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Incohérences et mensonges au procès du meurtre de Mireille Knoll

Les deux accusés, aux casiers judiciaires déjà bien remplis, se renvoient la responsabilité du meurtre. Et leurs versions, parfois décousues, ont varié à de multiples reprises

Un croquis du tribunal réalisé le 26 octobre 2021, montre le début du procès contre Yacine Mihoub (g), 31 ans, et Alex Carrimbacus, 25 ans, accusés du meurtre antisémite de Mireille Knoll, une vieille dame juive tuée à son domicile en 2018, à la cour des Assises, à Paris.(Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP)
Un croquis du tribunal réalisé le 26 octobre 2021, montre le début du procès contre Yacine Mihoub (g), 31 ans, et Alex Carrimbacus, 25 ans, accusés du meurtre antisémite de Mireille Knoll, une vieille dame juive tuée à son domicile en 2018, à la cour des Assises, à Paris.(Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP)

Une épaisseur supplémentaire d’incohérences et de mensonges s’est ajoutée mardi, au procès Mireille Knoll, lors de l’audition du frère de l’un des accusés du meurtre de la vieille dame juive de 85 ans, tuée à coups de couteau et partiellement carbonisée à Paris en mars 2018.

Pendant plus de trois heures, les questions du président de la cour et des avocats ont confronté Mohamed Mihoub aux incohérences de ses déclarations.

Son frère Yacine Mihoub, 32 ans, est accusé avec Alex Carrimbacus, 25 ans, du meurtre de Mireille Knoll, avec les circonstances aggravantes du fait de la vulnérabilité de la victime, malade de Parkinson, et de son appartenance à la communauté juive.

Les deux accusés, aux casiers judiciaires déjà bien remplis, se renvoient la responsabilité du meurtre. Et leurs versions, parfois décousues, ont varié à de multiples reprises.

L’audition comme témoin du frère de Yacine Mihoub n’a pas permis d’y voir plus clair.

De détails capitaux, comme les confidences de Yacine à son frère, jusqu’à ceux incongrus comme cette crêpe au poulet soi-disant achetée la nuit après le meurtre, des zones d’ombre planent sur les déclarations de Mohamed Mihoub.

« Pour une chose aussi simple que celle de savoir si votre frère était avec vous », lors de l’achat de la crêpe, « vous dites le blanc et le noir. Vous cachez aussi le conseil de famille de 45 minutes » cette même nuit, lui reproche Sébastien Journé, avocat de la famille Knoll.

Dans un témoignage entremêlé de pleurs, de « il me semble que » et de « suis désolé », Mohamed Mihoub évoque la violence de Yacine, de sept ans son cadet, sa tendance à mentir. « Jusqu’à quel degré il peut aller dans le mensonge, je ne peux pas le dire », concède-t-il.

Poussé par les avocats des parties civile, il lâche aussi : « les doutes, j’en aurai toujours tant qu’on saura pas qui a fait quoi ». Des doutes amplifiés par les accusations d’attouchement sexuel faites en avril 2018 par l’un des fils de sa compagne à l’encontre de Yacine Mihoub.

A force de questions, il reconnaît aussi avoir menti lors de sa première déposition pour « minimiser » l’implication de son frère.

« Rumination antisémite »

Le 23 mars 2018, les pompiers avaient découvert dans le modeste appartement de Mireille Knoll son corps partiellement carbonisé. Cette femme très frêle, qui ne pouvait se déplacer seule, avait été frappée de 11 coups de couteau.

Alain Knoll (Crédit : capture d’écran YouTube)

Devant la cour, l’un des fils de la victime, Alain Knoll, a expliqué mardi n’avoir aucun doute sur le fait que sa mère avait été tuée parce que juive.

Le jour du meurtre, Alain Knoll est celui qui fait entrer dans l’appartement de sa mère Yacine Mihoub, dont la mère vit dans le même immeuble modeste de l’est parisien.

Ce fils de la voisine lui explique qu’il « vient de sortir de prison », ayant en fait été libéré en novembre 2017 après une condamnation pour agression sexuelle sur mineure.

Alain Knoll, comme il le raconte à la barre, ressent vite un « malaise » à voir cet homme « pas agressif » mais « sans gêne » qui prend un verre et se sert du Porto.

Le fils doit partir pour des rendez-vous, laissant M. Mihoub avec sa mère qui « ne voyait nulle part le mal ». « Elle ne s’attendait pas à ce que celui qu’elle protégeait depuis des années devienne son bourreau », dit-il, droit à la barre.

Une femme brandit une pancarte lors de la journée de rassemblements dans le monde entier pour protester contre la gestion par le système judiciaire français de l’affaire Sarah Halimi, le 25 avril 2021. (Crédit : Jack Guez/AFP/Getty Images/ via JTA)

Le drame, survenu un an après le meurtre de Sarah Halimi, une sexagénaire juive jetée de son balcon, avait provoqué une vive émotion et relancé le débat sur un « nouvel antisémitisme ».

« Pourquoi qualifier ce crime d’antisémite ? », interroge un avocat de M. Mihoub, Charles Consigny, si ce n’est que le parquet a retenu cette qualification?

Au début, Alain Knoll et son frère ont pensé à « un crime crapuleux », répond le témoin. Mais au vu de « la violence des coups de couteaux, (…) j’en conclus qu’ils se sont payé une ‘youpine’ et qu’ils l’ont massacrée », tranche Alain Knoll.

Il cite aussi, pour la première fois, des bribes de conversation qu’il dit avoir entendues ce 23 mars 2018 entre sa mère et M. Mihoub. Elles concernent l’extrême droite et des « Juifs qui sont des privilégiés », assure-t-il.

Mais l’avocat de M. Mihoub lui rappelle qu’il n’en a pas parlé aux enquêteurs après le meurtre : « à aucun moment vous n’indiquez cette discussion », lui lance fermement Fabrice de Korodi Katona, qui dénonce une « rumination antisémite » attribuée à son client.

Le procès doit durer jusqu’au 10 novembre.

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