Il était « naïf » de penser que Lorde pouvait résister au BDS, selon le promoteur
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Il était « naïf » de penser que Lorde pouvait résister au BDS, selon le promoteur

La société de production Naranjah demande pardon aux fans et dit ne pas être en colère contre la star de la pop suite à l'annulation de son concert

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La chanteuse Lorde au festival Lollapalooza, en Grande Bretagne en 2014. (Crédit : CC BY Liliane Callegari/Flickr)
La chanteuse Lorde au festival Lollapalooza, en Grande Bretagne en 2014. (Crédit : CC BY Liliane Callegari/Flickr)

Le promoteur israélien responsable du concert – dorénavant annulé – de la chanteuse pop Lorde à Tel Aviv a indiqué qu’il était « naïf » de penser que la star originaire de Nouvelle-Zélande pourrait résister aux pressions exercées par les militants du boycott anti-israélien et a présenté ses excuses aux fans.

« La vérité, c’est qu’il était naïf de penser qu’une artiste de son âge parviendrait à résister aux pressions impliquées par sa venue en Israël et j’en assume toute la responsabilité », a écrit mardi dans la matinée Eran Arielli, cofondateur de la société de production Naranjah, sur Facebook.

Arielli a cherché à « présenter des excuses » pour la controverse.

« Lorde ne mérite pas ces horreurs qui ont été dites dans la semaine depuis cette annonce, et la dernière chose dont elle a besoin, dans cette campagne qui marque son retour sur scène, c’est de ces groupes de mondialistes et d’antisémites qui s’en sont pris à elle. Je n’ai aucune plainte à formuler de mon côté la concernant, et je dirais même plus : Ce que je pense d’elle n’a pas été entamé ne serait-ce que d’un millimètre », a-t-il ajouté dans son post.

L’annulation de Lorde n’est pas la première pour la société de production, a écrit Arielli, et ce ne sera pas la dernière.

Le groupe de promotion Naranjah a pour spécialité de faire venir des groupes indie ou de rock indépendants en Israël et a organisé avec succès des concerts locaux pour Radiohead, Tame Impala, Brian Wilson, alt-J et d’autres.

La jeune chanteuse de 21 ans a officiellement annoncé dimanche qu’elle annulait son concert prévu à Tel Aviv le 5 juin et que les fans israéliens qui avaient acheté des billets seraient remboursés.

Cette initiative a été largement critiquée en Israël et par les organisations juives.

La ministre de la Culture Miri Regev a vivement recommandé à Lorde de réviser sa décision, l’appelant à « ignorer les considérations politiques étrangères, et en particulier les considérations trompeuses ».

Mardi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanual Nahshon a fait savoir que Lorde a été invitée à une « réunion amicale » avec l’ambassadeur israélien en Nouvelle-Zélande pour débattre de sa décision.

Sur Twitter, le directeur de l’ONG United Nations Watch, Hillel Neuer, a interpellé Lorde qui, selon lui, a annulé ses concerts en Israël mais pas dans la « dictature parfaite » qu’est la Russie.

Jonathan Greenblatt, chef de l’ADL (Anti-Defamation League), a écrit au début de la semaine sur Twitter qu’il était « déçu » de l’annulation du concert de Lorde, qui « manque une opportunité de partager ses points de vue avec un public israélien et de créer un impact ».

Hors d’Israël, un groupe d’artistes et de cadres de l’industrie du divertissement – qui font partie du groupe Creative Community for Peace — a écrit qu’il était « profondément désappointé » et que « les artistes ne doivent jamais être redevables des points de vue politiques d’une petite minorité qui parle fort ».

L’actrice Roseanne Barr a qualifié Lorde « d’intolérante » sur Twitter.

Cette annulation est survenue plusieurs jours après que Lorde a indiqué qu’elle réfléchissait à ne pas donner de concert en raison d’une campagne menée par deux militantes pro-palestiniennes dans sa Nouvelle-Zélande natale.

Eran Arielli, l’un des cofondateurs de Naranjah, la société de production ayant signé avec la chanteuse Lorde qui a annulé son concert en raison des pressions de BDS (Crédit : Page Facebook d’Eran Arielli)

A ce moment-là, Naranjah, le promoteur, avait publié un message de Lorde dans lequel elle disait avoir « beaucoup lu et recherché de nombreux avis » avant de réserver le concert, mais qu’elle « n’était pas fière d’admettre » qu’elle « n’avait pas pris la bonne décision sur celui-là ».

« J’ai reçu un nombre écrasant de messages et de lettres et j’ai eu de nombreuses discussions avec des gens aux points de vue très différents et je pense que la bonne décision aujourd’hui est d’annuler le concert », avait-elle dit.

Les lettres auxquelles Lorde se référait peuvent avoir été extrêmement violentes et menaçantes, explique Adam Shay, expert en boycott culturel au JCPA, le Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques, qui travaille étroitement avec les promoteurs dans ces situations d’annulations dues à BDS.

« Nous ne voyons pas les 500 lettres qui ont été envoyées à Lorde, à son promoteur, son manager, aux membres de son groupe, à sa mère », ajoute Shay. « Sur la base d’expériences passées, ces courriers contiennent souvent des menaces de mort ».

Lorde avait reçu une lettre des Néo-zélandaises Nadia Abu-Shanab et Justine Sachs — qui sont respectivement palestinienne et juive – et qui ont aussi écrit une lettre ouverte jeudi sur le site Internet The Spinoff, disant que le concert de Lorde prévu en Israël « envoie le mauvais message ».

« Jouer à Tel Aviv sera considéré comme offrant un soutien aux politiques du gouvernement israélien même si vous ne faites aucun commentaire sur la situation politiques », ont-elles écrit.

En réponse, la chanteuse a indiqué sur Tweeter qu’elle « réfléchissait à toutes les options » dorénavant.

Adam Shay, expert du boycott culturel (Autorisation : Adam Shay)

« J’ai vu des douzaines de missives similaires », explique Shay. « Une jeune fille de 21 ans de Nouvelle-Zélande ne connaît pas nécessairement beaucoup de choses sur Israël, elle appréhende les choses différemment. Elle va aller sur Google et écrire ‘Israël, apartheid’. C’est facile d’en arriver à cette décision si on ne connaît pas les faits ».

Il a fait la liaison entre le style musical de la chanteuse et la décision politique.

« Différents genres musicaux ont différentes idéologies politiques sous-jacentes », poursuit Shay. « C’est plus facile au bout du compte d’influencer un artiste indie parce qu’on attend d’eux qu’ils aient un élément de conscience sociale, ce qui les rend plus susceptibles d’être influencés par le côté belliqueux de BDS ».

D’autres genres musicaux peuvent totalement « ignorer » la notion de boycott, dit Shay, évoquant les groupes de heavy metal – qui évitent les interventions de toutes sortes, les considérant comme des « capitulations » – ou des musiciens plus âgés ou plus établis qui ont déjà leur propre histoire avec Israël et sont en mesure de faire des choix pour eux-mêmes.

Le rockeur australien Nick Cave devant les journalistes israéliens durant une conférence de presse à Tel Aviv, le 11 novembre 2017, durant laquelle il avait indiqué faire un concert en Israël pour se positionner contre BDS (Capture d’écran : Israel Hayom)

« A chaque fois que je traite avec des producteurs, je leur dis toujours en face de faire savoir à l’artiste dans quoi il rentre et à quoi s’attendre », dit-il.

« Lorde est plus jeune et elle n’est pas aussi établie que d’autres qui sont venus en Israël, ce qui signifie qu’elle est aussi plus facile à influencer. Et nous ne devrions pas faire porter tout le poids de BDS sur les épaules fragiles d’une jeune femme de 21 ans originaire de Nouvelle-Zélande ».

C’est au gouvernement de reconnaître le problème stratégique qui se pose ici, ajoute Shay, et d’offrir aux promoteurs locaux l’option d’assurer leurs événements.

« Pour commencer, nous ne savons même pas qui ne réfléchit pas seulement à donner un concert en Israël », affirme Shay. « Se produire en Israël est dorénavant une décision politique – et c’est là la réussite du BDS ».

L’annulation de Lorde « regrettable », selon l’envoyé israélien en Nouvelle-Zélande

L’ambassadeur israélien en Nouvelle-Zélande a écrit mercredi une lettre ouverte à la star de la pop Lorde, lui disant qu’au lieu d’annuler son concert à Tel Aviv, elle aurait pu aider à propager un message positif.

Itzhak Gerberg avait initialement lancé une invitation via Twitter à la jeune chanteuse de 21 ans pour qu’elle le rencontre suite à sa décision de céder aux pressions exercées par les militants du boycott anti-israélien.

Plus tard, il s’est tourné vers Facebook pour s’adresser directement à Lorde, lui disant qu’il était « regrettable » qu’elle ait annulé son concert et déçu ses fans israéliens.

« La musique est un langage merveilleux de tolérance et d’amitié qui réunit les peuples », a-t-il écrit. « Votre concert en Israël aurait pu répandre le message que les solutions proviennent d’un engagement constructif qui mène au compromis et à la coopération. La musique doit unir et non diviser et votre concert en Israël aurait pu contribuer à l’esprit d’espoir et de paix au Moyen-Orient ».

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