Ilhan Omar assure qu’elle comptait bien rencontrer des officiels israéliens
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Ilhan Omar assure qu’elle comptait bien rencontrer des officiels israéliens

La députée reproche à Israël de ne pas se comporter comme un allié ou une démocratie et appelle notamment à conditionner les aides américaines à l'arrêt des implantations

La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota à Washington, le 30 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)
La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota à Washington, le 30 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

L’élue du Congrès américain Ilhan Omar a démenti vendredi les déclarations de dirigeants israéliens selon lesquelles elle n’avait pas prévu de rencontrer d’officiels israéliens lors de sa visite, interdite entre-temps, d’Israël et de la Cisjordanie avec sa consœur Rashida Tlaib, assurant qu’elle comptait discuter avec des membres de la Knesset et des responsables de la sécurité.

Ilhan Omar avait prévu de rencontrer des députés, notamment l’élue arabe Aida Touma-Sliman, et des officiels de la sécurité israélienne en raison de son rôle au sein de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, a indiqué un de ses adjoints au Times of Israel. Ni elle ni lui n’ont pu préciser s’il en était autant pour Rashida Tlaib.

Son adjoint a fait savoir qu’Ilhan Omar et son équipe devaient arriver en Israël avant Tlaib, à savoir samedi. Il assure qu’elle avait prévu de rencontrer des responsables israéliens, sans sa consœur, samedi soir et dimanche matin.

Après qu’Israël a annoncé qu’il refuserait l’entrée aux deux élues, Ilhan Omar a déclaré vendredi qu’il fallait remettre en cause les aides américaines versées à l’État juif en raison de ses actions qui, selon elle, ne sont « pas dignes d’un allié ou d’une démocratie ».

Aida Touma-Suleiman, de la Liste arabe unie (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Israël a annoncé jeudi qu’elle avait interdit aux deux premières musulmanes élues au Congrès de se rendre en Israël, après les y avoir initialement autorisées.

La Douzième chaîne israélienne a rapporté vendredi, citant des officiels de Jérusalem, que la décision initiale annoncée le mois dernier par l’ambassadeur israélien Ron Dermer avait été prise sans que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’ait été consulté. Celui-ci se serait fié aux précédents, puisque l’État juif n’avait auparavant jamais interdit à un parlementaire américain de se rendre en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis Ron Dermer, à la maison d’hôtes du président, à Washington, DC, le 14 février 2017. (Avi Ohayon/GPO)

Netanyahu, justifiant la décision sans précédent, a jugé qu’il était évident qu’elles se serviraient de leur visite dans le pays pour nuire à Israël. « Il y a plusieurs jours, nous avons reçu l’itinéraire de voyage [d’Omar et Tlaib], » a-t-il indiqué dans un communiqué, « lequel rendait clair qu’elle avait prévu leur visite dans le seul but de défendre les boycotts et nier la légitimité d’Israël. Elles ont, par exemple, appelé leur destination ‘Palestine’ et pas ‘Israël’, et contrairement à tous les membres républicains et démocrates du Congrès avant elles, n’ont pas souhaité rencontrer d’officiels israéliens, que ce soit du gouvernement ou de l’opposition ».

Dans un long message publié sur Twitter vendredi, Ilhan Omar avait démenti ces allégations concernant ses intentions. Elle y a également fait la liste des nombreuses violations présumées des droits humains des Palestiniens sur lesquelles elle avait l’intention d’enquêter.

« J’avais prévu de rencontrer des membres (juifs et arabes) de la Knesset, ainsi que des officiels de la sécurité israéliens », a-t-elle ainsi écrit. « Les allégations du @IsraeliPM [Premier ministre israélien] sont fausses. Notre délégation devait également se rendre [à l’ambassade américaine] ».

Aucun officiel, agence gouvernementale ou parti politique israéliens n’étaient mentionnés dans l’itinéraire de voyage publié en ligne jeudi par des journalistes, lequel indiquait également qu’il devait débuter dimanche après-midi.

Omar a fait savoir que l’objectif du déplacement était « d’être témoin de ce qu’il se passe sur le terrain en Palestine et d’entendre ce que les intéressés avaient à dire — notre mission en tant que membres du Congrès. Mais puisque nous n’avons pas pu exercer notre rôle de parlementaire, je partage ce que nous comptions voir ».

Elle a poursuivi en évoquant la destruction au bulldozer de communautés bédouines « pour construire des colonies en terre palestinienne » ; les effets de l’interruption des aides humanitaires sous l’administration Trump ; la crise humanitaire dans la bande de Gaza ; Hébron — où « l’expansion des colonies a créé une ville à deux vitesses, avec les Palestiniens sous occupation militaire contraints de marcher sur le trottoir opposé aux Israéliens » ; Bethléem, où en raison de la barrière de sécurité israélienne, « seuls 13 % de Bethléem sont désormais accessibles aux Palestiniens ».

Omar a également précisé que des parlementaires aux itinéraires similaires ne s’étaient pas vus refuser l’entrée dans le pays auparavant.

Et d’ajouter : « Comme nombre de mes collègues l’ont dit au cours des dernières 24 heures, nous versons plus de 3 milliards de dollars d’aide à Israël chaque année. Cela repose sur le fait qu’il s’agit d’un allié important dans la région, et la ‘seule démocratie’ du Moyen-Orient ».

« Refuser la visite de membres du Congrès élus de façon légitime n’est pas conforme au fait d’être un allié ou une démocratie. Nous devrions conditionner cette aide à l’arrêt des colonies et à l’octroi de droits entiers aux Palestiniens ».

Plus tôt dans la journée, Tlaib a expliqué qu’elle ne se rendrait pas en Cisjordanie après qu’Israël a indiqué qu’elle approuverait sa demande de visiter sa famille, pour des raisons humanitaires.

Capture d’écran d’une vidéo de l’élue Rashida Tlaib, du Michigan, s’adressant à la Chambre des représentants lors d’un débat sur une résolution rejetant le boycott d’Israël, le 23 juillet 2019. (YouTube)

Tlaib avait ainsi fait savoir sur Twitter qu’elle avait décidé de ne pas « céder aux politiques tyranniques et racistes… J’ai décidé que rendre visite à ma grand-mère dans ces conditions contraignantes allait à l’encontre de tout ce en quoi je crois ».

Rashida Tlaib avait ensuite écrit une lettre pour demander à pouvoir s’y rendre, invoquant sa grand-mère âgée, et promis de ne pas faire la promotion du boycott d’Israël lors de sa visite. Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri lui avait donné son aval, tandis qu’un cadre de la diplomatie non identifié s’était vanté qu’elle ait « été contrainte de se soumettre aux conditions israéliennes ». L’élue avait été fortement critiquée par des organisations palestiniennes pour avoir initialement accepté ces pré-requis.

Aryeh Deri a réagi : « Apparemment [sa demande] était une provocation visant à donner une mauvaise image d’Israël. Sa haine d’Israël est plus grande que son amour pour sa grand-mère ».

Plus tard vendredi, l’intéressé a tweeté une citation du militant sud-africain anti-apartheid — et sévère critique d’Israël — Desmond Tutu : « ‘Cela ne m’intéresse pas de ramasser les miettes de la compassion jetées par terre par quelqu’un qui se considère comme mon maître. Je veux le menu entier de droits ».

Israël avait annoncé en juillet qu’il autoriserait Omar et Tlaib à se rendre en Israël, malgré une loi adoptée en 2017 interdisant aux ressortissants étrangers qui ont publiquement appelé au boycott de l’Etat juif ou ont travaillé pour une organisation qui défend ces mesures d’entrer en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu quitte la Chambre des représentants le 3 mars 2015, après y avoir prononcé un discours dénonçant l’accord sur le nucléaire iranien. (Crédit : AP/Andrew Harnik)

D’après des médias en hébreu, Netanyahu aurait fait l’objet de fortes pressions de la part de Donald Trump pour empêcher les deux députées de venir en Israël. L’annonce de la décision les concernant était survenue peu après un tweet du président américain appelant l’État juif à ne pas faire preuve de « faiblesse » en les autorisant à venir.

L’interdiction israélienne a été critiquée par des députés du centre, de la gauche et arabo-israéliens, ainsi que par de nombreux cadres démocrates américains, et particulièrement par Steny Hoyer, leader de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, tout juste rentré d’une visite d’Israël avec une délégation de 41 parlementaires américains.

L’AIPAC a également dénoncé la décision israélienne, de même que la Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations, et ce même après l’appel organisé avec l’ambassadeur israélien pour obtenir des explications.

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