un pianiste allemand de renom qui a remporté plusieurs prix internationaux.

Le 29 décembre dernier, le musicien a publié une longue tribune dans le quotidien berlinois Der Tagespiegel. Intitulée « Ai-je peur ? Oui, mais pas pour moi », elle a été traduite en français par le critique musical Guy Cherqui sur son blog.

Son texte faisait suite à la hausse de l’antisémitisme en Europe, mais aussi à sa situation personnelle. Militant antiraciste engagé contre l’extrême-droite en Allemagne, il a régulièrement été visé par des insultes à caractère antisémite. Mi-novembre, il avait été contraint de se produire sous protection policière suite à des menaces.

Dans sa tribune, il rappelle ainsi que « la haine populiste » se banalise, notamment sur les réseaux sociaux. Et que, si la musique « n’est pas un substitut de la politique », l’artiste doit prendre position.

Le musicien rapporte – et déplore – également la position qui peut être accolée automatiquement aux Juifs de la diaspora vis-à-vis de l’Etat d’Israël.

« L’autre jour, un journaliste m’a demandé dans une interview si Israël était mon pays, parce que j’étais Juif, écrit-il. La question n’était probablement qu’irréfléchie et superficielle. Mais ça m’a atteint comme un coup sur le moment. J’ai réagi, parce que ça m’a frappé : ‘Tu es différent. Tu n’es pas l’un des nôtres. Toi et nous – il y a quelque chose entre les deux. D’une certaine façon, tu n’appartiens pas exactement à notre communauté’ ».

Il rappelle que la violence verbale qui se répand dans les médias peut être tout aussi dangereuse que la violence physique – car la première engendre la seconde.

« Certains ne font mal qu’avec des mots. Mais supprimez le ‘ne…qu’….’, ajoute-t-il. Les propos violents sont un crime. Ils existent dans l’anonymat de l’Internet, mais ils siègent également au Bundestag allemand et dans les parlements des Länder. Ils ont du temps d’antenne à la télévision et de l’espace dans les journaux – il n’est pas rare que les bavures soient d’autant plus violentes. Les gens sont harcelés avec des mots et on leur tire dessus. »

« Le poison des campagnes de dénigrement se répand lentement et insidieusement », ajoute-t-il.

« L’antisémitisme, le racisme, l’anti-féminisme – le mépris de l’humanité : ils ont tous leur place dans notre pays – malheureusement !, regrette-t-il. C’est un fait. Ils l’ont toujours eu. Et aujourd’hui, ils prennent de plus en plus de place. Nous devons juste commencer à parler de la façon dont nous y répondons. Nous devons grandir politiquement et socialement. »

L’Allemagne a enregistré une hausse des actes antisémites en 2018 qui ont atteint un sommet depuis une décennie.

Le gouvernement allemand a relevé en 2018 être confronté à deux formes d’antisémitisme, celui lié à l’extrême droite, mais aussi celui attribué à l’afflux de centaines milliers de migrants du monde arabo-musulman en 2015-2016.

Plusieurs affaires ont choqué le pays en 2018, en particulier l’agression en avril à Berlin d’un Arabe israélien portant une kippa. L’agresseur était un jeune Syrien de 19 ans récemment arrivé et qui a été condamné à un mois de prison ferme. L’agression, filmée, a eu un retentissement énorme.

Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a fait une entrée historique au Parlement fin 2017, a lui été au centre de nombreuses polémiques antisémites ou liées à des propos controversés sur le nazisme.

Cette montée de l’antisémitisme intervient alors que d’autres pays européens sont confrontés à un phénomène similaire, en particulier la France, où une hausse de 74 % des actes antisémites a été constatée entre 2017 et 2018.

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