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Isaac Herzog dit espérer rencontrer bientôt Mahmoud Abbas

Face aux tensions, le président a appelé au calme sur le Mont du Temple, soulignant qu'il n'y aura pas de changement au statu-quo ; il a aussi évoqué les propos d'Ayman Odeh

Le président Isaac Herzog s'exprime à Jérusalem, le 7 mars 2022. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le président Isaac Herzog s'exprime à Jérusalem, le 7 mars 2022. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Alors que les tensions sont croissantes dans tout le pays, le président israélien Isaac Herzog a fait savoir, jeudi, qu’il espérait rapidement rencontrer le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Au cours des dernières semaines, des terroristes – des Arabes israéliens et des Palestiniens de Cisjordanie – ont tué quatorze personnes en Israël dans la vague de violences la plus meurtrière à s’être abattue sur l’État juif depuis des années. Ces attaques ont entraîné des opérations de répression de la part des forces de sécurité israéliennes et notamment toute une série d’arrestations qui ont donné lieu à des violences et qui ont entraîné des morts. Cinq Palestiniens ont été tués pendant des raids de l’armée israélienne en Cisjordanie au cours des dernières 24 heures.

« J’espère que les relations entre nous [Israël et les Palestiniens] continueront à croître jusqu’à atteindre un tel niveau [une rencontre entre Abbas et Herzog], mais tout événement de ce type nécessite des consultations avec le gouvernement au préalable », a déclaré le président dans un entretien exclusif accordé à la radio militaire en amont de Pessah.

Le Premier ministre Naftali Bennett a indiqué de manière répétée qu’il ne rencontrerait pas Abbas même si le ministre de la Défense, Benny Gantz, s’est entretenu pour sa part directement avec le leader de l’Autorité palestinienne à la fin de l’année dernière.

Herzog a salué la condamnation, par Abbas, des récents attentats commis à Tel Aviv et à Bnei Brak, ajoutant que le leader palestinien « travaille avec nous sur des front variés, et il est important de faire en sorte que ce travail se renforce encore ».

L’escalade des tensions survient aussi en plein mois sacré musulman du ramadan – une période souvent particulièrement sensible en Israël et en Cisjordanie, avec des crispations qui se concentrent particulièrement autour des questions du Mont du Temple et de la mosquée al-Aqsa.

Des Palestiniens assistant à la prière du vendredi dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa sur le Mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 1er avril 2022. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Le groupe terroriste du Hamas a menacé Israël, mercredi, suite à une campagne lancée par des extrémistes juifs qui veulent se livrer à des sacrifices rituels sur le Mont du Temple, avertissant que l’organisation à la tête de la bande de Gaza ne permettrait pas de tels sacrifices « quel qu’en soit le prix ». Les factions terroristes de l’enclave côtière ont appelé les Palestiniens de Cisjordanie à défendre la mosquée al-Aqsa contre « les agressions ».

Les autorités israéliennes ont promis de ne pas permettre à des animaux d’être introduits dans le complexe pour le sacrifice, comme cela avait déjà été le cas ces dernières années.

Herzog a souligné pendant l’interview que le statu-quo religieux sur le mont du Temple n’avait pas changé, ajoutant qu’Israël l’avait toujours respecté. Il a établi clairement que l’État juif continuerait à le faire.

« Nous ne laisserons pas les extrémistes des deux parties enflammer la situation et se jouer ensuite de ces incendies dans la mesure où non seulement ils attisent les tensions, mais ils peuvent également entraîner des effusions de sang qui ne sont pas nécessaires », a-t-il expliqué. Herzog a noté avoir évoqué le sujet pendant sa visite en Jordanie et son entretien avec le roi Abdallah II, le mois dernier.

Le président Isaac Herzog (à gauche) et le roi Abdallah II de Jordanie au palais Al Husseiniya à Amman, en Jordanie, le 30 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Interrogé plus tôt au cours de l’interview sur sa récente visite diplomatique en Turquie, Herzog a déclaré que les relations entre Jérusalem et Ankara étaient en train de se renforcer mais « à un rythme lent, graduel », a-t-il ajouté.

Il a indiqué que le président turc Recep Tayyip Erdogan lui avait réservé un accueil « très digne », ajoutant qu’il n’avait pas été « aussi évident » pour lui d’afficher les couleurs et les symboles d’Israël pendant le déplacement du chef de l’État juif.

Herzog a toutefois maintenu que les relations entre la Turquie et Israël se jugeraient à l’aune « des actions » qui, a-t-il précisé, comprennent la présence du Hamas dans le pays.

Le président Isaac Herzog à gauche, et le président turc Recep Tayyip Erdoğan au complexe présidentiel d’Ankara, le 9 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

La Turquie et Israël étaient alliés dans le passé – mais les relations entre les deux pays se sont effilochées sous Erdogan, critique fervent des politiques mises en œuvre par Jérusalem à l’égard des Palestiniens. Israël s’est aussi insurgé contre l’appui apporté par Erdogan au Hamas.

Alors qu’il lui était demandé de commenter les événements récents en matière de politique intérieure, Herzog a déclaré avoir été troublé par les propos tenus par plusieurs responsables politiques au cours de la semaine.

Mardi, le leader du Parti sioniste religieux, Bezalel Smotrich, a dit que les synagogues devaient refuser leur accès aux membres de la coalition au pouvoir, affirmant que leurs agissements politiques devaient les exclure de toute vie religieuse communautaire.

Le chef du Parti sioniste religieux Bezalel Smotrich dirige une réunion de faction à la Knesset, le 3 mai 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dimanche, dans une vidéo tournée à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem – un secteur particulièrement touché par les violences, ces dernières semaines – le responsable de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a appelé les jeunes Arabes israéliens qui servent dans les forces de sécurité à « déposer leurs armes ».

Les paroles des deux politiciens ont été critiquées avec force des deux côtés de l’échiquier politique.

Concernant ce qu’a dit Smotrich, Herzog a indiqué qu’il s’opposait à toute forme de boycott, et il a appelé les députés à faire preuve de retenue et à s’abstenir de tenir de tels propos.

Évoquant Odeh, Herzog a dit que la vidéo lui avait « retourné l’estomac » et que l’appel lancé par le dirigeant de la Liste arabe unie aux Arabes israéliens était « extrêmement grave ».

Ayman Odeh, chef du parti de la Liste arabe unie, dans une vidéo dans laquelle il appelle les policiers arabes israéliens à démissionner, affirmant qu’ils « humilient » leur peuple, le 10 avril 2022. (Crédit : Capture d’écran/Facebook)

« La réponse à apporter à de tels propos, c’est le désir d’une plus grande intégration et d’une plus grande coopération dans toute la société israélienne », a déclaré Herzog. « Nous, en tant qu’État, nous devons nous battre en faveur d’une intégration pleine et entière et ce dans tous les cercles de la société. Si on veut vraiment une société qui avance, une société saine, alors il faut offrir l’égalité des chances à tous ses membres. »

Un sondage réalisé par la Treizième chaîne a révélé qu’une majorité d’Arabes israéliens étaient en désaccord avec Odeh. 53 % des sondés ont dit ne pas soutenir ses propos sur le service des Arabes israéliens dans la police.

Dans un entretien accordé mercredi soir à la Treizième chaîne, Ahmad Tibi, député de la Liste arabe unie, a dit qu’il soutenait Odeh et a ajouté que le chef de la Liste arabe unie avait voulu parler des Arabes israéliens qui servaient « dans les forces d’occupation ».

« L’opposition à la présence [des Arabes israéliens] chez les soldats de l’occupation est le positionnement du parti depuis des temps immémoriaux et cela ne va pas changer », a-t-il précisé. « Odeh lui-même a déclaré qu’il ne voulait pas parler de la police civile au sein de la Ligne verte [les frontières pré-1967] mais seulement de ceux qui oppriment le peuple Palestinien. »

Alors que le gouvernement est sur le bord de l’effondrement suite au départ de la députée Yamina Idit Silman qui a rejoint les bancs de l’opposition, faisant perdre à la coalition au pouvoir sa mince majorité, l’enquête d’opinion a aussi révélé qu’une majorité des personnes interrogées – 53 % – soutenaient le maintien dans l’alliance à la tête d’Israël du parti Raam de Mansour Abbas.

Le sondage a aussi montré que 58 % des Arabes israéliens s’opposaient à un ralliement de la Liste arabe unie au chef de l’opposition Benjamin Netanyahu et à son bloc de droite lors d’un vote qui signerait le renversement du gouvernement, ce qui obligerait le pays à organiser de nouvelles élections.

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