Iran : la fédération de judo met fin à des décennies de boycott des Israéliens
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Iran : la fédération de judo met fin à des décennies de boycott des Israéliens

Cet engagement historique fait suite à des discussions avec la Fédération Internationale de judo au sujet d'un "phénomène troublant" de combats sabordés par les judokas iraniens

Le judoka ouzbèke Bekmurod Oltiboev, en blanc, affronte l'Iranien Javad Mahjoub lors du match pour la médaille de bronze des +100 kg aux 18e Jeux asiatiques à Djakarta, en Indonésie, le 31 août 2018. (Crédit : AP/Dita Alangkara)
Le judoka ouzbèke Bekmurod Oltiboev, en blanc, affronte l'Iranien Javad Mahjoub lors du match pour la médaille de bronze des +100 kg aux 18e Jeux asiatiques à Djakarta, en Indonésie, le 31 août 2018. (Crédit : AP/Dita Alangkara)

Les autorités iraniennes de judo ont décidé d’arrêter de boycotter les athlètes israéliens sur le tatami, mettant fin à une pratique qui avait valu des critiques à l’Iran dans le monde du sport.

Dans une lettre adressée à la Fédération internationale de judo (FIJ) publiée samedi, le comité olympique et la fédération de judo iraniens ont accepté de « respecter pleinement la Charte olympique et son principe de non-discrimination ».

Dans un communiqué, la FIJ a fait savoir que la décision faisait suite à plusieurs séries de discussions au sujet du « phénomène troublant impliquant la ‘blessure’ soudaine ou l’absence à la pesée d’athlètes iraniens », qui relève, selon elle, de tentatives par l’Iran d’éviter de rencontrer des judokas de certains pays.

Ni l’Iran ni la FIJ n’ont mentionné en particulier Israël, mais les athlètes iraniens ont plusieurs fois déclaré forfait pour éviter d’affronter des judokas israéliens, qui se distinguent de plus en plus sur la scène mondiale.

La politique iranienne dans le domaine du sport est issue du refus officiel de Téhéran de reconnaître Israël. Ses dirigeants encouragent régulièrement à la disparition de l’État hébreu, et les deux pays sont considérés comme des ennemis jurés.

En février dernier, le judoka iranien Saeid Mollaei a sabordé un match lors du Grand Slam de Paris pour éviter d’affronter l’Israélien Sagi Muki au prochain tour en feignant une blessure, mettant fin à ses chances de médaille d’or. Il s’était ensuite rétabli pour remporter son combat pour la médaille de bronze, mais a feint une autre blessure pour ne pas avoir à se tenir sur le podium aux côtés de Sagi Muki.

D’après la radio de l’armée, la FIJ a menacé l’Iran d’une interdiction de compétitions internationales, y compris des Jeux olympiques, s’il n’acceptait pas d’affronter des Israéliens.

Samedi, Sagi Muki a remporté l’or au Grand Slam de Bakou, s’octroyant une place quasiment garantie aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

Ces dernières années, la FIJ a accentué la pression contre le boycott de judokas israéliens par des pays ou athlètes musulmans, qui refusent notamment de les accueillir ou de leur serrer la main.

En 2018, l’institution avait interdit aux Emirats arabes unis et à la Tunisie d’organiser des compétitions internationales en raison de leur refus d’autoriser des athlètes israéliens de concourir, car Israéliens.

Les Émirats avaient fini par céder, jouant l’hymne israélien pour la première fois l’année dernière à la suite de la victoire de Sagi Muki dans la catégorie des moins de 81 kg.

La ministre israélienne de la culture et des sports Miri Regev, au centre, présente la médaille d’or au judoka israélien Sagi Muki après sa victoire au tournoi international d’Abou Dhabi, le 28 octobre 2018 (Crédit : Fédération internationale de judo)

Depuis longtemps, l’Iran évite les Israéliens dans des compétitions sportives, souvent aux dépens de ses propres athlètes. Un nageur iranien avait ainsi refusé d’entrer dans le même bassin qu’un Israélien lors des JO de Pékin, et un judoka n’avait pas voulu affronter un Israélien, entraînant sa disqualification.

En février, après le sabordage de Mollaei à Paris, Le responsable du sport iranien Davoud Azarnoush avait déclaré espérer « qu’Israël sera éliminé et annihilé avant les prochains Jeux olympiques, pour que nous soyons tous soulagés », d’après radio Farda.

Une lettre des autorités iraniennes du judo adressée à la Fédération internationale de judo, publiée le 11 mai 2019. (Crédit : FIJ)

Dans sa lettre à la FIJ, les autorités iraniennes de judo indiquent qu’il négocient avec le Parlement iranien « pour identifier les mesures légales appropriées » permettant d’annuler l’interdiction officielle d’affronter des Israéliens.

Les athlètes iraniens sont de plus pris en étau entre leurs responsables, susceptibles de les sanctionner en cas de matchs ou combats face à des Israéliens, et les officiels internationaux qui les sanctionnent en cas de forfait ou de sabordage. Ces dernières années, de plus en plus de sportifs et d’entraîneurs iraniens ont dénoncé la politique de leur pays.

La dernière confrontation sportive internationale entre les deux pays remonte à un combat de lutte à Kiev en 1983.

Le régime de Téhéran finance, arme et forme des organisations terroristes comme le Hezbollah au Liban et le Jihad islamiqu à Gaza, qui oeuvrent ouvertement la destruction de l’État juif. Israël dénonce l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 et se bat pour empêcher le pays de se doter de l’arme nucléaire. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu accuse ainsi régulièrement l’Iran de mentir au sujet de son programme d’armement et a réussi à pousser le président américain Donald Trump de se retirer de l’accord.

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