Israël a fourni des armes aux rebelles syriens, reconnaît Eizenkot
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Israël a fourni des armes aux rebelles syriens, reconnaît Eizenkot

Se confiant au Sunday Times britannique, le chef d'Etat-major sortant a enfin reconnu que l'Etat juif avait donné des armes légères aux groupes d'opposition pour "l'auto-défense"

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des combattants rebelles syriens de la province de Quneitra au carrefour Morek, où ils attendent d'être transférés dans les provinces d'Idlib et d'Alep, le 21 juillet 2018 (Crédit : AFP Photo/Aaref Watad)
Des combattants rebelles syriens de la province de Quneitra au carrefour Morek, où ils attendent d'être transférés dans les provinces d'Idlib et d'Alep, le 21 juillet 2018 (Crédit : AFP Photo/Aaref Watad)

Le chef d’Etat-major sortant Gadi Eizenkot a reconnu cette semaine et pour la première fois qu’Israël avait fourni des armes aux groupes rebelles syriens sur le plateau du Golan au cours des sept années de guerre civile qui ont ravagé le pays.

Jusqu’à dimanche, l’Etat juif ne reconnaissait officiellement qu’une aide humanitaire apportée aux groupes de l’opposition armée de l’autre côté de la frontière, démentant ou refusant de commenter les informations portant sur de potentielles livraisons d’armes.

Dans une interview accordée au Sunday Times britannique et alors qu’il se prépare à quitter son de chef d’Etat-major cette semaine, Eizenkot a déclaré qu’Israël avait donné des armes légères aux groupes rebelles le long de la frontière, disant que ces armements avaient répondu à des nécessités « d’auto-défense ».

Cela fait des années que les approvisionnements israéliens en armes à ces groupes d’opposition sont évoqués – par l’armée syrienne, qui cherchait à discréditer les rebelles en les dépeignant comme des pantins actionnés par les sionistes, et par les groupes d’opposition désireux d’élargir leur coopération avec l’Etat juif dans la lutte contre le dictateur syrien Bashar al-Assad — mais la réalité de cette information n’avait jamais été confirmée par les responsables israéliens.

Gadi Eizenkot, chef d’état-major de l’armée israélienne, lors d’une conférence au Centre interdisciplinaire d’Herzliya, le 2 janvier 2018 (Crédit : FLASH90)

Les propos tenus par Eizenkot dans le Sunday Times semblent entrer dans le cadre d’un mouvement plus large au sein de l’establishment militaire et de la Défense. Les responsables paraissent vouloir faire preuve de plus d’ouverture concernant les activités de l’armée israélienne en Iran et en Syrie.

Alors que le chef d’Etat-major a accordé des entretiens à des médias israéliens et internationaux à l’occasion de son départ, des informations plus ou moins classifiées dans le passé concernant la lutte des soldats israéliens contre l’ancrage iranien en Syrie font aujourd’hui surface.

Dans ses interviews, Eizenkot a notamment reconnu que l’armée israélienne avait mené des centaines d’opérations en Syrie – selon les articles, le nombre s’est élevé à 200 et à 400 dans d’autres – et il a précisé que 2 000 bombes avaient frappé des cibles iraniennes en 2018 seulement.

« Nous avons procédé à des milliers d’attaques ces dernières années sans les revendiquer et sans nous les attribuer », a déclaré le commandant de l’armée au Sunday Times.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a également abandonné la politique de « reconnaissance générale et d’ambiguïté spécifique » en Syrie, sous les termes de laquelle Israël affirme mener des raids sur le territoire syrien sans revendiquer pour autant les frappes individuelles qui peuvent avoir lieu.

Dimanche, Netanyahu a confirmé que l’armée israélienne avait bombardé des dépôts d’armes aux abords de l’aéroport international de Damas deux jours auparavant.

Toutefois, cette reconnaissance du soutien apporté par l’Etat juif aux groupes rebelles en Syrie a été hautement inhabituelle, les responsables israéliens affirmant de manière répétée depuis des années que le pays ne s’est pas impliqué dans le conflit intérieur syrien – ce qui était à l’évidence un mensonge au vu des propos tenus par Eizenkot.

Mais tandis que le sujet du soutien apporté aux rebelles syriens n’avait pas été révélé en Israël, les médias d’information étrangers avaient évoqué librement la question.

Au mois de septembre dernier, le magazine Foreign Policy avait annoncé que l’Etat juif avait fourni des armes et des fonds à au moins 12 groupes rebelles syriens pour empêcher les forces soutenues par l’Iran et les djihadistes de l’Etat islamique de s’établir le long de la frontière.

Le reportage, qui avait cité des interviews accordées par de nombreuses personnalités rebelles, avait précisé que le soutien israélien avait compris le paiement des salaires des combattants à hauteur de 75 dollars par mois et la livraison d’armes et autres équipements aux groupes.

Israel n’avait pas commenté le reportage à ce moment-là.

Foreign Policy avait expliqué que le soutien aux groupes rebelles avait commencé en 2013 par le financement de groupes présents notamment à Quneitra et Daraa. Il a toutefois pris fin cet été avec l’avancée des forces du régime, qui ont obtenu des victoires dans le sud de la Syrie contre les rebelles. Les troupes du président syrien Bashar al-Assad ont repris le contrôle de la zone frontalière au mois de juillet.

L’armée syrienne avait indiqué en 2013 qu’elle avait confisqué des armes israéliennes qui se trouvaient entre les mains des rebelles.

Selon le reportage, Israël aurait envoyé aux groupes rebelles des fusils d’assaut, des mitrailleuses, des lanceurs de mortier et des véhicules, entre autres. Le pays aurait d’abord transmis des fusils de type M16, fabriqués aux Etats-Unis, ce qui permettait pas de remonter jusqu’à la source de l’envoi, à Jérusalem, et aurait ensuite fourni des armes à feu et des munitions qui provenaient d’une livraison iranienne à destination du groupe terroriste libanais du Hezbollah que l’Etat juif avait capturé en 2009, selon Foreign Policy.

Le reportage avait noté que le soutien total apporté par Israël était resté modeste en comparaison des fonds et des aides apportées aux groupes par d’autres parties intéressées, et notamment par le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et les Etats-Unis.

Même si aucun commentaire n’a été fait sur l’aide militaire en soutien aux rebelles, l’Etat juif a révélé l’année dernière l’ampleur de son assistance humanitaire en Syrie, les soins donnés aux enfants atteints de maladie chronique sans aucun accès vers un hôpital, la construction de cliniques en Syrie et a livraison de centaines de tonnes de produits alimentaires, de médicaments et de vêtements aux villages dévastés par la guerre, par-delà la frontière.

Israël avait initialement répondu au drame humanitaire causé par le conflit en proposant des soins médicaux aux Syriens blessés, prenant en charge des milliers de personnes dans des hôpitaux de campagne établis dans la zone frontalière mais aussi dans des établissements publics, particulièrement dans le nord d’Israël, depuis 2013.

Mais l’armée a aussi révélé que, depuis le mois de juin 2016, elle avait travaillé dans le cadre de l’Opération Bon Voisin – une opération d’aide humanitaire massive aux facettes multiples – pour éloigner la menace de famine planant sur les milliers de Syriens vivant le long de la frontière et fournir des traitements médicaux de base à ceux qui en avaient besoin et qui se trouvaient dans l’incapacité d’y accéder en Syrie à cause de la guerre.

Le programme s’est achevé cet été avec le retour d’Assad sur la zone frontalière.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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