Iran: Raissi élu, l’accord nucléaire sera conclu le 3 août – ou jamais
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Analyse

Iran: Raissi élu, l’accord nucléaire sera conclu le 3 août – ou jamais

Le Guide suprême cherche à achever les négociations de Vienne et veut la levée des sanctions - tandis que les modérés sont encore blâmés pour les concessions faites à l'Occident

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président Hassan Rouhani, à gauche, s'exprime devant les médias après sa réunion avec le président élu Ebrahim Raissi, à droite, à Téhéran, en Iran, le 19 juin 2021. (Crédit : Site officiel du bureau de la présidence iranienne via l'AP)
Le président Hassan Rouhani, à gauche, s'exprime devant les médias après sa réunion avec le président élu Ebrahim Raissi, à droite, à Téhéran, en Iran, le 19 juin 2021. (Crédit : Site officiel du bureau de la présidence iranienne via l'AP)

Au lendemain de la victoire d’Ebrahim Raissi, le religieux de la ligne dure qui a officiellement remporté les élections présidentielles iraniennes, le sixième round des négociations sur le nucléaire entre Téhéran et les six puissances mondiales connues sous le nom de groupe P5+1 s’est achevé à Vienne.

Le principal négociateur de la République islamique a fait part de son optimisme, estimant que les parties « sont plus que jamais proches d’un accord ».

Avec la victoire de Raissi, la question la plus pressante est devenue celle de l’impact qu’aura son élection sur ces pourparlers lents concernant la réintégration des États-Unis et de l’Iran dans l’accord sur le nucléaire iranien – plus connu sous le nom de JCPOA – qui avait été conclu en 2015.

L’approche stratégique de Téhéran face à ces négociations ne changera certainement pas. C’est celle pour laquelle a opté le Guide suprême iranien Ali Khamenei, qui est convaincu que la priorité pour son pays est la nécessité d’échapper aux sanctions américaines écrasantes qui avaient été imposées par l’administration de l’ancien président américain Donald Trump.

Des manifestants d’un groupe d’opposition iranien protestent près du « Grand Hotel Wien » où se déroulent les négociations nucléaires à huis clos avec l’Iran, à Vienne, en Autriche, le 15 avril 2021. (AP Photo/Lisa Leutner)

La réalité est que si Khamenei lui-même s’opposait à ces pourparlers, ils n’auraient pas lieu. Tout simplement.

Mais le rythme des négociations devrait drastiquement changer quand Raissi prendra ses fonctions en date du 3 août.

Les six premiers rounds de négociations ont été plutôt lents, les deux parties exprimant un optimisme prudent tout en soulignant que des écarts significatifs persistaient.

Un grand nombre d’observateurs estiment que c’est Khamenei lui-même qui a donné pour instruction aux négociateurs de ralentir les discussions pour s’assurer qu’un accord ne serait pas conclu tant que la personnalité qui remporterait les élections resterait incertaine.

Alors que le mandat du président Hassan Rouhani va se terminer dans moins de deux mois, l’Iran devrait accélérer la cadence vers un accord.

« J’ai le sentiment que les hauts-responsables veulent que l’accord soit restauré avant que Raissi ne prenne ses fonctions de manière à ce que ce soit Rouhani qui soit blâmé pour d’éventuels défauts qui apparaîtraient ensuite dans l’accord », commente Ali Vaez, directeur de projet pour l’Iran au sein du Crisis Group.

Le président iranien Hassan Rouhani passe devant un portrait du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, alors qu’il arrive pour une conférence de presse dans la capitale Téhéran, le 16 février 2020. (Atta Kenare/AFP)

L’Iran va devoir faire des concessions significatives à l’Occident concernant l’accès de l’Agence de l’énergie atomique aux sites nucléaires – et des concessions sur les restrictions posées sur l’enrichissement de l’uranium. Il sera donc pratique de se servir de Rouhani et de son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, comme bouc-émissaires ayant plié devant l’Occident alors qu’ils auraient pu conclure un accord bien meilleur.

Si l’Iran parvient à finaliser l’accord lors des derniers jours du mandat de Rouhani, alors les sanctions seront graduellement levées lors des premiers mois passés par Raissi à son poste. Il en récoltera les dividendes économiques, ralliant ainsi autour de lui les nombreux citoyens de la République islamique qui, ayant perdu leurs illusions, avaient choisi de rester chez eux lors du scrutin de vendredi.

Et des signes semblent indiquer que ce sont bien là les intentions de l’Iran. Début juin, un porte-parole du gouvernement a ainsi indiqué qu’il ne voyait aucune raison justifiant qu’un accord ne serait pas conclu avant le départ de Rouhani.

Rien ne garantit néanmoins que les parties seront en mesure de régler leurs désaccords d’ici le mois d’août.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo et le secrétaire au Trésor Steve Mnuchin évoquent devant les journalistes les sanctions supplémentaires appliquées à l’Iran à la Maison Blanche de Washington, le 10 janvier 2019. (Crédit : AP Photo/ Evan Vucci)

Et si un tel cas de figure se présente, alors il sera improbable que les deux parties parviennent à réintégrer un jour l’accord de 2015.

Raissi ne souhaitera pas faire des concessions que Rouhani s’est refusé de faire – et sûrement pas au cours des premiers mois de son mandat. Tandis que les deux parties continuent à prendre position – et à parler occasionnellement – l’Iran, de son côté, continuera à faire avancer son programme d’enrichissement. Et malgré sa volonté réelle de réintégrer l’accord, le président américain Joe Biden pourrait être dans l’obligation d’appliquer des sanctions supplémentaires à l’Iran, ce qui, en retour, pourrait entraîner une nouvelle escalade nucléaire.

Et d’ici là, les deux parties se seront trop éloignées l’une de l’autre pour réintégrer l’accord.

« Il faudra un accord complètement nouveau, et cela va être très difficile à faire », dit Vaez.

Les prochaines semaines vont être déterminantes pour savoir si la région se dirige vers une période de calme relatif – au moins sur le front nucléaire – ou s’il y aura au contraire une escalade significative qui pourrait s’avérer être difficile à contenir.

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