Israël a notifié au village bédouin de Umm al-Hiran son expulsion en avril
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Israël a notifié au village bédouin de Umm al-Hiran son expulsion en avril

Les autorités maintiennent leur offre de déménagement dans une communauté voisine aux 70 résidents du village du Néguev, qui refusent

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

Un policier israélien en train de protéger les bulldozers qui détruisent des maisons dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Un policier israélien en train de protéger les bulldozers qui détruisent des maisons dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Les autorités israéliennes ont informé mercredi les habitants d’Umm al-Hiran que leur village non reconnu du Néguev – scène d’affrontements lors d’une précédente tentative d’expulsion – sera entièrement rasé le mois prochain.

La police israélienne ainsi que des responsables de l’Autorité foncière israélienne et de l’Autorité pour la réinstallation bédouine dans le Néguev ont placé des avis de démolition sur les tentes et les cabanes des quelque 70 familles vivant à Umm al-Hiran. Les brochures affirmaient que le village serait rasé entre le 15 et le 29 avril.

L’évacuation laissera la place à la construction d’une nouvelle ville entièrement juive nommée Hiran, a rapporté le quotidien Haaretz.

L’expulsion d’avril mettrait fin à une bataille juridique vieille de 15 ans et mettrait en œuvre une décision de la Haute Cour de justice de 2015 selon laquelle les Bédouins squattaient illégalement sur des terres appartenant à l’Etat.

L’Autorité pour la réinstallation des Bédouins dans le Néguev négocie depuis quelques années avec les dirigeants d’Umm al-Hiran dans le but de convaincre les quelque 300 résidents de s’installer dans des parcelles préparées à leur effet dans la ville bédouine voisine de Hura.

Les autorités israéliennes apposent un avis d’ordre d’évacuation sur la porte de l’une des maisons du village bédouin d’Umm al-Hiran dans le Néguev, le 21 mars 2018 (Marwan Abu Frieh / Adalah)

« Chaque famille recevra une parcelle et une indemnisation allant jusqu’à 200 000 shekels [46 500 euros]. Ils pourront y construire de nouvelles structures et vivre légalement avec leurs voisins d’Umm al-Hiran », a déclaré Yair Maayan, dirigeant de l’Autorité chargée de la réinstallation bédouine dans la région du Néguev.

Cependant, les résidents rejettent toujours l’offre.

Après l’arrivée de la police à Umm al-Hiran mercredi, le centre Adalah pour les droits légaux arabes a envoyé une lettre en urgence au procureur général Avichai Mandelblit, lui demandant de reporter la démolition prévue.

« Malgré les obligations et les promesses de l’Etat vis-à-vis de la Cour suprême, ces avis d’expulsion ont été délivrés avant qu’un arrangement équitable n’ait été conclu avec les résidents et avant qu’ils aient obtenu une solution de logement adéquate et disponible », ont écrit les avocats Adalah Suhad Bishara et Myssana Morany.

La dernière tentative d’évacuation du village, en janvier 2017, s’est soldée par un bain de sang, avec la mort d’un policier et d’un résident dans des circonstances controversées.

En décembre, le ministère de la Justice a conclu son réexamen du meurtre de Yaqoub Mousa Abu al-Qiaan, résident de Umm al-Hiran, par la police.

L’affaire a été transférée au procureur Shai Nitzan, qui n’a pas encore décidé entre classer l’affaire ou convoquer davantage d’officiers pour interrogatoire.

Les autorités israéliennes arrivent à Umm al-Hiran le 21 mars 2018 afin d’y distribuer des ordres de démolition pour le mois prochain (Raid Abu al-Qia’an)

En novembre, à la lumière de nouvelles preuves, le département des enquêtes de police du ministère a reçu l’ordre de se pencher à nouveau sur les circonstances de la mort d’al-Qiaan, tué par la police lors d’un incident nocturne dans lequel sa voiture a percuté l’officier Erez Levi, 34 ans.

L’incident a d’abord été décrit par la police comme un attentat terroriste à la voiture bélier. Les autorités ont indiqué depuis qu’Abu Al-Qiaan avait en fait probablement perdu le contrôle de son véhicule après avoir été abattu et n’avait pas percuté intentionnellement les policiers.

Une enquête longue de six mois menée par le département des enquêtes de police a conclu en août qu’il n’y avait aucune indication que les officiers avaient agi de façon criminelle en abattant Abu Al-Qiaan.

Yaqoub Mousa Abu al-Qiaan (Crédit : autorisation)

Les nouveaux éléments de l’enquête se penchaient sur les tirs qui ont tué Abu Al-Qiaan et qui ont blessé le député Ayman Odeh, chef de la faction parlementaire de la Liste commune, lors des manifestations contre la démolition des habitations le 18 janvier.

Immédiatement après l’incident, le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, et la police ont affirmé qu’Abu Al-Qiaan était un terroriste inspiré par le groupe Etat islamique abattu après avoir délibérément percuté les policiers avec son véhicule.

L’accusation a été démentie avec véhémence par sa famille, qui a fait valoir qu’il avait été abattu avant que sa voiture n’accélère, ce qui l’a amené à perdre le contrôle de son véhicule.

Des activistes ont déclaré que la police avait fait un usage excessif de la force, soulignant ce qu’ils qualifiaient de racisme institutionnalisé contre les Arabes, y compris les Bédouins.

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