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Iran : des manifestations malgré une mise en garde des Gardiens de la Révolution

Le général Hossein Salami a prévenu les manifestants : "Ne descendez plus dans la rue"

Une femme tient une pancarte lors d'un rassemblement de soutien aux manifestations en Iran, place de la République à Paris, le 29 octobre 2022. (Crédit : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)
Une femme tient une pancarte lors d'un rassemblement de soutien aux manifestations en Iran, place de la République à Paris, le 29 octobre 2022. (Crédit : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)

De nouvelles manifestations ont eu lieu dimanche en Iran, malgré une mise en garde des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, un mois et demi après le début de la vague de contestation déclenchée par la mort de Mahsa Amini.

Des étudiants se sont rassemblés samedi soir et dimanche dans plusieurs villes iraniennes, mettant au défi le chef des Gardiens de la Révolution, le général Hossein Salami, qui a lancé samedi une mise en garde aux manifestants : « Ne descendez plus dans la rue ».

L’Iran est secoué par un mouvement de contestation depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, décédée trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des mœurs qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique, imposant notamment le port du voile pour les femmes.

Au slogan initial de « femme, vie, liberté » se sont ajoutés, au fil de manifestations pourtant durement réprimées, des mots d’ordre ouvertement dirigés contre la République islamique fondée en 1979.

Hossein Salami donne un discours sur la destruction d’Israël, le 1er juillet 2016. (Crédit : capture d’écran MEMRI)

Dimanche, les forces de sécurité ont lancé des gaz lacrymogènes et tiré sur des étudiants à Sanandaj, la capitale de la province du Kurdistan d’où était originaire Mahsa Amini.

« Un millier de personnes »

Une vidéo publiée en ligne par le groupe de défense des droits humains Hengaw montre une épaisse fumée blanche se dégager d’une école technique, des étudiants criant « Liberté, liberté ».

Sur une autre vidéo publiée sur Twitter par le groupe basé en Norvège, on voit une fillette blessée au bras par des plombs. Des coups de feu ont été entendus lors d’une manifestation à l’Université du Kurdistan, selon Hengaw. L’AFP n’a pas pu authentifier ces images dans l’immédiat.

Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, prend la parole lors d’une manifestation en faveur de la liberté des femmes en Iran le 29 octobre 2022 à Ottawa, au Canada. – (Crédit : Dave Chan / AFP)

Des manifestations ont par ailleurs eu lieu ce weekend sur les campus de Téhéran, de Kerman (sud-est), de Kermanshah (nord-ouest), Mazandaran (nord) et Machhad, la deuxième ville d’Iran, selon des vidéos partagées sur les réseaux sociaux.

Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, des protestations ont été organisées samedi dans plus de 50 universités et établissements d’enseignement supérieur à travers le pays.

« Chaque mort est suivi par un millier de personnes ! », ont scandé des protestataires lors des funérailles d’un manifestant samedi à Arak, au sud-ouest de la capitale, selon des images diffusées par le média en ligne 1500tasvir. Ce média affirme que le rassemblement a été dispersé à coups de gaz lacrymogènes.

La répression des manifestations à travers l’Iran a fait au moins 160 morts, dont une vingtaine d’enfants, selon un bilan établi vendredi par l’IHR.

Des manifestants tiennent des pancartes lors d’un rassemblement de soutien aux manifestants en Iran, place de la République à Paris, le 29 octobre 2022. (Crédit : MOHAMMADREZA DEHDARI / agence de presse Isna / AFP)

Par ailleurs, 93 personnes ont été tuées dans des manifestations à Zahedan, dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), déclenchées le 30 septembre après le viol d’une jeune fille imputé à un policier, d’après l’IHR.

A Saghez, la ville natale de Mahsa Amini au Kurdistan, des policiers en civil ont « attaqué un collège et ont kidnappé des étudiants » qui manifestaient, a rapporté Hengaw.

Critiques de journalistes

Selon l’IHR, des milliers de personnes ont été arrêtées en Iran depuis le début de la répression, dont des journalistes, des étudiants, des avocats et plus de 500 militants de la société civile.

Dimanche, plus de 300 journalistes et photojournalistes iraniens ont signé un communiqué critiquant l’arrestation de leurs collègues, ont rapporté des médias locaux.

Des Israéliennes d’origine iranienne assistent à une manifestation de soutien aux protestations de l’Iran dans la ville côtière israélienne de Tel-Aviv, le 29 octobre 2022. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Le quotidien réformateur Sazandegi a annoncé que « plus de 20 journalistes sont toujours en détention », notamment dans la capitale, alors que l’Association des journalistes de Téhéran a rejeté comme « illégale » et « en conflit avec la liberté » de la presse « l’approche sécuritaire » des autorités.

Les dirigeants iraniens continuent de pointer du doigt les « ennemis » de l’Iran, notamment les Etats-Unis et Israël, et accusent des journalistes d’avoir été « formés » dans le but de renverser le régime.

Selon les médias locaux, les services de sécurité ont publié vendredi un rapport faisant référence à la journaliste Elaheh Mohammadi du quotidien Sazandegi et à la photographe Niloufar Hamedi du journal Shargh, qui avaient contribué à rendre publique l’affaire de Mahsa Amini et sont détenues depuis des semaines.

Des manifestations de solidarité avec le mouvement de contestation en Iran sont régulièrement organisées dans plusieurs pays.

A Ottawa, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a défilé samedi pour soutenir « les femmes en Iran ». Et à Berlin, trois hommes ont été blessés quand des assaillants masqués ont attaqué dimanche des manifestants pro-démocratie près de l’ambassade iranienne.

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