Israël a présenté une offre de négociations pour la libération des otages
L'offre s'écarte des conditions qui ont pourtant été ouvertement fixées par le Premier ministre, avec notamment un processus de six mois qui visera à mettre un terme définitif au conflit

Israël a présenté une proposition qui ouvrirait la porte à la libération des otages – une proposition qui s’écarte des principes qui ont été revendiqués à maintes reprises par le Premier ministre comme autant de conditions préalables indispensables à la fin de la guerre à Gaza, ont fait savoir trois sources au Times of Israel.
Les principes de Netanyahu, qui ont été officiellement adoptés par le cabinet en date du 8 août, sont les suivants :
- le désarmement du Hamas ;
- la libération simultanée de tous les otages restants en second lieu ;
- la démilitarisation de la bande de Gaza ;
- le maintien du contrôle sécuritaire israélien au sein de l’enclave côtière ;
- la mise en place d’une gouvernance civile alternative par le biais d’une administration qui ne comprendrait ni le Hamas, ni l’Autorité palestinienne.
Si l’offre présentée sur une seule page par Israël à une équipe de négociation égyptienne venue au sein de l’État juif, à la fin du mois dernier, incluait des éléments conformes à ces principes, il y avait toutefois des différences notables, selon un responsable israélien, un diplomate arabe et une troisième source proche du dossier.
La proposition, dont le contenu n’avait jamais été rendu public jusqu’à aujourd’hui, prévoit avant toute autre chose le lancement, par l’État juif, d’un processus de six mois visant à « mettre un terme à la guerre » – ce que Netanyahu avait jusqu’à présent refusé de faire tant que les conditions énumérées ci-dessus ne seraient pas remplies.
La source proche du dossier a noté que la proposition israélienne avait été soumise après que les États-Unis ont poussé Netanyahu – en privé – à mettre fin au conflit. Le président américain Donald Trump avait indiqué, le 25 août, que la guerre connaîtrait une « fin définitive » dans les deux à trois semaines suivantes. Son envoyé, Steve Witkoff, a, de son côté, proposé un calendrier plus modeste, prévoyant la fin de la guerre d’ici la fin de l’année 2025.
Pour sa part, le diplomate arabe a affirmé que la proposition israélienne n’allait pas assez loin et qu’elle comprenait un certain nombre de conditions qui ont empêché la conclusion d’un accord jusqu’à présent. Il a ajouté que les pays médiateurs auraient plus de chances d’obtenir un accord si les États-Unis exerçaient des pressions sur Israël au grand jour.
Le diplomate a toutefois précisé que les pays arabes qui assurent un travail de médiation entre Israël et le Hamas prenaient en considération la proposition israélienne tout en poursuivant leurs efforts pour négocier un accord de cessez-le-feu, accord qui ouvrirait la porte à la remise en liberté des otages.
Un nouvel accord en trois phases
Comme les offres précédentes qui ont été discutées tout au long de la guerre, la dernière proposition israélienne est divisée en trois phases.
Toutefois, le calendrier de chaque phase, dans ce cadre initial de six mois, reste vague. Selon l’officiel israélien, la proposition pourrait ainsi servir de base à un nouveau cycle de pourparlers indirects avec le Hamas.
De plus, l’offre israélienne prévoit la libération des otages dans les 48 heures suivant la déclaration du lancement de ce processus courant sur un semestre – ce qui représente un changement majeur dans la mesure où jusqu’à aujourd’hui, la remise en liberté des captifs devait se faire progressivement au fil du temps et en plusieurs étapes distinctes. Il reste actuellement 48 otages à Gaza, dont au moins 20 qui, selon Israël, sont encore en vie.
L’offre prévoit la libération de 130 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité pour chaque groupe de dix otages, un ratio sous forme de compromis entre les deux parties, sur la base de ce qu’elles avaient convenu au cours des négociations antérieures.
Il faut néanmoins noter que la proposition israélienne reconnaît que le Hamas ne sait pas où se trouvent tous les corps sans vie des otages et que l’État juif consent à accorder au groupe terroriste un délai supplémentaire pour les retrouver et les restituer.
La première phase prévoit également le désarmement du Hamas – qui sera tenu de déposer ses armes lourdes d’abord, et ses armes légères ensuite.
Si le Hamas s’est déclaré prêt à renoncer au contrôle de la bande de Gaza, il s’est malgré tout engagé à ne jamais abandonner ses armes. Le diplomate arabe a fait remarquer que les conditions incluses dans la proposition israélienne avaient un caractère essentiellement dissuasif étant donné que Jérusalem voudra vérifier le processus de désarmement et que ce processus pourrait bien prendre des années.
La troisième phase de l’accord prévoit le retrait de Tsahal dans une zone-tampon d’un kilomètre autour de l’enclave – y compris dans le corridor Philadelphi, qui sépare Gaza et l’Égypte.
Concernant le poste-frontière de Rafah qui, lui aussi, sépare la bande de l’Égypte, la proposition prévoit qu’il sera géré conformément à un futur accord qui devra être finalisé entre Jérusalem, Washington et le Caire.
Si le retrait israélien qui a été proposé ne répond pas aux conditions qui ont pu être exigées jusqu’à présent par le Hamas, il exclurait néanmoins la possibilité de rétablir des implantations israéliennes dans la bande de Gaza – comme le désirent ardemment les partenaires d’extrême droite de la coalition de Netanyahu. Le Premier ministre a ouvertement exclu tout retour de la présence juive au sein de l’enclave, mais il a également conservé d’actualité cette option par la manière dont il a mené la guerre. L’armée israélienne a évacué les Palestiniens des trois quarts de la bande de Gaza.
Toutefois, le retrait israélien tel qu’il est proposé dépend d’une série de conditions – avec parmi elles l’achèvement du désarmement du Hamas, la restitution des corps sans vie des otages restants, la mise en œuvre d’un processus de « déradicalisation » à Gaza et la possibilité, pour une nouvelle instance administrative palestinienne, de commencer à gouverner la bande.
Aucune mention de l’Autorité palestinienne ou d’un déplacement des Palestiniens
Contrairement aux principes qui avaient été adoptés par le cabinet, le 8 août, cette partie de la proposition – également soutenue par Netanyahu – n’exclut pas spécifiquement un rôle pour l’Autorité palestinienne, dont le siège est en Cisjordanie. Elle se contente de stipuler que l’identité exacte de l’instance qui prendra la tête de Gaza fera l’objet de discussions ultérieurement.
Les partenaires d’extrême droite de la coalition de Netanyahu soutiennent la disparition totale de l’Autorité palestinienne. Une requête qui priverait probablement Israël de toute chance d’obtenir le soutien des pays arabes voisins pour la reconstruction et pour la stabilisation de la bande de Gaza après la guerre dans la mesure où ces pays ont conditionné leur soutien à un rôle tenu par Ramallah lorsque les armes se seront tues.
La proposition israélienne souligne même la recherche de dons, par Jérusalem, auprès des États arabes, tout en précisant que ces transferts financiers devront être supervisés par les États-Unis.
Enfin, le retrait israélien est également subordonné à une condition : celle que Jérusalem conservera le droit d’intervenir militairement dans la bande de Gaza à des fins d’auto-défense, ont ajouté les sources.
Il faut noter que l’offre n’a pas mentionné la possibilité, pour les Palestiniens, de quitter la bande de Gaza. Une idée que Netanyahu avait ajouté, au début de l’année, à la liste de ses conditions préalables à une fin du confit, même si ces éventuels déplacements ne figuraient pas dans les principes qui ont été adoptés par le cabinet, le 8 août.
Israël avait présenté cette idée en évoquant une « migration volontaire » – et elle avait bénéficié d’un soutien important de la part de Trump quand il avait fait part, au mois de février dernier, de son désir de voir les États-Unis prendre le contrôle de Gaza. Il avait ensuite pris ses distances avec cette déclaration. Les détracteurs de l’État juif considèrent, pour leur part, que ces « migrations volontaires » sont un euphémisme commode désignant, en réalité, le nettoyage ethnique des Palestiniens de la bande de Gaza.
Le diplomate arabe a confié que les pays médiateurs s’efforçaient toujours de convaincre Israël d’accepter le cadre progressif que le Hamas a déclaré approuver en date du 18 août.
Israël n’a pas officiellement répondu à cette proposition, mais il a clairement donné l’impression qu’il n’était pas intéressé.
Selon le diplomate, les États arabes assurant le travail de médiation poussent le Hamas à faire de nouvelles concessions, mais le résultat final sera probablement plus proche du cadre progressif qui avait été élaboré le mois dernier par l’Égypte et par le Qatar que de la dernière proposition israélienne.
Jérusalem ne semble pas non plus trop attachée à sa propre proposition, selon une source proche de Netanyahu qui a indiqué au Times of Israel, dimanche, que le Premier ministre envisageait sérieusement une autre proposition élaborée par Washington ces derniers jours.
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