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Iran : Une adolescente tuée pour avoir refusé de chanter un hymne pro-Khamenei

Asra Panahi a été frappée par les forces de sécurité durant un raid lancé contre son lycée ; les femmes et les jeunes filles sont à l'avant-garde des manifestations dans le pays

Asra Panahi, 16 ans, a été tuée après l'entrée des forces du régime iranien dans son lycée qui ont demandé aux élèves de chanter un hymne pro-régime, ce que la jeune fille a refusé avec d''autres élèves. Elle a été frappée, arrêtée et hospitalisée et elle a succombé à ses blessures. (Crédit : Wikipedia)
Asra Panahi, 16 ans, a été tuée après l'entrée des forces du régime iranien dans son lycée qui ont demandé aux élèves de chanter un hymne pro-régime, ce que la jeune fille a refusé avec d''autres élèves. Elle a été frappée, arrêtée et hospitalisée et elle a succombé à ses blessures. (Crédit : Wikipedia)

Une adolescente aurait été tuée la semaine dernière après un raid des forces de sécurité du régime iranien dans son école. Les forces de sécurité avaient demandé aux élèves de chanter un hymne favorable au régime et rendant hommage au guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, frappant avec violence les jeunes filles qui avaient refusé d’obéir à cet ordre.

Asra Panahi est morte le 13 octobre, après que « des policiers en civil ont attaqué » son école, la Shahed High School, à Ardabil, une ville du nord-ouest de l’Iran, a indiqué le Conseil de coordination des syndicats d’enseignants.

Les élèves étaient de sortie pour un « événement idéologique » organisé dans un lieu connu pour accueillir des manifestations depuis la mort de Mahsa Amini.

Cette Kurde iranienne de 22 ans est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation par la police des moeurs à Téhéran pour avoir, selon celle-ci, enfreint le code vestimentaire de la République islamique pour les femmes.

De nombreuses jeunes filles du lycée Shahed d’Ardabil, qui accueille uniquement des adolescentes, avaient été hospitalisées – dont Asra Panahi, âgée de 16 ans, qui avait ensuite succombé à ses blessures, a fait savoir mardi le journal Guardian .

Les jeunes élèves iraniennes dans tout le pays ont été filmées dans des vidéos devenues virales en train d’enlever en public leur hijab – ou voile islamique – que la loi les oblige à porter ou entonnant des slogans anti-régime. Une rébellion qui a amené les forces de sécurité à lancer des opérations de répression dans les écoles et dans les universités, avec parfois des conséquences meurtrières.

Sur des images, les forces de sécurité apparaissent également en train de faire usage de gaz lacrymogènes dans les établissements scolaires ou en train d’embarquer des élèves placés en état d’arrestation dans des voitures.

Certains des élèves qui ont « crié des slogans contre la discrimination et les inégalités » ont été « victimes de violences et d’insultes par des femmes voilées et habillées en civil », selon un communiqué du syndicat publié lundi.

De retour à l’école, les élèves ont été battus à nouveau, poursuit le texte.

« Une des élèves, Asra Panahi, est malheureusement décédée à l’hôpital, tandis que d’autres ont été arrêtés », racontent les enseignants, ajoutant que les coups ont plongé un autre élève dans le coma.

Le syndicat des enseignants iranien a qualifié de « brutaux » et « d’inhumains » ces raids dans un communiqué diffusé dimanche et il a réclamé la démission du ministre en charge de l’Éducation, Yousef Nouri.

Ce mouvement de protestation qui ébranle tout l’Iran a été entraîné par la mort de Mahsa Amini, 22 ans, décédée au mois d’août suite à son arrestation par la police des mœurs qui lui reprochait des mèches de cheveux qui s’échappaient de son hijab. De son côté, le régime iranien nie toute responsabilité dans cette mort.

 

La télévision d’Etat a diffusé une vidéo d’un homme affirmant être l’oncle de la jeune Asra dans laquelle ce dernier assure que l’adolescente est morte d’un arrêt cardiaque.

Cité par le site Didban Iran, Kazem Mousavi, député  d’Ardabil, a pour sa part déclaré qu’elle s’était « suicidée en avalant des comprimés ».

Ces déclarations ont suscité l’ire de l’ancien footballeur Ali Daei, originaire d’Ardabil, qui a déjà eu des problèmes avec les autorités pour avoir soutenu les manifestations.

Sur son compte Instagram, suivi par 10 millions d’abonnés, Ali Daei a affirmé ne pas croire aux thèses de l’arrêt cardiaque ou du suicide, les qualifiant de « rumeurs ».

« Si M. Daei a des preuves de ce qu’il avance sur la mort de l’écolière d’Ardabil, il devrait les présenter aux responsables concernés le plus tôt possible », a réagi Mizan Online, le site de l’Autorité judiciaire iranienne, qualifiant les propos du footballeur de « fake news ».

Dans un autre communiqué publié mardi, les enseignants ont critiqué la décision de l’école d’emmener des élèves à un « événement idéologique » sans le consentement de leurs parents. « Nous appelons les autorités à mettre un terme au meurtre de personnes innocentes et de manifestants sans défense », écrivent-ils.

La mort de l’adolescente aurait entraîné une nouvelle vague de manifestations. Une élève a confié au Guardian, sous couvert d’anonymat, que « je n’ai pas eu la permission d’aller à l’école parce que mes parents craignent pour ma vie. Mais qu’est-ce que ça a changé ? Le régime continue à tuer et à arrêter des jeunes filles dans les établissements scolaires ».

« A quoi est-ce que je peux servir si je reste chez moi, comme ça, seule avec mon indignation ? Moi et les autres élèves, dans tout le pays, nous avons décidé d’aller manifester dans les rues cette semaine. Et je vais le faire même si je dois aujourd’hui le cacher à mes parents », a commenté pour sa part Naznin, qui a 16 ans.

Le Guardian a également cité les propos d’une autre manifestante, qui s’est présentée sous le nom de Nergis et qui a dit au journal que « je ne connais personne à Ardabil mais avec cette répression brutale qui s’est abattue sur nos sœurs qui n’avaient que 16 ans seulement, c’est toute une nation qui s’est réveillée ».

Une manifestante avec le drapeau iranien et des mains rouges dessinées sur le visage lors d’un rassemblement en soutien aux manifestations iraniennes à Paris, suite à la mort de la jeune Mahsa Amini, le 9 octobre 2022. (Crédit : Julien de Rosa/AFP)

Nergis a aussi évoqué la mort de Nika Shahkarami, 17 ans, et de Sarina Esmailzadeh, 16 ans, deux autres adolescentes qui ont été tuées par les forces de sécurité, ces dernières semaines et qui, selon elle, ont encore renforcé et dynamisé le mouvement de protestation d’ores et déjà puissant qui traverse la nation.

« Jamais nous n’aurions pensé que nous étions aussi unis – dans toute la région du Balouchistan, dans les régions kurdes. Le monde a entendu les noms de Nika, de Sarina et d’Asra, mais il y a encore un si grand nombre d’autres enfants sans nom dont nous ne savons rien », a-t-elle ajouté.

« Ça ne s’arrête pas à la mort d’Asra, la république islamique tue notre population depuis 40 ans mais nos voix n’étaient pas entendues. Il faut que le monde sache que ce qui se passe n’est plus une manifestation – nous appelons à la révolution. Maintenant que vous tous entendez nos voix, nous ne nous arrêterons plus ».

Au moins 23 enfants ont été tués dans la répression des manifestations par les forces de sécurité iraniennes, selon Amnesty International.

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