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Israël rend public un document de 2002 sur le programme nucléaire syrien

Dans un contexte de négociations nucléaires avec l'Iran, un document déclassifié montre qu'Israël savait que Damas avait cherché très tôt à développer une arme

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les images satellite avant-après du réacteur nucléaire syrien à al-Kibar, qui aurait été frappé par Israel en 2007 (Crédit : AP/DigitalGlobe)
Les images satellite avant-après du réacteur nucléaire syrien à al-Kibar, qui aurait été frappé par Israel en 2007 (Crédit : AP/DigitalGlobe)

L’armée israélienne a publié mardi un document interne datant de 2002 qui n’avait jamais été rendu public – un document dans lequel l’administration des renseignements militaires avertit que la Syrie pourrait tenter de lancer un programme nucléaire à des fins militaires.

Cette évaluation faite par les services de renseignement avait été réalisée cinq ans avant qu’Israël ne frappe un réacteur nucléaire secret qui avait été construit dans la région de Deir Ezzor, sur le territoire syrien, en date du 6 septembre 2007, dans le cadre d’une mission connue sous le nom d’opération Orchidée.

Cette publication a donc lieu 15 ans après cette attaque majeure qui avait détruit, dans les faits, le programme nucléaire syrien. En début de matinée, mardi, s’exprimant alors qu’il se tenait aux abords d’un avion de chasse F-35, le Premier ministre Yair Lapid a mis en garde l’Iran en disant que l’État juif n’hésiterait pas à agir pour empêcher la république islamique de devenir un État du seuil nucléaire, alors même que la signature d’un possible accord sur le sujet entre Téhéran et les puissances mondiales semble se profiler à l’horizon.

La page de couverture du document écrit au mois de septembre 2002 révèle ainsi : « Il s’est avéré récemment que des projets secrets dont nous n’avions pas connaissance sont actuellement menés (ou qu’ils l’ont été, tout du moins) dans le cadre de la Commission d’énergie atomique en Syrie ».

« Cette information n’est pas l’indication d’un programme militaire qui serait actif et en cours en Syrie mais elle indique un intérêt porté à des domaines susceptibles de contribuer au développement d’un tel programme, et elle peut laisser penser au lancement de ce programme », ajoute le document.

Jusqu’à la publication du document, mardi – qui indique donc que l’État juif supposait déjà qu’un programme était en cours en 2002 – Israël n’avait fait part de ses soupçons concernant un possible programme nucléaire syrien qu’en 2004, quand l’État juif et les services d’espionnage du Mossad avaient commencé à recevoir des informations non-vérifiées sur des experts étrangers qui semblaient aider la Syrie à développer un programme nucléaire à des fins militaires.

Une partie du document appartenant à un rapport des renseignements de la fin 2002 dans lequel l’armée indique qu’il y a une possibilité que la Syrie commence à développer un programme nucléaire. (Crédit : Armée israélienne)

La page de couverture scannée d’un autre document militaire de 2004 révèle que les renseignements israéliens soupçonnaient ces spécialistes du nucléaire de venir de la Corée du nord, du Pakistan ou d’un pays tiers et non-identifié.

Il est difficile de dire si la Corée du nord avait travaillé avec la Syrie sur ce programme depuis 2001 ou 2002, les récits différant sur le début exact de cette collaboration.

Pendant les dix-huit mois qui avaient suivi, l’armée et le Mossad avaient collecté des informations sur le programme nucléaire syrien, obtenant leur premier résultat majeur au mois de janvier 2006 quand ils avaient trouvé la première « preuve substantielle » que le président syrien Bashar al-Assad construisait un réacteur.

Début mars, il y avait eu une avancée dans les investigations. Les agents du Mossad avaient obtenu des photos qui avaient été prises dans des bâtiments suspects situés sur un site de la région de Deir Ezzor, dans le nord du pays, avec notamment des clichés montrant des responsables nord-coréens sur les lieux – un site que l’agence avait désigné sous le nom de « Rubik’s Cube ». Ce qui avait confirmé les soupçons israéliens portant sur la construction d’un réacteur là-bas.

A ce moment-là, l’État juif avait décidé d’impliquer les États-Unis. Ces derniers n’avaient toutefois pas été pleinement convaincus que le réacteur était capable de fabriquer des armes nucléaires et ils avaient préféré aborder le dossier sous l’angle diplomatique, selon les mémoires de l’ancien président américain George W. Bush.

Le Premier ministre israélien de l’époque, Ehud Olmert, était inquiet de ce qu’Assad fasse traîner suffisamment les négociations pour permettre à la Syrie de terminer les travaux de fabrication de son réacteur, et il avait indiqué à Bush qu’il trouvait sa stratégie « très troublante ».

Le 5 septembre, le cabinet de sécurité avait approuvé le plan d’Olmert concernant une frappe immédiate, donnant au ministre de la Défense Ehud Barak et à la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni l’autorité nécessaire pour décider quand lancer l’attaque exactement.

Gabi Ashkenazi, qui était le chef d’État-major de Tsahal à ce moment-là, avait demandé que la frappe ait lieu la nuit suivante même. Et à approximativement minuit, le 6 septembre, des avions de chasse israéliens avaient survolé leur cible et lâché des tonnes d’explosifs sur le site, le réduisant à néant.

Selon les renseignements israéliens et américains, le site de Deir Ezzor, qui est connu en Syrie sous le nom d’al-Kibar, contenant un réacteur refroidi au gaz et modéré au graphite qui était capable de produire du plutonium au degré nécessaire pour fabriquer une arme atomique – de manière similaire à l’usine de Yongbyon, en Corée du nord. Il était presque prêt à être exploité quand l’État juif l’avait détruit dans le cadre de l’opération Orchidée.

Le Premier ministre Yair Lapid sur la base aérienne de Nevatim, dans le sud d’Israël, le 6 septembre 2022. (Crédit : Capture d’écran vidéo/GPO)

S’exprimant sur la base aérienne de Nevatim, mardi, Lapid a déclaré que « si l’Iran continue à nous tester, le pays découvrira le long bras et les capacités d’Israël. Nous continuerons à agir sur tous les fronts contre le terrorisme et contre tous ceux qui cherchent à nous nuire ».

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