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Iran : Khamenei incite les pèlerins du hajj à « dénoncer les complots sionistes »

Le guide suprême iranien affirme que la lutte contre la « conspiration » juive est un « devoir essentiel » du pèlerin en Arabie saoudite et dénonce toute normalisation avec Israël

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Le chef suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'adresse à la nation dans un discours télévisé marquant le nouvel an iranien, à Téhéran, en Iran, dimanche 21 mars 2021 (Crédit : Bureau du chef suprême iranien via AP)
Le chef suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'adresse à la nation dans un discours télévisé marquant le nouvel an iranien, à Téhéran, en Iran, dimanche 21 mars 2021 (Crédit : Bureau du chef suprême iranien via AP)

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré mercredi que la lutte contre les « complots sionistes » était une composante du pèlerinage musulman (le hajj) à La Mecque.

« Dénoncer les complots, et notamment ceux des sionistes est l’un des devoirs essentiels du hajj », a déclaré Khamenei aux responsables iraniens chargés de l’organisation de l’événement, selon l’agence de presse iranienne Fars, qui n’a pas fourni plus de détails.

Khamenei a également dénoncé les accords d’Abraham qui, ces dernières années, ont normalisé les relations entre Israël et plusieurs États arabes.

« Les gouvernements arabes et non arabes qui se sont engagés dans la normalisation des relations avec le régime sioniste, contre la volonté de leur peuple mais dans la ligne des États-Unis, doivent savoir qu’ils ne gagneront rien, si ce n’est de se faire exploiter par le régime sioniste », a-t-il déclaré, évoquant Israël.

Des accords ont en effet normalisé les relations d’Israël avec les Émirats arabes unis et Bahreïn. On suppose que leur puissant voisin, l’Arabie saoudite, adversaire régional de l’Iran, a approuvé le processus. Ces trois États, dirigés par des sunnites, considèrent l’Iran chiite comme une menace.

Le Maroc et le Soudan se sont engouffrés dans cette tendance à la normalisation avec Israël, sur fond de changement des mentalités, au Moyen-Orient, vis-à-vis de l’Etat juif.

Israël et l’Arabie saoudite n’ont pas établi de relations diplomatiques officielles, mais les liens secrets se sont grandement améliorés ces dernières années et le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, tend à considérer Israël comme un partenaire stratégique dans la lutte contre l’influence iranienne.

Des informations récentes ont indiqué que Jérusalem et Ryad tenaient des pourparlers concernant leur relation économique ainsi que des « arrangements de sécurité ». Le président américain, Joe Biden, devrait se rendre en Israël et en Arabie saoudite le mois prochain.

L’Arabie saoudite a rouvert ses portes aux pèlerins du hajj ce mois-ci, après les fortes restrictions induites par la pandémie. Le Hajj est l’un des plus grands rassemblements religieux au monde et quelque 2,5 millions de personnes y ont pris part en 2019.

Des pélerins musulmans tournent autour de la Kaaba, l’ouvrage cubique de la Grande Mosquée, revêtus de masques faciaux et respectueux des distances, un jour avant le pèlerinage annuel du hajj, le 17 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

Khamenei a fait l’éloge de la reprise du hajj mercredi, sur Twitter, avant de se lancer dans une tirade contre les Juifs, Israël et les États arabes qui entretiennent des relations avec Jérusalem.

« Le sionisme est un fléau évident pour le monde musulman. Les sionistes ont toujours été un fléau, avant même d’établir ce régime sioniste frauduleux », a écrit Khamenei. « Même alors, les capitalistes sionistes étaient déjà un fléau pour le monde entier. Aujourd’hui, ils sont un fléau en particulier pour le monde islamique. »

« Les nations musulmanes s’opposent à la normalisation des relations avec les sionistes, serrent les poings et protestent à grands renforts de slogans contre les États qui cherchent la normalisation », a-t-il déclaré. « Le régime sioniste exploite ces États. Ils ne s’en rendent pas compte, mais nous espérons qu’ils s’en rendront compte avant qu’il ne soit trop tard. »

Deborah Lipstadt, l’envoyée spéciale américaine pour l’antisémitisme, a qualifié les commentaires de Khamenei « d’inacceptables ».

« Ne nous y trompons pas, l’utilisation de ‘sioniste’ ici n’est rien d’autre qu’un faire-valoir pour ‘juif’ », a-t-elle indiqué. « Cette rhétorique ignoble et antisémite est non seulement préoccupante, mais profondément problématique. Aucun gouvernement ne devrait tolérer, et encore moins épouser, ces points de vue haineux et dangereux. »

Le fossé a eu tendance à se creuser entre l’Iran et l’Occident, ces dernières semaines, sur fond d’émiettement de l’accord nucléaire de 2015. Les négociations à Vienne sont au point mort depuis des mois, en grande partie du fait de la demande iranienne que les États-Unis retirent le Corps des gardiens de la révolution islamique de la liste des groupes terroristes, et les chances d’une reprise sont minces, estiment les diplomates.

Mercredi, l’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU a officiellement dénoncé le refus de coopération des Iraniens, quelques heures après que le régime a déclaré avoir déconnecté certaines des caméras de surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique équipant ses sites nucléaires.

La mesure prise par l’agence atomique iranienne a anticipé la ratification d’une motion de censure, rédigée à Vienne par l’AIEA, préoccupée par la découverte de traces d’uranium enrichi sur trois sites que Téhéran n’avait pas déclarés comme susceptibles d’accueillir des activités nucléaires.

L’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU a donc officiellement adopté cette motion de censure, la première à critiquer l’Iran depuis juin 2020, à l’initiative de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et des États-Unis. Elle est toutefois en grande partie symbolique et ne remet en cause aucune action spécifique des puissances mondiales contre l’Iran.

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